Plaisir d’essences

Installée en France depuis vingt ans, la Belge Nathalie Jacquet crée des cosmétiques naturels à base d’huiles essentielles. Et pointe du doigt la difficulté croissante de trouver des matières premières de qualité, en raison d’une trop forte demande. « La nature ne suit pas », dit-elle.

Plaisir d’essences
©D.R.
Propos recueillis par Isabelle Blandiaux

Les huiles essentielles ont comme particularité d’agir sur le physique via leurs actifs et sur le psychique via leur parfum. Quels sont leurs autres attraits en cosmétique ?

Les huiles essentielles étant un produit naturel, elles sont en affinité avec la peau. Chimiquement, ces matières très proches se reconnaissent. Leurs actifs sont donc très bien acceptés, tolérés, d’où une grande efficacité. Par opposition, si on applique sur l’épiderme de la paraffine, dérivé du pétrole, les pores feront écran.

Comment sélectionnez-vous les matières premières pour les cosmétiques de votre société Rose & Pepper?

Une huile essentielle est puissante, concentrée (pour 1 litre, il faut entre 600 et 700 kg de fleurs de lavande ou entre 6 et 7 tonnes de pétales de roses…). Elle est efficace si elle est bien utilisée et si la matière première est bien sélectionnée. L’huile essentielle est à la mode.

Le gros inconvénient, c’est que l’offre est inférieure à la demande. On trouve des huiles essentielles dans les grandes surfaces et un peu partout. Mais la nature ne suit pas. D’où l’apparition de marchandises falsifiées, de synthèse, qui ne sont pas extraites comme il faut… Toute une partie des matières premières offertes ne correspondent plus à nos critères de qualité. Nous ne travaillons qu’avec des fournisseurs capables de nous donner une série de bulletins d’analyses scientifiques.

Des labels de qualité existent-ils ?

Oui mais les labels bio ne suffisent pas. Une plante bio, c’est très bien, mais si elle est mal distillée et brûlée dans l’alambic, on a un produit qui n’est pas bon. L’idéal, c’est d’avoir le bio et une distillation bien réalisée.

Vos cosmétiques sont présentés comme naturels. Que recouvre précisément cet adjectif ?

Pour le visage, on a construit les produits d’après la certification Ecocert, label de qualité biologique. On annule tout ce qui est conservateur de synthèse type paraben, phénoxyéthanol… Parce que les huiles essentielles sont déjà antiseptiques, donc ont déjà une action de conservateur. Puis, au lieu d’avoir accès à 3000 matières premières pour composer une crème, on peut en utiliser 700. Tout l’art réside à offrir un produit moderne, à la texture onctueuse malgré cela.

Quelles sont vos huiles de prédilection ?

On a au moins 40 huiles essentielles dans nos formules. La rose est une huile essentielle extraordinaire mais elle est chère et ne nécessite pas toujours d’être utilisée en grande quantité. L’idée, c’est de créer des produits efficaces au parfum équilibré.

Quels conseils d’utilisation des huiles essentielles pouvez-vous donner ?

Le premier conseil, c’est d’acheter ses huiles essentielles en pharmacie, où l’on pourra être guidé avec compétence. On peut vite se brûler, même par voie externe. Une huile essentielle ne se mélange pas à l’eau d’un bain mais reste concentrée en surface. La cannelle, par exemple, brûle la peau, alors qu’elle est excellente par voie interne pour tonifier. La lavande officinale ou lavandin est l’huile essentielle la plus accessible. Elle traite les brûlures, le stress (calmer un enfant difficile) par voie cutanée.

Elle relaxe dans le bain ou en en mélangeant quelques gouttes à une noix de shampoing. Le zeste de citron se prend facilement par voie interne : une goutte sur un morceau de sucre ou de pain pour digérer. Et l’eucalyptus radiata est excellent pour la respiration : on peut l’utiliser par diffusion, dans un mouchoir, via quelques gouttes sur l’oreiller… Ces huiles sont relativement peu dangereuses.


Les produits Rose & Pepper sont distribués via des instituts de beauté (chez Sea Me à Bruxelles par exemple) et des spas (Thermes de Chaudfontaine notamment). Infos : www.roseandpepper.com