Elizabeth II, Beatrix et Margrethe: souveraines et veuves

Elizabeth II, Beatrix et Margrethe: trois femmes nées pour régner.

Elizabeth II, Beatrix et Margrethe: souveraines et veuves
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Pour celles et ceux qui en auraient éventuellement douté, l’engagement de la reine Elizabeth II pour sa charge royale est et restera pleine et entière. Après la perte de son époux le duc d’Edimbourg le 9 avril dernier, la souveraine âgée de 95 ans n’a jamais failli. On annonçait que la reine n’apparaîtrait plus qu’en de rares occasions, prendrait un long temps de deuil, ne sera plus jamais en visite sans être accompagnée par un membre du clan Windsor, n’arborerait plus que le noir pour ses tenues, etc

Si le deuil est porté au quotidien dans son cœur, Elizabeth II a repris le rythme habituel (depuis la pandémie) de sa vie publique avec l’ouverture de la session parlementaire et une visite du navire HMS Queen Elizabeth à Portsmouth, vêtue de rouge avec une broche offerte par son défunt époux. Comme à son habitude, la reine a affiché un intérêt pour ses interlocuteurs.

Elizabeth II n’est pas la seule souveraine régnante à avoir connu le veuvage. Si son ancêtre la reine Victoria garda le deuil de son époux le prince Albert de Saxe-Cobourg jusqu’à sa propre mort en 1901, ses consœurs contemporaines Beatrix des Pays-Bas et Margrethe de Danemark ont aussi continué avec leur destin royal.

En 2002, Beatrix des Pays-Bas est soutenue par son deuxième fils le prince Friso (alors le seul célibataire) pour descendre dans la crypte de la Nieuwe Kerk de Delft où va être inhumé son époux le prince Claus (1926-2002). Mariés depuis 1966, le prince souffrait depuis de nombreuses années de dépression chronique puis de la maladie de Parkinson. Son état s’était fortement dégradé vers la fin. Le coup n’en fut pas moins rude pour la reine sur le trône depuis 1980. Femme de poigne et d’autorité, la souveraine néerlandaise est alors apparue plus fragile aux yeux de ses compatriotes, s’adoucissant aussi avec le temps. Jusqu’à son abdication en 2013 alors que son fils Friso était dans le coma qui l’emporta un an plus tard, elle put compter sur l’appui des siens et en particulier de Willem Alexander et Maxima qui l’accompagnaient toujours lors de ses déplacements officiels à l’étranger.

En 2018, c’est au tour de la reine Margrethe de dire adieu à son époux le prince Henrik (1934-2018). C’est en 1967 que la souveraine danoise qui succéda à son père en 1972, épousa Henri de Laborde de Monpezat, un diplomate français qui ne trouva jamais réellement sa place en tant que prince consort, coutumier des "coups de gueule" à ce sujet, se désolant que l’épouse d’un roi soit reine et que l’inverse ne soit pas possible. Avec le temps, Margrethe de Danemark avait appris à composer avec le caractère bouillant de ce fier Gascon. Très proche de ses fils et petits-enfants, Henrik s’était retiré de la vie publique quelques mois avant sa mort, la Cour annonçant qu’il souffrait de démence.

Le prince avait alors été envoyé en Egypte avec une petite garde rapprochée pour profiter d’un climat plus agréable. Il a été emporté par une infection pulmonaire. La reine (81 ans) qui a toujours clamé qu’elle n’avait aucune intention d’abdiquer, n’a jamais cessé de tenir son rang, ayant programmé pour cet été des déplacements au Groenland et aux îles Féroé qui constituent aussi le royaume de Danemark.

Trois femmes, trois souveraines nées pour régner, avec le sens de l’engagement chevillé au corps, qui ont fait passer cette charge royale avant leurs sentiments personnels.

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