Mode à Paris : le retour de l’élégance

Si le premier jour consacre les débutants de la mode, le deuxième jour, les grands noms entrent dans la danse. Dries Van Noten l’Anversois, et la maison Rochas donnaient à voir mercredi une mode préférant l’élégance à la tendance.

Aurore Vaucelle, à Paris. Photo : Johanna de Tessières
Mode à Paris : le retour de l’élégance
©Dries van Noten / (c) Johanna de Tessières

Si le premier jour consacre les débutants de la mode, le deuxième jour, les grands noms entrent dans la danse. Dries Van Noten l’Anversois, et la maison Rochas donnaient à voir mercredi une mode préférant l’élégance à la tendance.


Fashion Week, jour 2. Difficile déjà de sentir de quoi sera fait notre hiver prochain, car non, non, on ne vous parle pas de mode en regardant dans une boule de cristal, mais en ce deuxième jour parisien dédié aux chiffons, nous avons eu une bonne surprise.

La mode du jour n’était pas folle ; elle ne voulait pas à tout prix proposer des formes dingues, des pièces dans l’extravagance extrême ou, pire, dans la tendance. La mode était élégance. Et cela faisait plaisir à voir.

Il est vrai qu’avec la multiplication des marques de prêt-à-porter, et la fragilité de ce marché ultra-concurrentiel (on notera à ce sujet que le calendrier officiel ne compte plus que 92 défilés, au lieu de 100 les saisons passées, donc des maisons ne sont plus dans la place !), les marques ont dû à tout prix chercher à faire la différence. Trouver littéralement une “marque” de fabrique reconnaissable. Voire même donner une humeur particulière à leurs vêtements. Telle marque était porteuse de telle énergie, de telle humeur. Saint Laurent par Slimane, par exemple, est idéale pour la jeune bobo arty qui se cherche encore, et qui est tourmentée. Rick Owens, c’est plutôt pour les filles qui aiment les choses brutes, mais luxe à la fois... Ah la la ! Et après, comment voulez-vous qu’on ne dise pas des filles qu’elles sont compliquées... Bref.


Elégance versus tendance

Dans ce contexte récent d’ultra-concurrence, les marques ont donc joué le tout pour le tout pour “se démarquer”, avec pour conclusion malheureuse une course à la folie des formes. Il fallait à tout prix montrer des “pièces fortes”. Et dans ce processus de distinction, de conceptualisation des marques (qui déterminent le marché à séduire, le public cible, les magazines potentiellement vendeurs), on oublie parfois l’évidence du vêtement, à savoir qu’il doit être flatteur. Qu’il doit révéler les beautés du corps. Apporter, enfin, un maintien, une allure à celle qui le porte.

La mode des années 20-30 – période durant laquelle Rochas émerge sur le marché de la couture, en même temps que Vionnet, Chanel, ou Madame Grès – apporte une grande importance à la silhouette. La mode est alors aussi ce qui se dégage du corps en marche. La société de l’époque, plus vissée aussi, exige une “mise”. On pourrait le résumer ainsi : la tenue doit donner de la tenue ! Notion que la mode actuelle omet bien souvent.


Dries Van Noten et Rochas

Heureusement, tous les designers ne sont pas disposés à restreindre leur pensée plastique à du branché/stylé. Dans le bastion des désormais anciens, Dries Van Noten, qui est aux commandes de sa maison depuis un quart de siècle, a décidé que les femmes qu’il habille devaient faire se retourner les hommes sur leur passage. Grands manteaux qui battent au vent, comme la jeune femme qui balance le feston et l’ourlet de “la Passante” de Baudelaire, jupe-traîne damassée de princesse, imperméables de femme mystérieuse, sacs à main pochettes pour secrets féminins. Même ces femmes en pantalon sur grands talons carrés ne sont pas du tout dans la démonstration d’un “girl power agressif”. Elles évoluent sans être entravées par leur mise. Nous aussi, on a envie d’être jolies comme ça.

Mode à Paris : le retour de l’élégance
©Johanna de Tessières
Mode à Paris : le retour de l’élégance
©Johanna de Tessières
Mode à Paris : le retour de l’élégance
©Johanna de Tessières


Chez Rochas, c’est Alessandro dell’Acqua qui officie et il a eu la bonne idée de faire écho à l’anniversaire de la maison de couture. Nonante ans après sa création par Marcel Rochas, la maison maintient une forme d’élégance rétro ; de longues robes du soir imprimées et perlées, avec fourrure et ceinture, des robes caracos avec plastron dentelé. A noter cependant que les silhouettes féminines ont évolué et que les femmes des années 20-30 ne craignaient pas de remplir leur bustier ; nos mannequins postmodernes oublient parfois leurs attributs féminins au vestiaire. Il n’empêche. On aime regarder cette collection aux formes désuètes mais intelligentes. Faisant la part belle aux belles.

Mode à Paris : le retour de l’élégance
©Johanna de Tessières