Pour avoir des vêtements pas chers, il faut trouver où casser les prix et, en général, c'est au détriment des producteurs. Déchiffrage.

Les soldes de janvier battent leur plein et, en ce dernier week-end de prix cassés, on voit émerger des pantalons à 12,99 €, des pulls à 9,99 € ou des t-shirts à 3,99 €. L'aubaine des fashionistas en herbe qui vont pouvoir refaire leur garde-robe de A à Z après avoir écumé les magasins de grande distribution. Cette folie, on y a tous succombé. C'est l'occasion pour les parents de renouveler les vêtements de leurs bambins qui grandissent à une vitesse folle et pour les shopping addicts d'acquérir cette veste en jeans, un peu plus belle que celle qu'ils ont déjà.

Ce n'est pas les soldes le problème. Diminuer ses prix pour évacuer le trop-plein de stock est tout à fait légitime pour faire place aux nouveautés et pour se débarrasser des pièces qui ne partent plus. Mais c'est tout ce qu'il y a autour qui pose question. C'est le côté systématique de ces réductions monstrueuses, c'est ce gâchis de matières premières sacrifiées dans un incinérateur pour faire place à d'autres vêtements au même destin. Et puis, ce n'est pas un problème que ce t-shirt soit vendu à 3,99 €. Le souci, c'est plutôt le fait qu'il soit affiché à 9,99 € à la base. En première main. Cela sous-tend une question importante : comment est-il possible de vendre un t-shirt à si bas prix ? Élement de réponse : en fermant les yeux sur les droits des travailleurs et sur l'impact sur l'environnement. Après tout, qui sait vraiment à qui va cet argent ? On va tenter de vous l'expliquer.

Que paie-t-on en achetant un t-shirt ?

La Fairwear fondation (FWF) s'est penchée sur la question. Il s'agit d'une organisation indépendante qui veut généraliser la mode durable et équitable. En 2012, elle a publié un rapport dans lequel elle s'est penchée sur ce qui se cache derrière le prix d'un t-shirt fabriqué en Inde. Et le résultat est édifiant.

© Infographie IPM
Les données recueillies par la fondation concernent un t-shirt fabriqué en Inde à partir de coton bio certifié fairtrade. On y découvre que la grande majorité (59%) du prix que nous payons représente la marge du magasin (coût de personnel, loyer, TVA et frais compris) et que le travailleur ne vaut que pour 0,6% de l'équation. Cela signifie qu'il ne touche que 0,18 € par t-shirt.

Salaire minimum contre salaire vital

Moins de vingt centimes par t-shirt, cela paraît dérisoire. Mais pour bien appréhender l'information, il faut comprendre ce que ça vaut. En 2019, en Inde, le salaire minimum légal était fixé à 8 609 INR soit un peu moins de 110 € par mois. Malheureusement, cela ne représente que 36 % du salaire vital qui prend en compte les conditions de vie des travailleurs. "C’est un salaire qui permet de subvenir aux besoins de base du travailleur et des personnes vivant directement de ses revenus" , explique le collectif Éthique sur l'étiquette . Cela prend en compte le logement, l'énergie, la nourriture, l'habillement, la santé, l'éducation, l'eau potable, les soins aux enfants, les transports et l'épargne.

"Il existe deux grandes façons d’envisager le salaire minimum vital : la plus simple étant "l’approche par calcul" (qui fait appel à une formule calculée sur la base de la taille moyenne de la famille, du coût des besoins de base par personne et de l’épargne, ou sur une proportion déterminée du salaire médian national), la seconde étant "l’approche par la négociation", qui s’appuie sur des consultations avec les travailleurs et permet d’adapter les définitions aux conditions locales, mais qui pose problème lorsque les syndicats sont faibles ou muselés" .

© Unsplash

Selon les calculs de la Fondation Fairwear, pour atteindre ce salaire vital, il faudrait faire passer le salaire de l'employé de 0,18€ à 0,45€ par t-shirt. On parle donc d'une augmentation de 0,27€ sur le coût final du vêtement, soit même pas 1%. "Plusieurs études de marketing et enquêtes auprès des consommateurs indiquent qu'un nombre important d'entre eux est prêt à payer plus pour acheter des vêtements fabriqués de manière équitable" , explique Sophie Koers, directrice du marketing et de la communication de FWF. "Nous savons que la demande est là. Nous nous concentrons maintenant sur la construction de modèles solides pour répondre de manière fiable à cette demande".

Pistes de solutions

L'un des problèmes réside dans notre échelle de valeurs. Aujourd'hui, il paraît normal d'acheter un t-shirt à 15 € dans un grand magasin. Les quantités sont telles et les droits des travailleurs souvent si peu respectés qu'ils peuvent se permettre de casser les prix de manière affolante. "On est tellement habitué à ce genre de prix qu'on ne se rend plus compte de la valeur des choses. On a l'impression qu'un t-shirt à ce prix c'est normal et que ce qu'on achète dans les magasins éthiques est cher. Mais c'est l'inverse. Il faut se réhabituer au fait qu'un t-shirt en dessous de 25 €, ce n'est pas normal" , souligne Adeline du magasin éthique et équitable WeCo Store, à Bruxelles.

Il faut aussi garder à l'esprit qu'un prix élevé n'est pas forcément gage de qualité. Des entreprises situées en Europe peuvent dénigrer les conditions de travail des employés au même titre qu'une usine en Inde peut être labellisée fairtrade et rémunérer équitablement ses travailleurs. Il faut pouvoir se pencher sur la question et analyser les étiquettes. Plusieurs magasins belges font déjà cette recherche à votre place en ne proposant que des produits durables et équitables. C'est le cas de WeCo Store mais aussi de The Wild Lab, par exemple.

Et pour les personnes qui ne peuvent pas se permettre de mettre 30€ dans un t-shirt basique ou pour les enfants qui ont besoin de changer de vêtements régulièrement, il existe aussi la solution des magasins de seconde main comme le site Yupla ou la location de vêtements.