Mode & Beauté

Du tango et du piano, Tilda Swinton et Pharrell Williams sur scène: c'est un hommage vibrant et joyeux qui a été rendu à Karl Lagerfeld hier à Paris, dans ce Grand Palais qu'aimait tant le couturier disparu en février.


Des stars du cinéma, de la musique et de la danse se sont succédé dans la nef tapissée d'imposants portraits du créateur devant 2.000 invités pour célébrer "l'homme de la Renaissance" qui s'est illustré dans plusieurs domaines.

Le lieu de la cérémonie ne doit rien au hasard: le Grand Palais, transformé tantôt en une plage plus vraie que nature, tantôt en supermarché ou en pas de tir d'une fusée a accueilli nombre de ces défilés spectacles de Chanel dont Karl Lagerfeld a fait sa marque de fabrique.

Une soixantaine de personnes dont Valentino, Monica Bellucci, Claudia Schiffer, Gigi Hadid, Carla Bruni, Jeff Koons et Bernard Arnault, mais aussi la gouvernante de sa célèbre chatte Choupette ont témoigné devant la caméra dans le studio de Lagerfeld devant sa gigantesque bibliothèque.

Alain Wertheimer, co-propriétaire de Chanel, qui n'a jamais donné aucune interview a, pour l'occasion, pris la parole "pour Karl". Il a raconté comment il l'a embauché pour Chanel et que ce n'était "pas la peine de trouver des sujets que Karl ne connaissait pas".

Aucun talent d'autodestruction

Ces séquences vidéo retransmises sur des écrans géants s'entremêlent de façon dynamique avec des interviews drôles de Karl Lagerfeld qui raconte "dessiner autant pour la poubelle que pour la maison", vivre "dans l'irréalité totale", aimer "les gens pétés", étant lui même privé de "talent d'autodestruction", ou s'amuser lorsque rappeurs ou jeunes de banlieue lui demandent dans la rue "par centaines" de signer leurs T-shirts.

L'hommage d'une heure et demie conçu par le metteur en scène de théâtre et d'opéra Robert Carsen est rythmé par des apparitions sur scène d'acteurs, musiciens et danseurs dont Karl Lagerfeld admirait le travail et qui interprètent des oeuvres qu'il a tant aimées.

Pharrell Williams pour conclure

© AFP

La Britannique Tilda Swinton lit ainsi des extraits d'"Orlando", de Virginia Woolf, sur les frontières floues entre le masculin et le féminin. L'actrice Helen Mirren se produit en duo avec le violoniste britannique Charlie Siem, elle lisant des "karlismes", ces fameuses citations drôles de Lagerfeld, lui jouant du Paganini.

L'actrice française Fanny Ardant récite "Eventail" de Stéphane Mallarmé, clin d'oeil à un accessoire fétiche de Karl Lagerfeld alors que des mannequins défilent portant ses créations. La mannequin et actrice Cara Delevingne apparaît dans le rôle d'une chatte: "I'm a cat!". Le virtuose chinois Lang Lang joue du Chopin sur un piano Steinway noir mat dessiné par Karl Lagerfeld.

La compagnie de danse German Cornejo est venue à Paris de Buenos Aires pour Lagerfeld qui disait que le tango était son "rap latin" et le danseur américain Lil Buck a interprété un cygne dans un style de danse de rue.

Cet hommage, conclu par une chanson de Pharrell Williams, était organisé par les maisons Chanel, Fendi et Karl Lagerleld dont le créateur fut le directeur artistique. C'était le premier depuis la mort de Karl Lagerfeld le 19 février à 85 ans et qui ne voulait ni funérailles, ni cérémonies.

Des larmes

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"Un enterrement ? Plutôt mourir !", s'amusait Karl Lagerfeld dans une interview à propos des funérailles publiques de la rockstar française Johnny Hallyday fin 2017. Conformément à ses volontés, le créateur a été incinéré dans la plus stricte intimité.

Le 5 mars, le premier défilé Chanel organisé après sa disparition, sous la verrière du Grand Palais, a débuté par une minute de silence et s'est terminé par une ovation debout, et des larmes pour une partie des fans du géant de la mode.