Psychomotricienne, Auriane de Lannoy propose depuis longtemps des thérapies sensorielles à ses patients. La période actuelle lui a prouvé à quel point l'attention au corps, aux ressentis, aux petits maux auxquels on ne prête pas beaucoup attention est nécessaire pour comprendre ce qui se trame dans notre cerveau.

Spécialisée dans la prise en charge des traumas et de l'anxiété sérieuse, la jeune femme a suivi une formation auprès de Nathalie Hanot, psychologue clinicienne qui travaille depuis des années sur le deuil* et a développé la "Journal Thérapie". Dans la situation actuelle, cette psychologue a alors voulu mettre au service du personnel soignant submergé par l'anxiété ce savoir-faire pour "ventiler les tensions internes et développer la pratique d’une hygiène psychique". Elle a lancé les Ateliers du Mieux-être, soutenu par la Fondation Roi Baudouin. Une façon d'appréhender les cassures et les brisures au-delà du verbal, "et de laisser les émotions parler autrement, en passant par les couleurs, l'écriture", explique Auriane de Lannoy qui anime donc quelques ateliers.

"Va à la rencontre de tes peurs"

C'est ce que sont venues "s'offrir" des membres du personnel de la Maison de Repos Malibran au travers d'un atelier emmené par Auriane de Lannoy. "Il s'agit d'ateliers créatifs visant à aider les professionnels de la santé à libérer la charge émotionnelle des derniers mois financés par la Fondation Roi Baudouin". Le premier avait été organisé en juillet dernier, rassemblant la directrice-adjointe de la Maison de repos, des ergothérapeutes, des aides soignantes et infirmière et Mariuska, éducatrice spécialisée en centre de jour qui raconte : "Ce qui m'a fait revenir c'est la situation que l'on vit. Dans le travail, on ne peut pas se concentrer sur ce qui nous atteint, toutes ces choses qui font pleurer si on prend le temps d'y réfléchir. Ici, dans cet atelier, au travers des couleurs, j'ai plongé dans des émotions que je refoulais parce que devant nos patients, on doit être enthousiaste, en forme, "happy". Quand on m'a proposé ça, je me suis dit, va à la rencontre de tes peurs, tu verras bien". Mariuska affirme aussi que cette heure passée avec elle-même c'est comme un câlin qu'elle se fait, "parce qu'on prend jamais de temps pour nous".

Adélaïde, ergothérapeute confirme : "Cela a été une période où on a énormément pensé aux autres, en s'oubliant carrément". L'atelier, où les boîtes de feutres et de couleurs ainsi que des piles de magazine s'alignent, va permettre de se concentrer sur soi, affronter tristesse, peur, colère : "des émotions toujours difficiles à aborder par les mots et qu'on va rencontrer en les exprimant autrement, sans passer par le mental", explique Auriane.

Cerveau archaïque dérégulé

Des crayons de couleurs contre l'angoisse induite par le coronavirus au sein du travail, au sein des esprits, cela semble bien désuet. Et pourtant : Auriane de Lannoy qui s'intéresse aux neuro-sciences depuis des années explique "Il y a de plus en plus d'études de neuro-sciences sur les traumas et l'anxiété qui montrent que les thérapies du langage aident bien sûr les patients à faire le tri, à apaiser mais parfois, il faut aller plus loin : lorsque le cerveau archaïque a été dérégulé par le trauma, le système émotionnel s'emballe et donne de "mauvaises" réponses. Tout ce qui est de l'ordre du corporel mais aussi de l'image, du dessin, peut davantage reconnecter la personne à son cerveau primaire", résume la thérapeute. Et ainsi on peut lâcher prise...

"Au début, il ne se passait rien et d'un coup ça te tombe dessus, au-delà de la compréhension", témoigne Marie, ergothérapeute. Toutes les personnes présentes sont unanimes, elles sont sorties de là "secouées" avant qu'un sentiment d'apaisement en quelque sorte les gagne. Un bienfait qu'elles ont transformé en force à transmettre aux résidents de la maison de repos. "Care" un jour... "care" toujours !

* "Carnet de deuil - Mieux vivre les pertes et les ruptures par la méthode du Journal Créatif" de Nathalie Hanot, éd. Le Jour