To be bio or not to be

Plus de 300 nouveaux produits annoncés bio ou naturels sont arrivés sur le marché de la beauté l’an dernier. Devant cette déferlante pas toujours aussi verte qu’on voudrait le faire croire, comment réagissent les marques pionnières du secteur, comme Weleda, et les griffes de luxe conventionnelles, comme celles du groupe LVMH ? Points de vues.

To be bio or not to be
©D.R.
Propos recueillis par Isabelle Blandiaux

Nathalie Lambillon, représentante de la société allemande Weleda en Belgique

Qu’est-ce que bio veut dire chez Weleda ?

Etre en accord avec l’être humain et la nature. Quand Weleda a été fondée en 1921, on ne parlait pas de marques biologiques ou naturelles. A un moment donné, il a fallu créer un label parce qu’il y avait un peu tout et n’importe quoi sur le marché dit naturel. Le label allemand de certification internationale BDIH a été le premier à voir le jour. Il signifie que tous les ingrédients sont naturels, surtout végétaux et quelques-uns des sous-produits animaux (cire d’abeille, lanoline ou graisse de laine de mouton et lait de chèvre). Ces ingrédients sont cultivés de manière biodynamique (en tenant compte du biotope naturel de chaque plante, donc jamais sous serre) ou biologique ou alors, ils sont prélevés en récoltes sauvages certifiées, c’est-à-dire là où poussent les plantes sauvages, tout en veillant à ne pas perturber la biodiversité. BDIH induit aussi de fabriquer des cosmétiques avec un maximum de 600 ingrédients enregistrés sur une liste limitative. Mais ce label va bien au-delà du produit. Des critères environnementaux interviennent : avoir le moins de déchets possible, lesquels doivent être biodégradables… Et les ingrédients doivent être fair trade, donc cultivés via des partenariats pour éviter toute exploitation de la main-d’oeuvre et de la nature. Le problème actuel, c’est la trop grande quantité de labels : les consommateurs ne s’y retrouvent pas. Un label européen faciliterait beaucoup les choses.

Les ingrédients naturels sont-ils transformés avant utilisation ?

Il n’y a pas de manipulation chimique. Les procédés comme la décantation, l’extraction aqueuse ou huileuse sont physiques. On ne chauffe pas le produit, on ne le fait pas réagir. On ne le dénature pas, sinon il serait moins bien accepté par la peau.

On pointe beaucoup du doigt les parabènes. A juste titre ?

Nous n’utilisons évidemment pas de parabènes, qui ne sont pas naturels. On a montré leur impact négatif d’un point de vue allergique, mais la législation accepte certaines doses minimales. Evidemment, c’est toujours la même chose : si on retrouve un conservateur très agressif comme le tricosan dans l’alimentation, les cosmétiques, et même certains vêtements, on peut se demander quels seront les effets à la longue. Un principe de précaution nous amène à dire qu’il vaut mieux les éviter.

Patrice André, directeur du département d’ethnobotanique chez LVMH Recherche Parfums et Cosmétiques

Le bio a-t-il été envisagé chez LVMH ?

Je n’aime pas ce terme de bio, très ambigu à l’heure actuelle. Il mêle beaucoup de choses. Bio signifie vivant. Le bio dérive d’une agriculture biologique pleine de sens, qui a renoncé aux pesticides et aux engrais chimiques. On a transformé cela en une cosmétique bio, mais qui est plus compliquée. En cosmétique, on ne travaille pas sur des matières premières végétales complètes mais sur des produits de transformation. Or dès le moment où l’on transforme quelque chose, c’est très difficile de pouvoir le cataloguer. Je préfère faire une cosmétique soucieuse de la qualité de ce qu’elle développe. Il est évident qu’on travaille de plus en plus, et depuis longtemps, sur des matières premières végétales. C’est un domaine qui est appelé à se développer énormément dans le futur. De là, à rentrer dans un catégorie… Quand vous faites le tour de tous les labels existants, vous ne savez plus vers lequel aller. Et c’est une segmentation qui, à mon avis, cache un peu la réalité des choses.

Quelle est votre philosophie de travail en terme d’écologie ?

C’est de faire le mieux que l’on peut. La première chose, c’est de respecter la législation qui existe. La deuxième, c’est d’essayer de rester au plus près des ingrédients naturels mais en tentant de les comprendre et les traiter depuis le prélèvement dans la nature jusqu’à l’utilisation. En ce sens, je suis beaucoup plus sensible à des approches globales : le respect de la biodiversité dans la nature mais aussi les éléments humains et environnementaux.

La planète est de plus en plus polluée : comment faites-vous pour avoir accès à des matières premières qui restent de qualité ?

Nous aimons travailler via des filières spécifiques autour de certains ingrédients. Ainsi notre filière africaine pour le beurre de karité, que nous maîtrisons en amont et en aval.

On pointe beaucoup du doigt les parabènes. A juste titre ?

On pointe du doigt des choses décoratives à mon sens. Les parabènes ne sont pas des molécules naturelles mais elles n’ont pas non plus de toxicité spécifique. Il vaut mieux un produit bien conservé avec des parabènes qu’un produit avec des moisissures non maîtrisées. Nous essayons de fabriquer le produit le plus sain, en cherchant de nouveaux systèmes de conservation. Plus un produit est bio et plus il sera appétent pour les micro-organismes.