Les masques deviennent omniprésents et au-delà de leur aspect sanitaire, ils se posent désormais en accessoire... de mode mais pas encore mercantile.

C'est parti : sur Instagram, 10 796 243 photos correspondent au hashtag "Mask" et près de 89 000 à "masque". Sur les réseaux sociaux, les femmes, les hommes, les couples, les familles prennent la pose masqués. Sans que l'on sache vraiment très bien si c'est pour montrer l'exemple, la fin d'un confinement pesant ou... leur nouveau look.

Benjamin de la région bordelaise, masque noir sur la bouche et bras derrière la tête en un selfie aguicheur, annonce lui clairement la couleur : le masque, c'est le "nouvel accessoire". Comme la boutique Mila et Joy qui a tablé avec succès sur le masque make-up déjà en rupture de stock, à 10€ pièce.


Le créateur Jean-Paul Lespagnard, devenu styliste personnel et propriétaire de la boutique Extra-Ordinaire, un beau concept-store qui a ouvert ses portes dans le plein centre de Bruxelles en octobre dernier, s'est vite intéressé aux masques. Afin de donner un coup de main solidaire, en lançant un tuto pour coudre son masque et en lançant une tombola pour récolter des fonds pour l'hôpital Saint-Pierre, en avril. "Par la suite, j'ai eu beaucoup de demandes pour savoir si je faisais des masques à vendre. J'en ai fait pour mes proches. Mais au début, je ne voulais pas que l'on imagine que je veuille lancer l'idée d'un masque accessoirisé, griffé à mon nom", explique Jean-Paul Lespagnard.

Mais la demande était bel et bien là, alors il a eu l'idée de proposer des boîtes contenant 5 tissus et tout le kit (ciseaux, aiguilles, fil) pour s'en fabriquer soi-même. La boutique de la rue des Bouchers en vend désormais, 45€ pour 5 masques. Avec également des modèles pré-cousus "pour ceux qui vraiment ne savent pas du tout coudre ou ne le veulent pas" et qui ne sont pas si isolés que ça, souligne le créateur.


Non à l'uniformité

Car, qu'on le veuille ou non, cet objet a fait irruption dans nos vies pour un bout de temps... et comme le souligne une grande adoratrice et observatrice de la mode, Sophie Fontanel : "Vous trouverez toujours une frange d’êtres humains refusant l’uniformité, même si cette dernière est dictée par des raisons liées à la santé".

Toutes les couturières bénévoles qui ont commencé à coudre des masques ne diront pas le contraire ! Aucune d'elles n'a pris des tissus par hasard sans penser à regarder s'ils matchaient bien ensemble ! En faisant leur fierté et en étant commandés en masse par la population, ces masques réutilisables devenaient de beaux accessoires.

Pour Sylvie Droulans, spécialiste du Zéro Waste, cette protection est devenue aussi une façon de penser aux autres : elle les offre à ses proches, à ses amis, mais surtout plein de couleur et de peps ! "J’ai été déposer des petites surprises utiles (accessoires de mode qui deviendront prochainement indispensable 😷) à des amis qui me manquent", explique-t-elle sous ses photos.

Moins anxiogènes

Au final, les masques en tissu sont devenus un peu comme les pansements imprimés pour les enfants qui mettent de la gaieté là où il y avait de la douleur... Désagréables mais rassurants pour certains, confortables et jolis pour d'autres, comme Arielle qui en a une dizaine : "J'en ai cousu quelques-uns qui font vraiment artisanaux alors j'ai été faire mon marché sur le groupe Facebook solidaire Masque tissu - Solidarité Coronavirus - Belgique parce qu'il y a plein de beaux modèles. Et puisqu'il faut en mettre, autant rendre cela le moins anxiogène possible. Et pour moi, ça passe par de beaux tissus, une belle forme."

Accessoire "de mode", on y est donc... Mais quid du masque comme accessoire de marque, objet mercantile poussé par le marketing, la pub ? Sur les réseaux, sur les plates-formes des géants de ventes en ligne, les réclames fleurissent de plus en plus : belles photos, beaux mannequins et masques mis en avant pour leur côté fashion et pas pour leur utilité.

Les masques des grandes maisons vont-ils arriver eux aussi jusqu'à nous ? Comme le souligne là encore Sophie Fontanel dans l'Obs : "Quand on verra des masques monogrammés, vendus 200 euros pièce, portés par des parvenus, on pourra trouver cela ridicule. Je ne me fais pas d’illusions, on y viendra". Car la demande est bel et bien là... "50% des Belges veulent retourner à l'avant-Covid, et l'autre moitié veut un monde nouveau porteur de plus de sens", affirme d'ailleurs Martine Clerckx, analyste de tendances. Le consumérisme ne va pas s'éteindre avec le Sars-Cov19... Mais pour l'instant et si on acceptait la créativité des uns pour laisser les masques chirurgicaux et jetables à ceux qui en ont besoin.