"Fatigué", Karl Lagerfeld, la star planétaire de la haute couture, a été absent mardi des deux défilés Chanel, à l'ambiance très XVIIIe siècle, organisés au Grand Palais à Paris, un fait inédit selon les spécialistes.

D'une façon inhabituelle pour les défilés, qu'aucune parole ne perturbe, un organisateur a annoncé après l'ultime silhouette, une jeune mariée en maillot de bain et voile argentés scintillants, que le couturier octogénaire n'était pas là. Tout en assurant qu'il devait être présent pour le deuxième défilé à la mi-journée.

M. Lagerfeld, qui "se sentait fatigué", n'est toutefois pas venu non plus saluer le public après le deuxième défilé, a indiqué à l'AFP une porte-parole de Chanel.

Il a "demandé à Virginie Viard, directrice du studio de création de la maison de le représenter et de venir saluer les invités aux côtés de la mariée", selon un communiqué de la maison.

Une critique de la mode chevronnée a déclaré à l'AFP ne pas avoir de souvenir du créateur manquant un défilé de Chanel à Paris au cours de ses quarante années passées dans la maison de couture.

Inédit aussi pour Le Figaro qui a assuré sur son site que le couturier, âgé officiellement de 85 ans (même s'il entretient le flou sur sa date de naissance), n'a "jamais manqué" de saluer le public après les défilés depuis ses débuts chez Chanel en 1983. Le quotidien souligne que le couturier était "déjà très affaibli" lundi, à l'occasion d'une rencontre avec ses journalistes.

Style Pompadour

"Virginie Viard en tant que directrice du studio de création et Eric Pfrunder en tant que directeur de l'image de Chanel continuent à l'accompagner et à assurer le suivi des collections et des campagnes image de la marque", écrit Chanel dans son communiqué.

Toujours très attendus, les défilés de Karl Lagerfeld pour Chanel sont grandioses démontrant un sens aigu de la mise en scène. Cadre habituel des défilés Chanel, le Grand Palais avait déjà accueilli une forêt, un paquebot ou les quais de Seine avec ses boîtes de bouquinistes.

La collection présentée mardi, au deuxième jour de la haute couture 2019, devant les invités parmi lesquels la réalisatrice américaine Sofia Coppola, l'ex-top et créatrice Inès de la Fressange et l'actrice française Carole Bouquet, était inspirée du XVIIIe siècle, "la période préférée" de M. Lagerfeld.

Parmi les thèmes artistiques du siècle, les fleurs sont au coeur de la collection: brodées, repeintes, en dentelle, en plumes, en résine ou même en céramique elles se posent jusque sur des bijoux de tête.

"C'est une collection sereine, idéale, hors du temps, tout à fait d'aujourd'hui, avec de nouvelles formes", commente Karl Lagerfeld dans une note de présentation.

Un spectacle rétro, loin de l'éclat du dernier défilé prêt-à-porter en octobre, frais et joyeux, pour lequel Karl Lagerfeld avait entraîné ses mannequins sur une plage plus vraie que nature.

Elles portaient cette fois des tailleurs traditionnels en tweed de la maison aux couleurs claires avec des escarpins à bride revisitant un soulier d'époque.

Sur les vestes épaulées à col bateau et sur les jupes zippées et tombant à mi-mollet, ou portefeuille et coupées au genou, le galon est véritablement fondu dans le tissu : il amplifie encore la ligne pure de ce que Karl Lagerfeld appelle "le nouveau Chanel".

Des robes de cocktail et de soir à col bateau et des silhouettes rappelant les corsets et les paniers des robes féminines du siècle des Lumières. Des boucles d'oreilles en plumes complétaient les looks.

La top du moment Kaia Gerber, fille de Cindy Crawford, a présenté une longue robe rose à fleurs avec des basques et des manches en plumes grises d'autruche et aux épaules dénudées.