Mode et beauté

Paris, 25 juin 2014. Premier jour de la mode masculine à Paris. Le gros morceau du jour, pardonnez l'expression, c'est le défilé de Walter Van Beirendock, designer belge de son état. On a assisté au défilé et on en a profité pour lui tirer le portrait.

Walter Van Beirendonck. L’homme a la barbe de père Noël. Mais c’est bien tout ce qu’il partage avec le monsieur qui livre les cadeaux en traîneau. Car Walter Van B. est tout sauf bien-pensant et conventionnel. Mais bon, comme père Noël, il prend rendez-vous avec nous. En l’occurence, ici, il ne manquerait pour rien au monde son défilé de la mode homme parisienne.

Et il nous fait des cadeaux aussi, voyez plutôt le show. Belle entrée en matière pour cette Fashion Week consacrée aux garçons. Mais question gestion du bonhomme, ça a l’air d’être à peu près tout ce qu’on peut espérer. Car il fait partie de ces indidivus pour qui l’autocensure ne peut pas être une façon de penser le monde et la mode - médium qu’il a choisi pour s’exprimer.

Il est dans le métier depuis déjà quelques décennies. Il a lancé sa propre marque au début des années 80, alors fraîchement sorti de l’Académie. Comprenez Anvers, la fameuse, celle qui est habituée à fabriquer des talents à l’international. Trente ans plus tard, sa démarche radicale n’a pas été revue à la baisse. Il ne s’est pas assoupli aux règles du marché qui gouvernent le monde de la mode actuel.

La mode oui, mais pas que

Détachée de l’enjeu mercantile, la mode que propose "WVB" est une forme d’expression plastique où tout peut être dit. Et même quand il fait des robes dans le cadre d’une collaboration avec La Redoute (c’était en 2009, à l’occasion de l’expo "Paper Dress" au musée de la Mode d’Anvers), il ne se gêne pas pour apposer son faciès barbu et son corps dodu et nu, le tout installé sur un ours.

Ce personnage à poils, presque en mode priapique, c’est son alias. Celui qui se balade comme un logo de la marque, celui qui dit une posture bien déterminée. Mais qui refuse pour autant d’être catégorisé. C’est ainsi que l’ami Walter flirte entre arts plastiques, mode, performances et expériences de tout poil. Poil étant un des mots clefs quand on parle de "WVB" (des barbus balèzes sans doute grands fans se baladaient en nombre à son défilé ce mercredi).

En mode plastique

En 2011, il s’amuse avec Erwim Wurm, le plasticien, à fabriquer des sculptures boules de poil qui se baladent dans le parc Middelheim d’Anvers. Rencontre avec des silhouettes sans tête ou avec des giganteques fusées (ou sexes) rose bonbon. Singulière confrontation.

Il a aussi dessiné des costumes pour l’Opéra Garnier, renouvelant ainsi l’univers esthétique de l’art lyrique. On retrouvera prochainement sa patte inimitable sur la scène de l’Opéra flamand. Ce sera en mars 2015. Et c’est encore sans compter sur le nombre d’expositions d’art contemportain qui ont montré son travail comme œuvre plastique à part entière. On se souvient avoir croisé quelques-unes de ces folles productions beirendonckiennes. Un pull-over qui représentait, de façon très réelle, un torse à poils. C’était lors de l’expo "Art is Fashion" au musée de la Mode de Rotterdam.

On le voit, Walter Van B. se balade avec aisance entre arts plastiques et mode. Sans prétendre pour autant faire de la mode un art… Mais en rappelant, à qui veut l’entendre, que le médium de la mode peut aussi être politique. "Même si peu de designers travaillent en ce sens", précise-t-il.

Pour son défilé, Walter Van B. continue à jouer la confrontation et donne à voir sa création, complètement hors norme et déjantée, dans un des arrondissements de Paris, le XVIe, où on paie son croissant avec un billet de 500 euros. Au garage Lubeck, quand on passe une seconde en coulisses, on croise dans le viseur un type baraqué, en combi blanche (dont les poches arrières toutes rondes créent des fossettes sur ses fesses, véridique !) et barbe vénérable. C’est Walter lui-même, prêt à lâcher ses petits gars à la faune journalistique. A son cou, un bijou végétal. Un trèfle à quatre feuilles ? Mais a-t-il besoin de chance pour épater la galerie ?

Et c’est parti pour une collection qui ouvre sa vision du monde. Les lunettes de soleil sont customisées comme des bijoux primitifs. Et on dirait que les queues-de-pie ont été découpées dans la Tapisserie de Bayeux. Les chaussures sont des tennis surgonflées pour surfer sur la vague du quotidien. Et ces masques frontaux qui coupent le visage en deux… Ils dessinent une autre allure, voire même une autre humanité.

Le masque qui te permet de mieux voir

Essayez donc, vous, de porter un long masque, un aileron au bout de votre nez. Dans un premier temps, vous aurez la vision coupée en deux. Pour "WVB", pas de manichéisme primaire. Si, dans un premier temps, le monde apparaît coupé en deux, rapidement par défi et par jeu, on exploite nettement mieux sa vision périphérique. Et ouvrir son champ des possibles, entre nous, ce n’est pas une mauvaise idée.

A suivre...