Et si on changeait notre façon de consommer nos vêtements ? Et si on achetait moins, mais mieux ? C‘est ce que propose la slow fashion.


Dans le salon d’Esther, trois portants sont installés. Dessus, des vêtements sont disposés sur des cintres en bois recyclé. Il y a des débardeurs jaunes, des jupes fleuries bleu marine ou des robes marinière en noir et blanc. Tous ces habits ont été sortis pour un événement organisé par L’Envol du Colibri, le magasin éphémère fondé par Esther et son amie Sophie il y a deux ans. “ Les clientes se rendent directement chez nous. On alterne, une fois chez Esther, une fois chez moi. On se rend aussi dans des salons ” explique Sophie. Ces vêtements provenant de différentes marques sont tous issus du commerce équitable. Certains sont produits à partir de coton organique bio, de pulpe de bois ou de chanvre “ dans de bonnes conditions de travail. Il n’y a pas d’exploitation humaine et un respect de l’environnement” précise Esther. Des critères propres à la slow-fashion.

Ce mouvement prône une autre manière de consommer les vêtements en tenant compte des conditions dans lesquelles ils ont été fabriqués. Esther et Sophie soutiennent ce mode de consommation à travers l’Envol du Colibri. Aujourd’hui, le duo ne s’habille plus qu’en slow fashion. Elles achètent en seconde main, dans des friperies, des boutiques vintage ou dénichent de bonnes affaires par le bouche à oreille. “ Mes chaussures sont slow fashion, mes accessoires aussi. Il n’y a plus que les sous-vêtements mais j’y arrive peu-à-peu” indique Esther.


La slow-fashion est en pleine expansion, mais son apparition remonte aux années 2000 comme l’explique Patrick Veillard, chargé de recherche et de campagne textile à Oxfam. “Les pays anglo-saxons ont été les premiers à s’emparer du mouvement. Et puis un événement tragique a servi de déclic”. Le 24 avril 2013, un bâtiment s’effondre près de Dacca, la capitale du Bangladesh. A l’intérieur, des ouvriers travaillant pour de grandes marques de textiles. Au total, 1 127 ouvriers décèdent. “Il a fallu ce drame pour se rendre compte de ce qui se cache derrière les vêtements que l’on porte” constate Patrick Veillard.

Prise de conscience

A Liège, Marie souhaite justement sensibiliser dès le plus jeune âge à la slow-fashion. Couturière et costumière de profession, elle organise des ateliers pédagogiques pour les enfants et les adolescents. “J’explique les étapes de fonctionnement en utilisant des images fortes. C’est comme ça que les jeunes ont des prises de conscience. A la fin des séances, il est arrivé que des enfants regardent leurs vêtements presque stupéfaits et choqués”. Il y a deux ans, c’est Marie elle-même qui est choquée. Devant son écran d’ordinateur, elle regarde des vidéos sur les conditions de travail des ouvriers travaillant dans de grandes usines de textiles en Asie. Elle y découvre l’exploitation et les conditions de travail déplorables. “J’étais abasourdie. Je me suis dit : je ne veux plus participer à cela". Autour d’elle, elle constate un changement. “Une cliente m’a demandé un jour de la relooker. Je lui ai alors proposé un parcours slow fashion. Durant une journée, nous nous sommes rendues dans des boutiques dédiées à la slow fashion. A la fin elle m’a annoncé : je me sens propre”. 

Pour certains, passer le cap du slow fashion s’avère plus complexe. Sarah est une jeune étudiante en interprétation traduction à Bruxelles. Au mois de mars, elle franchit pour la première fois la porte d'une boutique slow fashion. “Je veux faire plus attention, j’essaie en tout cas. J'ai vu des vidéos où des litres d'eau sont utilisés pour les productions de jean et de t-shirts. Mais je suis toujours tentée de me rendre chez Zara ou Mango. C’est comme un réflexe. C’est moins cher et les collections se renouvellent”. Dans le magasin, Sarah regarde les vêtements. Les cintres s’accumulent dans ses deux mains. Le jeune femme de 19 ans repart finalement avec une chemise. “Il y a une petite tâche, mais les vendeuses m’ont dit que cela pouvait être repris” sourit-elle.

"De la poudre aux yeux !"

Symbole de la fast fashion et de la surconsommation, les grandes marques essaient de faire des efforts. En 2017, Mango lance des collections capsules intitulées #Committed. Les vêtements sont conçus à partir de tissus recyclés et de fibres durables. L’enseigne espagnole s’est engagée à ce que 50% du coton utilisé soit issu de l’agriculture biologique d’ici 2020. De son côté, H&M a créé Conscious, une collection pour une mode durable avec des vêtements confectionnés à partir de coton bio. Des efforts loin de satisfaire les adeptes de la slow fashion. “De la poudre aux yeux !” lance Sophie. “H&M est le symbole de la fast fashion. Il faut toujours proposer de nouvelles pièces toutes les trois semaines. La marque se doit de corriger son image. Ils ont recours au greenwashing, leur communication et leur marketing sont tournés vers un positionnement plus écologique. Ce sont juste des effets d’annonce, il faut des changements plus profonds ” souligne Patrick Veillard.


Côté budget, les prix des vêtements slow fashion ne sont pas plus chers que ceux des grandes enseignes. Parmi les vêtements proposés par Esther et Sophie, des débardeurs à 19,90€, des blouses à 39,90€, des robes à 79,90€. Du côté des hommes, comptez 40€ pour un polo. “Lors d’un salon, j’ai vu des clients faire de gros yeux devant les prix affichés. Mais ils n’hésitent pas à se rendre chez Zara ou Mango pour le même prix. Derrière, les conditions de travail sont déplorables, la qualité beaucoup moins bonne. Mais c’est la mode, alors…” souffle Sophie. Les deux amies accordent beaucoup d’importance aux pièces proposées à leurs clients et clientes. Les vêtements sont colorés, les formes modernes, les motifs actuels. “Il ne faut pas croire que le slow fashion propose des pièces ringardes, passées de mode”.