Chanel : rendez-vous à la brasserie Gabrielle

Fashion Week, jour 8 Chanel avait transformé le Grand Palais en brasserie parisienne.

Aurore Vaucelle et Johanna de Tessières (photos)
Chanel : rendez-vous à la brasserie Gabrielle
©Photo News

Fashion Week, jour 8 Chanel avait transformé le Grand Palais en brasserie parisienne.


"Le bon marché ne peut partir que du cher. Et pour qu’il y ait une basse couture, il faut d’abord qu’il y en ait une haute. La quantité n’est pas que de la qualité multipliée. Si cela est compris, senti, admis, Paris est sauvé.” Voici des propos que tenait Gabrielle Chanel en 1946 et qui demeurent d’une extrême contemporanéité, en pleine Fashion Week parisienne. En effet, l’événement parisien, ultra-dense en termes de présentations et de défilés, met en scène une certaine idée de la mode qui se confond désormais avec le luxe.

Les grandes maisons parient ainsi sur leur savoir-faire et la beauté des matières pour faire apprécier un luxe à la française. Un fait que nous rappelait la semaine dernière l’économiste Pascal Morand, “le luxe sans esthétique dans la culture catholique est un luxe vulgaire. […] Par contre, dans la culture humaniste et baroque, le savoir faire est important. Il y a une légitimité par le travail de l’artisan. Les campagnes de pubs du luxe sont centrées sur le savoir faire”. Et c’est donc ce bel ouvrage qui va donner sa légitimité au luxe.

Chanel : rendez-vous à la brasserie Gabrielle
©Johanna de Tessières


C’est d’ailleurs précisément ce que nous montrait ce mardi matin Chanel dans son écrin de verre saisonnier, le Grand Palais. Tous les métiers d’art avaient été mis à contribution. Une veste trois-quart passe à côté de nous, brodée de mille feux. Des jupes portefeuilles sont iridescentes, recouvertes de menus carreaux colorés, comme une mosaïque sur étoffe. Cela nous ramène à des souvenirs, lorsque l’on avait visité les ateliers de broderie d’art Lesage, et qu’Hubert Barrère, le directeur artistique de la maison (qui appartient aux métiers d’art Chanel) nous avait parlé des brodeuses précises et précieuses de son atelier : “Ce métier a une âme, fait par des personnes qui aiment profondément leur métier et le font avec leurs mains. Même si ces métiers ont été mis de côté, plus par méconnaissance d’ailleurs que par rejet – car on privilégiait plus les métiers de l’intellect.” Un geste d’art en 3D que l’on peut observer durant le défilé. Il y a aussi ce grand manteau à plumes pour filles sorties du nid, cela dit bien du temps passé chez le plumassier Lemarié pour faire une telle pièce emplumée.


Les femmes ont rendez-vous chez Gabrielle

Chanel : rendez-vous à la brasserie Gabrielle
©Johanna de Tessières


Mais ce qui frappe cette saison chez Chanel, c’est la diversité des femmes que Karl L. habille. Mais il est vrai que dans une brasserie parisienne, là où nous avons élu domicile le temps du défilé, on pourrait croiser bien des populations féminines. D’abord, il y a cette fille garçon manqué qui a volé son nœud pap’au garçon de café et peut-être même sa veste, le tout avec l’air chaloupé. Cette jeune femme nous en rappelle une autre, celle photographiée par Helmut Newton dans les années 70. A l’époque où un autre grand, Yves Saint Laurent, avait posé la question de l’androgynie dans la mode. C’était bien avant le débat sur la question des genres…

Mais il y a aussi, poursuivant notre garçon manqué, les jeunes filles en fleurs, robe bleu marine et col claudine. Des mères de famille en tailleurs tweed passent rapidement – juste avant d’aller chercher les enfants au cathé ? – et puis c’est l’arrivée des starlettes. On les imagine comédiennes, sortant du théâtre après leur tour de scène, et qui viennent boire un dernier verre tout en agitant les colifichets qu’elles ont au cou et au poignet… Elles ont la nonchalance des femmes sûres d’elles dans leur robe charleston et leurs grandes pelisses à plumes.


Les références de la Maison

Chanel : rendez-vous à la brasserie Gabrielle
©Johanna de Tessières


Cette saison, le défilé à des airs années 20 mais sans trop en faire. Cheveux négligemment enserrés dans un bandeau perlé, chaussures à petits talons, grands bijoux couvrant la gorge et robe empire en voilette. La réminiscence des années folles n’empêche pas Lagerfeld de convoquer notre époque contemporaine. Le tweed sur certains modèles a changé d’allure, comme un peu “doudouné”; les vestes d’hiver sont dans un alu chic élaboré. Les sacs à main, aussi, sont pensés grands, pour mettre toute sa vie dedans – obligation des femmes actuelles.

Dans ce décor traditionnel parisiano-centré, la maison Chanel revient à ses classiques du genre, alors qu’elle avait exploré des mondes plus alternatifs aux saisons passées (on se souvient du sportswear chic). Tout à coup, Chanel, ce n’est plus seulement pour les mamans chics, c’est aussi pour leurs filles, dans toutes les dégaines, et dans toutes les envies qu’elles peuvent avoir.

Chanel : rendez-vous à la brasserie Gabrielle
©Johanna de Tessières



LA COLLECTION DE CET AUTOMNE

Karl Lagerfeld est coutumier des mises en scènes spectaculaires : après avoir reconstitué un supermarché et une rue parisienne lors de ses shows précédents, c'est cette fois la "Brasserie Gabrielle" qu'il a installée sous la verrière du Grand Palais. Les mannequins déambulent devant les tables. Le tweed, bien sûr, les plumes, les perles, le motif pied-de-poule composent cette garde-robe où les époques se mélangent.

Des chaussures bicolores à petit talon et bride arrière complètent le look, ainsi qu'un eye liner exagéré, chignon lâche et bandeau noir façon Bardot. Alternative possible: sourcil charbonneux et cheveux plaqués, raie sur le côté.

Des jupes, courtes ou longues comme des tabliers de cuisine, à motifs mosaïque ou chevrons, se portent au-dessus de pantalons, pour des contrastes de matières. Des manches en doudoune à relief greffées sur des vestes de tailleur et des parkas brodées viennent donner un côté sportswear chic à la collection, qui compte quelques silhouettes masculines.

A la fin du défilé, Karl Lagerfeld s'installe derrière le zinc pour répondre aux journalistes. "C'est une vision idéalisée d'un Paris d'aujourd'hui que j'ai voulu exagérer pour calmer le côté +French bashing+", explique le couturier allemand. "Même les Français disent que la France c'est moche, il ne faut pas exagérer. C'est quand même pas si mal que ça!"

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©PHOTONEWS
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