Comment il était ce défilé 14 de La Cambre ? Chaud, inventif, parfois questionnant, parfois emballant... évidemment au propre comme au figuré. Retour sur ces collections étudiantes, les bases d'un futur mode et belge.

La Cambre Mode(s)... On l'attend toujours ce défilé, fruit d'un long travail dans le laboratoire créatif qu'est La Cambre, une école à la réputation internationale. On ne compte plus ceux qui passés par là se taillent une place dans des maisons renommées, remportent des prix lors des festivals de mode... Ou parfois quittent aussi le métier de la création proprement dite mais distillent leur regard et leur talent dans d'autres professions.

C'est donc avec une certaine admiration, d'emblée, qu'on s'apprête à scruter les collections élaborées par une soixantaine étudiants de la section, au prix de longues nuits blanches et de sacrifices financiers. Qu'on attend que sortent d'un mur tantôt miroir tantôt vitrine, les pièces qui composeront peut-être la mode de demain.

D'abord chapeau bas au maquillage (Dior), vraiment top cette année avec des éclairs flash rose sur la bouche des mannequins de 2e année, des dessins géométriques colorés pour les 3e, des cheveux peints, des yeux surlignés ou encore des sourcils fluo. Et comme d'habitude, une sélection musicale pointue et forte, toujours totalement en adéquation avec les collections...


Il y a eu de la poésie

>> Surtout chez les première année dont les pièces avançaient comme un songe dans un jeu de transparence poudrée (nude, rose) structurée par des lignes couturées blanches.


>> Dans l'esprit masculin féminin vu chez les 3e année qui ont livré un vestiaire masculin réinterprété où les limites du genre sont repoussés. On y a vu des hommes en longue robe bustier (déroutant, chez Paul Kaplan )


Il y a eu des fulgurances

>> L'hétéroclite de la tenue fourre-tout de Samantha Cazenave (4e) avec pantalon slim-marin, robe bustier-t-shirt et jupe noire-jupe plissée. Hétéroclite et audacieux : elle aurait pu nous perdre dans la surenchère, c'est juste structurellement logique et même élégant.




>> La beauté du manteau pour homme, à fleur et argent réversible de Célien Favre (3e)

Crédit photos : Catwalk Pictures

>> L'effet maxi des pull over en laine XL de Charlotte Mounzer. Spécialement le jaune moutarde et noir, aux jeux de volume soufflant.


>> Le terrifique manteau argenté aux empattements et poches XL multiples de Alexandre Apti.


Crédit photos : Catwalk Pictures

Il y a eu de la matière

>> Autant l'année dernière était dédiée à la maille, autant cette année c'est plus la laine brossée et les matières structurantes qui permettent de jouer sur les volumes et de faire des coupes très travaillées qui l'a emporté comme Dorothée Fontignie (3e année) qui mariait le tweed, le coton épais ou le t-shirt.

>> Mention spéciale aux vestes, travaillées dans toutes les matières par les 2e année qui ont livré des pièces très abouties.


Il y a eu des univers

Le classique futuriste de Hélène Coudret (ph.1) , sorte de Chanel des années 2100 ou encore les princesses tristes de Delphine Baverel (ph2) , aux longues robes pastel et cintrées mais aux découpes déjantées. On aussi assisté à un mariage espagnol à froufrou ( Quentin Lamock, ph.3 )



Il y a eu des effets glaçants


>> Les chaussures concept d' Alexandre Apti cliquetaient comme des chaînes de fantômes sur le sol brut... Des semelles de feutrine en pointe posées sur une structure en U métallique torturée, qui faisaient défiler les mannequins au ralenti.



Crédit photo : Catwalk Pictures

>> Les femmes dummies de Léa Barré au visage, main et jambe de latex ont produit leur effet. Pause effrayante de mannequins de vitrine, respiration difficile, brrrrr. On en oubliait presque la collection plutôt classico-élégante, tout en volume.


>> Globalement les collections volumétriques des 2e année qui ont interprété un monde fou notamment avec des ensemble duo à quatre jambes et deux bras...


Il y a eu de la bonne idée "souliers"

>> Florilège inventif pour les pompes de La Cambre cette année, les étudiants de 2e année ont semble-t-il pris plaisir à s'approprier des chaussures plastique pour les couper, les coupler, les sangler, les exploser. Top !

>> On a aimé les chaussures noires peintes façon BD démente de Mariam Mazmishvili; les chaussettes blanches façon résille XL de sport de Louis-Gabriel Nouchi .

>> Samantha Cazenave a travaillé le détail avec des flèches, des couleurs orange vif, jusqu'à ses escarpins noirs avec un liseret de feutrine blanche qui venait souligner le talon, se tortillait près d'une cheville, gigotait à la pointe. Très beau.


Crédit photos : Catwalk Pictures

Il y a eu un effet bande urbaine

>> En 3e année, c'était à qui présenterait la bande urbaine la plus hype du moment. La chorégraphie dansée participait à cette mise en mouvement énergique du vêtement pris comme un code d'appartenance.

>> Il y avait Paul Kaplan avec son armée cosaque aux longs manteaux kaki structurés, les nouveaux dandys géométriques de Dorothée Fontignie ; les dégaines cool et classe de Célien Favre avec ce fameux long manteau fleuri. Adèle Andreone et sa bande urbaine de rois du monde, racailles élégantes et assurées.


>> On a aussi adoré le travail audacieux des visages brodés de Mariam Mazmishvili sur des vestes et manteaux austères, à la coupe impeccable. Elle nous a servi sur un catwalk des mauvais garçons très désirables.


>> Mention spéciale pour Charlotte Mounzer qui tranchait avec un travail sur la laine, des couleurs flash,des tartans : les rois de la rue hivernale, c'était donc eux ?


Les cinquième

On avait vu toute l'étendue de leur talent l'an passé. Un an plus tard, que nous racontent-ils ?

>> Eddy Anemian, coup de coeur de l'an passé et lauréat du H&M Design Award, a présenté des silhouettes toujours aussi romantiques et légères, convoquant tour à tour la mousseline, la soie ou le jersey. On a aimé son tailleur bermuda, ses manteaux oversize, ses robes ou empiècements en franges de jersey. On a regretté la sublime homogénéité de son univers observée l'an dernier.

Crédit photos : Catwalk Pictures


Crédit photos : Catwalk Pictures

>> Léa Barré : la démarche de l'étudiante en dernière année n'a pu laisser personne indifférent. Les mannequins arrivent avec un terrible masque de latex mi-opaque mi-translucide, blanc tirant vers le jaune. Quelques trous sont réservés aux yeux, à la bouche et à quelques queues de cheval qui sortent de ces corps plastifiés, cirés. C'est tellement spectaculaire et glaçant qu'on en oublie de regarder la collection somme toute assez conventionnelle par rapport à la dramaturgie du moment : la jeune femme a réinvesti l'univers de l'automobile en voulant transformer ses mannequins en crash-test dummies. Mais Léa Barré réserve avant tout quelques jolies pièces comme... des manteaux oversize zippés ou des jupes culottes minimalistes réalisées en mousses d’intérieur de voitures. Résolument modernes... et qu'on se réjouira de voir portées par des femmes au large sourire.


>> Louis Gabriel Nouchi tout juste revenu de Hyères fait cette année dans le sportswear. Combis graphiques imprimées de mots ou de paysages, survêts coupés comme des costards... Son vestiaire sportif prend des allures élégantes et sophistiquées. Nul doute que certains hommes (ou femmes) porteront bientôt ses pièces.

Crédit photos : Catwalk Pictures

>> Instants de grâce avec Anouk Fallon . Des naïades en maillots de bain accompagnés d'une longue traîne défilent. Des déesses grecques aux jambes infiniment longues et au port de tête altier. Jouant des constrates de couleurs et de la matière, elle parle le même langage drapé structuré que Emmanuelle Lebas (5e année l'an passé) avec de longs pantalons travaillés sur des crop top, du rouge, du blanc du jaune : des couleurs très belles, un ensemble pur, des coupes élégantes, un beau fini.



Le coup de coeur

Les brindilles colorées de Naomi Courau (4e) qui a fait défiler de longues filles toutes minces court vêtues, avec des vêtements qui jouaient à découvrir/couvrir des sous-vêtements mouchetés et transparents. La fluidité des vêtements qui filaient le long du corps, les couleurs des imprimés jungle en faisaient un ensemble cohérent, sexy et élégant. Waouh ! On a été subjuguées par ses chemisiers. A tomber.

Crédit photos : Catwalk Pictures

Crédit photos : Catwalk Pictures