Trop laid, trop gros, ou parfois ...trop belle: alors que le gouvernement a retiré les critères de taille pour devenir policier et que les employeurs jouent la carte de la diversité, l'apparence physique reste un facteur discriminant dans l'entreprise.

Le code pénal interdit toute discrimination liée au physique, mais dans la réalité "une apparence plus favorable, c'est une sorte de diplôme supplémentaire sur le marché du travail", remarque Thibault de Saint Pol, sociologue à Science-Po et auteur du "Corps désirable".

"Etrangement, l'opinion publique dénonce les discriminations liées à la couleur de peau, mais ne trouve pas anormal qu'on sélectionne sur le physique quand il s'agit de recruter une hôtesse d'accueil ou une vendeuse, qui sont en relation avec le client", regrette Jean-François Amadieu, directeur de l'Observatoire des discriminations.

Une DRH d'une entreprise parisienne reconnaît sous couvert d'anonymat, que si "tout ce qui relève de la couleur de peau" ne lui pose "aucun problème", les gens "physiquement très repoussants pourraient poser un problème s'il s'agit d'un poste d'accueil". "Cette discrimination est parfaitement intégrée dans les entreprises", note Benjamin Blavier de l'association IMS-Entreprendre pour la Cité, regroupant 250 entreprises. Il y a par ailleurs peu de plaintes de salariés. La Halde a recensé 150 cas en 2009, soit 1,4% des réclamations. Les victimes n'osent pas se manifester, explique M. Amadieu. Début août, le gouvernement a pourtant fait un geste important en permettant désormais aux personnes de moins d'1m60 d'entrer dans la police.

La taille est, avec le poids, un bon indicateur de discrimination, explique M. de Saint Pol. Ainsi, "des études montrent clairement qu'à compétences égales, plus un homme est grand, plus la probabilité est élevée qu'il ait un salaire élevé et un meilleur job".

La corpulence joue aussi, car "chez les hommes, on valorise plutôt la force", et donc une grande taille et un certain surpoids (sans aller jusqu'à l'obésité). A l'inverse, petite taille et sous-poids sont discriminés.

Chez les femmes, la beauté est liée à la minceur. "Les discriminations concerneront surtout le surpoids et l'obésité. Si vous êtes en sous-poids, sauf cas extrêmes, la probabilité est plus forte d'avoir un meilleur job", affirme-t-il.

Les plus discriminés sont les personnes obèses, à cause de "l'idée très répandue qu'on est responsable de son apparence. L'employeur interprète à tort les compétences du salarié en fonction de son physique", explique M. Amadieu.

Ce chercheur a montré qu'un candidat obèse avait trois fois moins de chances de décrocher un entretien d'embauche pour un poste de commercial, lorsqu'il met sa photo sur son CV. Et il a 24% de réponses positives en moins, même pour un poste de télévendeur.

"La personne obèse est vue comme paresseuse, peu productive, manquant de dynamisme ou de volonté" alors qu'à un certain degré "l'obésité est irréversible", déplore Béatrice de Lambertye, responsable de la communication pour Allegro Fortissimo, association qui défend les personnes de forte corpulence.

Sur le site de l'association, Paule, qui parle anglais, italien et allemand, raconte son entretien d'embauche dans un office du tourisme: "le directeur m'a dit +Je préfère des personnes plus représentatives, même si elles ne parlent pas si bien les langues étrangères+". A contrario, "la beauté d'une femme est parfois un handicap pour des postes de direction", remarque M. Blavier. Une récente étude américaine du Journal of Social Psychology a montré que si un homme séduisant est toujours préféré pour n'importe quel emploi, une belle femme sera difficilement recrutée pour un poste considéré comme masculin.