Mode & Beauté

"En master, les étudiants ont deux années durant lesquelles ils peuvent prendre tous les risques qu’ils veulent […] Une école doit être un lieu où on peut expérimenter sans limite”. C’est ce que nous confiait Benoît Hennaut, directeur de La Cambre-Arts Visuels, lors de l’entretien qu’il nous avait accordé quelques jours avant le défilé (cf. LLB 29/05).

Un propos qui n’est pas qu’une ligne dans un programme pédagogique, puisque le défilé auquel nous assistions vendredi soir, à Kanal, faisait la preuve que la liberté de parole donnée aux élèves de La Cambre leur donne du souffle.


La mode comme porte-voix

Au total, un show très divertissant à l’œil, dans lequel nous avons retrouvé, distillés, les éléments conceptuels que le directeur actuel a à cœur de défendre.

Et, notamment, la question du corps dans la mode. Les étudiants en stylisme et création poussent toujours plus loin la question du genre. Les 3e bachelor, par exemple, devaient partir des codes du vestiaire masculin – connu pour sa rigueur et sa technicité –, mais rien ne les obligeait à respecter le sexe des vêtements. Et de voir défiler des collections homme, qui se meuvent en collection femme ; des jupes qui montrent les mollets formidables de jeunes gens qui assument leur masculinité – la virilité n’est plus à la mode, il faut se faire une raison, Messieurs. Le pantalon n’est plus un attribut du pouvoir masculin, la jupe ne dit plus le sexe des humains, et quel est le genre de cet individu qui arbore une robe de mariée spectaculaire ?

Nos yeux croisent, aussi, des collections qui soulignent, à outrance, les attributs du féminin : les hanches, les seins et fesses protubérants sur des corps menus nous obligent à questionner deux choses : l’endroit où se pose notre regard quand on “mate” une fille ; et le diktat de la minceur/maigreur de la mode des publicités et des défilés de marques. Une minceur qui, dans ses extrémités, désexualise des corps vidés de leur substance vitale.

Rien d’exsangue cependant à Kanal, mais de la mode qui vous parle dans un mégaphone : les étudiants de Bachelor 1 imaginent des parapluies qui ne les couvrent plus des malheurs écologiques qui tombent du ciel sur leur génération. Les Bachelor 2 inventent des vêtements "anti-mourants" (qui protègent des fascistes et des pollueurs).


Après cinq années de mode à La Cambre

Les finalistes au Master, enfin titulaires de leur diplôme après une course d’endurance de cinq années, n’hésitent pas à dire ce qu’ils pensent vraiment – c’est un des éléments sur lesquels ils sont évalués : leur engagement.

Marguerite Barroux nous aura marqués. Son travail sur les mains qui se posent un peu partout sur le corps des femmes disent la femme objet. Mais à bien y regarder, les mains qu’elle adjoint à ses pièces de vêtements sont aussi des mains qu’on serre, ou des mains qu’on agite comme un mouchoir, quand on dit au revoir à ceux qu’on aime. Engagé politiquement et émotionnellement, voilà le boulot des étudiants, futurs actifs du XXIe siècle.