La créatrice de lingerie de luxe bruxelloise, Carine Gilson, internationalement reconnue pour son travail sur la lingerie et la dentelle s'expose pour les 30 ans de sa marque précieuse.


Elle a quitté un temps sa boutique, boudoir aux tons poudrés en arrière-cour du boulevard de Waterloo pour investir le musée Mode et Dentelle dans le centre de Bruxelles. Carine Gilson avait envie de faire se rencontrer ses dentelles et celles patiemment faites à la main en Flandre ou à Bruxelles il y a 600 ans de cela... Caroline Esgain, la conservatrice passionnée du musée ne se fit pas prier et ensemble (avec leurs équipes), elles ont travaillé pendant 6 mois pour mettre en valeur ce textile intemporel, sensuel, raffiné. " La dentelle de Flandre puis celle de Bruxelles a toujours été un artisanat d'art. Carine Gilson poursuit cette filiation de dentelle de grand luxe, de qualité exceptionnelle", pose Caroline Esgain.

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" Le challenge, c'était de ne pas faire une rétrospective... d'abord, je suis trop jeune pour ça", sourit Carine Gilson dont les pièces sont régulièrement photographiées dans des shootings pour les plus grands magazine de mode. On lui doit aussi l'une des scènes les plus sensuelles de "Skyfall" avec Daniel Craig en 007, quand une sulfureuse James Bond Girl arrive dansla chambre de James Bond dans un déshabillé de soie greige avec des incrustations de dentelle noire (ci-dessus).

Jardin d'Eden

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C'est donc plutôt son univers, ses inspirations, son processus créatif qui sont mis en scène ici avec des somptueux déshabillés, des kimonos de soie magnifiés de fleurs imprimées et de dentelles dans des vitrines de velours noir. Les pièces explosent de couleur : "Le jardin d'Eden a toujours été une de mes inspirations", poursuit la créatrice. Et c'est ainsi que s'ouvre l'expo proprement dite, au paradis, après être passé devant des pièces de dentelle historiques qui ont fait tellement rêver Carine Gilson lorsqu'elle a posé ses yeux dessus, comme la dentelle de Sissi impératrice avec ses 15 végétaux reproduits ou des mitaines de dentelle noire entièrement réalisée à la main.

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Tout au long du parcours sur trois plateaux, les dentelles se répondent : celles de Carine, pensées à chaque fois pour s'intégrer exactement avec l'imprimé qu'elle a créé, viennent réveiller des pièces choisies par la directrice et mise en scène avec ce je-ne-sais-quoi de sensualité qui n'est pourtant pas le message premier de la dentelle dans l'histoire : elle était faite pour montrer sa fortune et était portée sur les habits, par les hommes comme les femmes, avec ostentation. "La dentelle qui a l'air légère, frivole avait un poids économique énorme pour notre pays. Imaginez qu'une petite pièce que les femmes posaient sur leur tête pouvait coûter environ 200 florins soit l'équivalent d'une petite maison au Sablon ! A titre indicatif, le budget annuel pour le pain était de 5 florins", raconte la passionnée, "Avec la venue de Carine, on a regardé nos dentelles différemment et cela faisait du bien".

La créatrice justement nous ramène dans le contemporain. Avec ses iconiques kimonos drapés, avec le premier soutien-gorge qu'elle créa, appelé demi-lune et tellement copié qu'elle l'enleva de sa collection, avec les combinaisons très années 30 qu'elle réinvente, les tons mordorés de la soie et de la dentelle, son fil d'Ariane depuis 30 ans...

James Bond Girl et Beyonce

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On passe d'une combinaison à une robe de soirée ou peut-être est-ce l'inverse ? "Au début on ne comprenait pas bien mon travail autour de la lingerie couture. Puis peu à peu les clientes se sont habillées en déshabillé et c'est la beauté, l'art, le rêve qui a prévalu sur la fonction". C'était gagné : Nicole Kidman fut la première à porter une combinaison en tenue de soirée. Beyonce se fit faire une robe de soie et dentelle noire sur mesure, à voir aussi lors de cette expo. Carine Gilson crée aussi de nombreux trousseaux de mariage, notamment pour les familles royales du Moyen-Orient, qui sont nombreuses à lui faire confiance.

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Dentelle de Bruxelles, dentelle Chantilly, dentelle de Venise dialoguent avec les tenues de lingerie griffées de la luxeuse maison bruxelloise, qui a aussi reproduit une partie atelier. Avant de couronner cette exposition par une dentelle qu'elle a conçu et fait produire par la maison de dentellerie à laquelle elle est fidèle depuis le début. "C'était une façon d'arrêter le temps et d'offrir une valeur ajoutée aux pièces iconiques", s'étonne encore la créatrice devant "son" textile. "C'est une rareté dans la dentelle, qu'un créateur puisse réaliser son motif... c'est somptueux", admire la conservatrice.

> Du 10/07/19 au 19.04.20 "Beautiful lace & Carine Gilson", musée Mode et Dentelle, rue de la Violette, 12 - 1000 Bruxelles

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