Stella McCartney: décor doré pour défilé étoile

Fashion Week, jour 7. Stella McCartney remplit l’opéra de Paris. On en profite pour lui tirer le portrait.

Aurore Vaucelle. Photographie: Johanna de Tessières, envoyées spéciales à Paris
Stella Mc Carney Fashion week Semaine de la mode Paris Defile
Stella Mc Carney Fashion week Semaine de la mode Paris Defile ©Johanna de Tessieres

Fashion Week, jour 7. Stella McCartney remplit l’opéra de Paris. On en profite pour lui tirer le portrait. 

Stella McCartney. C’est la fille qui avait eu le nom d’une star à la naissance et, en même temps, le prénom. Stella McCartney, c’est en effet la fille de Paul, le Beatle bassiste, auteur et compositeur de génie. Un type tellement connu qu’il avait voulu préserver ses enfants de la folie médiatique. Mais voilà, Stella est devenue connue. Parce qu’elle avait des choses à dire, et en l’occurrence, dans la mode.

Cela fait bientôt 15 ans qu’elle a lancé sa propre marque, éponyme. En fait, la mode n’est pas du tout une lubie pour cette designer/business woman, qui dessine des fringues pour ses pairs, les femmes qui courent à travers notre époque, et notre stratosphère.

Stella McCartney: décor doré pour défilé étoile
©Johanna de Tessières


Stella, ni fille à papa ni fille à maman

Quand elle était petite, elle a grandi dans une ferme dans le Sussex, à l’abri, selon son papa, des potentiels paparazzis. En décalage aussi avec ce qui se faisait. Mais point besoin de la City pour être inspirée. La petite McCartney a tôt fait de tomber sur les cartons de costumes de scène de son père et sur les vêtements que sa maman, la photographe américaine Linda Eastman, portait dans les années 60.

A notre collègue de "Libé" qui l’avait rencontrée dans ses bureaux de Notting Hill, elle racontait en 2013 : "Petite, j’adorais farfouiller dans les affaires de mes parents, il y avait tellement de choses… Des habits de scène très flamboyants, très osés et drôles, typiques des années 70, donc un peu ridicules. Et de l’autre côté, tout ce qui était tailleur et costumes, les pièces bien coupées. Ma mère était de la première génération de femmes qui portèrent des costumes d’hommes." Néanmoins, si on mélange les paillettes un peu désuètes du papa pop et les formes maîtrisées du costume de maman chic, est-ce que l’on tombe pour autant sur le style actuel de Stella McCartney ? Ce serait trop simple, ce genre d’équation : papa + maman = fifille.

Stella McCartney: décor doré pour défilé étoile
©Johanna de Tessières


Une femme peut avoir sa propre marque

Car Stella McCartney sait depuis bien longtemps ce qu’elle veut, et aussi ce qu’elle aime. Au milieu des Nineties, elle étudie dans une prestigieuse école de mode, le Saint Martins College of Art&Design de Londres - là ou sont passés Galliano et Alexander McQueen avant elle. Comme McQueen, son aîné, elle est en butte avec sa génération. Elle fait alors ses stages à Savile Row, le quartier des tailleurs. " Pendant mon adolescence, tout était très fluide et déconstruit. Le moins qu’on puisse dire, c’est que je n’ai pas aimé ! Mon truc, c’était le sur-mesure anglais, le bespoke, l’architecture d’un costume d’homme." Et cela, pour le coup, on le retrouve dans les collections actuelles de Stella McCartney. Une mode de la maîtrise : des vestes, des manteaux bien coupés, pour faire sérieux et prendre de l’assurance. Elle sait ce qu’est être une femme moderne du début du XXIe siècle.

Stella McCartney: décor doré pour défilé étoile
©Johanna de Tessières


La femme moderne doit pouvoir tout faire

Idéalement, les femmes modernes doivent pouvoir tout mener de front : réussir leur carrière brillamment et fonder une famille de manière impliquée, tout en restant diablement sexy. La gageure des femmes de notre époque ! Mais Stella, elle, a décidé qu’elle se tiendrait au programme complet. Elle élève quatre enfants et, en même temps, est à la tête d’une des marques de luxe qui cartonnent le plus à l’heure actuelle. Chaque année, elle contribue à l’augmentation du chiffre d’affaires du groupe Kering (6,7 milliards en 2014, contre 6,3 milliards l’année précédente) dont elle fait partie (avec, entre autres, les marques Saint Laurent, Gucci, ou encore Balenciaga).

Et dire que, quand elle quitte la direction artistique de la maison de couture française Chloé, en 2001, ses pairs lui balancent - pour la garder par la terreur sans doute - que, de toute façon, une femme n’était jamais parvenue à faire fonctionner une maison de renom. Si ceux-là se sont plantés dans leurs prophéties, c’est sans doute parce qu’ils n’avaient pas pris la mesure de la volonté McCartney. Chez Chloé, Stella avait définitivement développé un style féminin, léger sans être cucul; quelque chose de l’ordre de "la classe", qui lui venait aussi sans doute de ces années qu’elle avait passées à travailler aux côtés de Christian Lacroix - un sacré appui en matière de style.

Stella McCartney: décor doré pour défilé étoile
©Johanna de Tessières


Stella en lettres qui brillent

Et puis voilà qu’elle se lance, avec son nom à elle, espérant qu’on ne lui fasse pas le coup de lui rappeler que ce nom de famille est déjà pris. Son logo joue la discrétion de celle qui débute sans projecteur. Son long nom donc, mais en pointillés… Ce qui ne l’empêche pas de proposer un concept mode très assuré. Concept qui va à l’encontre des idéaux du milieu du luxe dans lequel sa marque évolue.

Elle est végétarienne. Par extension, cela signifie : ni cuir, ni de fourrure dans ses collections. Des colorants les plus bio possibles - même si de ce côté-là, ce n’est pas encore gagné. Elle a également développé une ingénierie de matières nouvelles - dont un cuir végétal. "Fabriquer ces accessoires végétariens, comme les chaussures, demande trois fois plus de temps", confiait la créatrice au "Monde". Qu’importe, elle lance la fabrication. Même si la production est aussi plus coûteuse - "Les techniques et les équipements industriels utilisés dans les tanneries ne sont pas adaptés à la fabrication de chaussures sans cuir. Cela signifie que la fabrication des sacs et des chaussures est réalisée pour la majeure partie à la main par des artisans" -, elle insiste cependant pour ne pas faire peser sur ses clientes sa démarche. Et, en effet, Stella McCartney maintient ses prix par rapport à ses voisins de palier du haut de gamme. Et le pari est risqué tant on entend régulièrement, chez les professionnels du métier, que le monde du luxe n’est pas encore touché par la démarche éthique.

Stella court en tête

Donc, vous l’aurez compris, la mode de Stella est tout sauf une "tendance", plus certainement, un état d’esprit, le sien. Dans le genre, elle lance aussi de l’optique éthique, réclame une charte de fabrication à ses fournisseurs. Elle a même imposé à l’un de ses partenaires du mass market, Adidas, une production plus "green" (plus de PVC du tout).

Et tout le monde suit. Ses sacs à chaînettes, même pas en cuir, on les voit au bras de toutes les girly de la planète. Dans le genre engagé, Stella court en tête dans le milieu de la mode. D’ailleurs, en parlant de course en tête, c’est elle qui habillait les athlètes des J.O. de Londres en 2012… De quoi prouver aux détracteurs de la première heure qu’une femme à la tête d’un empire mode ça marche, mieux même, ça court.