"Normcore", la banalité c'est stylé

Plus la peine de passer des heures à se casser la tête pour avoir un style, du style. Grâce à qui ? Une nouvelle tendance dont tout le monde parle depuis quelques jours : le « normcore ». Décryptage .

"Normcore", la banalité c'est stylé
©NY mag / Pinterest
M.Le

Mais que signifie donc ce terme "normcore" qui agite les réseaux et les magazines de mode depuis quelques jours ?

Le normcore, c’est la contradiction de 'normal' et "hardcore", une nouvelle tendance qui vise à un retour à la normalité, à une allure la plus simple possible. On doit la popularité de ce nouveau concept à un article de Fiona Duncan dans le New York Mag. La journaliste a constaté, en se promenant dans Soho, qu'elle ne parvenait plus à "distinguer les jeunes branchés des touristes de la classe moyenne américaine". Tous deux seraient "habillés pareils, dans un parfait non-style : jeans délavés, polaires et baskets lâches". Si le terme, inspiré d'un cabinet de tendances a été détourné de son sens premier (qui était loin d'ailleurs de se cantonner à la sape, comme l'explique un article de Slate consacré à la question), le "normcore" était né et on ne parle plus que de ça dans les magazines de mode.

Stylé comme un informaticien

Ca n'est pas vraiment un hasard si le "normcore" est inventé aujourd'hui. On observe depuis quelques saisons un revival nineties : les jeans taille haute ressortent des greniers, les jeans troués boyfriend sont devenus chics, les baskets envahissent les rues, le T-shirt blanc, un peu flou, porté large et "l ’air de ne pas y toucher" a la cote. Et on n’a pas encore parlé de la mode sandales de plage plates qui va nous surprendre cet été ou le retour en force des Birkenstock, ces sandales super confort dont l'esthétique est sans cesse débattue sur la fashion planète.

Toutes ces pièces, on les retrouve dans le dresscode "normcore". Tout paradoxal qu'il soit d'établir les codes de cette nouvelle tendance, le magazine GQ a recensé les 10 incontournables du look "normcore" comme un T-shirt blanc le plus basique, un polar, des chaussettes de tennis et des sandalettes en tissu. Bref, le "look informaticien" qui fut tant décrié depuis de longues années est maintenant branché. L'icône du "normcore" n'est autre que feu Steve Jobs. C’est vrai qu’en matière de « normalité », on ne fait pas mieux.

Se fondre dans la masse

Le journaliste Vincent Glad a consacré une longue analyse dans la question à Slate. Il définit le "normcore" comme "un refus apparent de la mode au nom d’un retour à l’âge pré-adolescent où le vêtement n’était pas encore un enjeu social." Et de poursuivre la réflexion en postulant que le "normcore" serait "la distinction hipster qui devient indistinctive". (le hipster étant pour le définir brièvement, le barbu à chemise à carreaux qui ne porte pas de marque. Un nouveau style né d’une envie de se singulariser dans un monde fashion uniformisé). Autrement dit, le "normcore" part de l'idée qu'il devient tellement difficile de se différencier dans un monde globalisé que pour avoir du style, il faut rejeter toute tentative d'en avoir.

Mais il ne serait pas étonnant que très vite, à l'instar du mouvement hipster, le "normcore" ait ses codes et ses représentants. Que le non-style soit, paradoxalement, sujet à une multitude de prescriptions stylistiques. Les marques risquent d’ailleurs de surfer rapidement sur cette tendance. Gap s'est déjà vantée sur Twitter d'être fournisseur de normcore depuis 1969. On a pourtant dit que ça devait être simple...

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