Marion Cotillard : “J’ai encore besoin de reconnaissance et de plaire”

Elle s’est confiée avec beaucoup de sincérité lors de l’ouverture du Festival de Cannes avec Annette, la comédie musicale de Leos Carax sur un scénario des Sparks.

Tout le monde se lève pour Annette. Et en particulier les festivaliers, qui ont porté en triomphe le film de Leos Carax, présenté en ouverture de Cannes. Même si elle souffre de longueurs, la comédie musicale recèle des moments de grâce, des scènes d’une grande beauté au service d’une réflexion plutôt amère sur la vie des stars.

“Cela parle plus du besoin de reconnaissance que de la célébrité, corrige Marion Cotillard. Nous l’avons tous en nous, vis-à-vis de nos parents, de nos familles, de nos amis, de ceux qu’on aime. Nous en avons besoin pour trouver notre place. C’est intéressant pour façonner les personnages. Pour ma part, j’ai déjà été très largement reconnue, mais j’ai pourtant encore besoin de reconnaissance, de plaire. C’est un grand questionnement dans ma vie personnelle. Pourquoi ce besoin d’être vue, entendue, aimée par tant de gens que je ne connais même pas ? Comment ça peut façonner la confiance ou détruire quand on n’a pas confiance en soi ? Il n’y a plus de logique. Cela en a détruit d’autres et même beaucoup de personnes célèbres ont connu une chute vertigineuse parce que quelque chose ne marche plus en eux.”

Une déclaration pleine de sincérité et très personnelle, ce qui est plutôt rare dans un festival. Qu’elle prolonge en évoquant le travail sous la direction de Leos Carax. “Tous les jours, il fallait gérer des difficultés. Par exemple, il demandait de chanter en fumant, ce qui est très difficile à faire. On ne savait donc jamais imaginer ce qu’on ferait le lendemain. Marcher sur des talons de 30 centimètres et chanter sur un sentier étroit sans regarder où on pose les pieds, c’est la seule fois où j’ai dit que c’était impossible. J’avais trop peur de me casser une jambe. Mais sinon, tout ce qui était demandé était très profond.”

Il faut préciser que pour les besoins du film, elle incarne une diva de l’opéra. “Un univers qui ne m’est pas familier. Quand j’avais une quinzaine d’années, j’écoutais beaucoup Carmen. J’avais vu le film et j’adorais la musique. J’ai découvert mon premier opéra en préparant Annette. Cela a été un vrai choc d’être transpercée d’émotion par une voix, sachant que les chanteurs d’opéra ont un rapport particulier à l’émotion, qui va changer leur voix. Ils ne pleurent pas en chantant. Personne ne le peut, d’ailleurs.”

Pour sa part, le chant a été associé à une autre complication. “Généralement, pour les comédies musicales, on enregistre en studio et on joue en play-back. Pas ici. Les chansons étaient filmées en direct. Mais le chant change à chaque mouvement du corps. Je me suis donc formée au chant en bougeant beaucoup, en marchant, en faisant des mouvements. C’est une façon intéressante de vivre ces chansons.”

Ce n’était pas la seule. “Lors de la préparation, Leos Carax m’a donné des images d’archives de Romy Schneider. Je me suis beaucoup inspirée des moments où elle ne parle pas.” 

Le résultat ne manque ni de classe ni de style. Une belle surprise.