Les échotiers royaux en avaient fait une fiancée possible pour le roi Baudouin lors de l’Exposition universelle de 1958.

Jusqu’à ce 8 janvier 2020, l’Espagne comptait cinq infantes : Sofia, la fille cadette du roi Felipe ; Elena et Cristina, les filles du roi Juan Carlos et enfin Pilar et Margarita, les sœurs du roi Juan Carlos.

L’infante Pilar, duchesse de Badajoz, sœur aînée du roi Juan Carlos, s’est éteinte à l’âge de 83 ans à la clinique Ruber International de Madrid où elle avait été admise en urgence souffrant d’un cancer du côlon dont elle avait elle-même évoqué l’existence l’été dernier après une première hospitalisation.

Pilar était le premier enfant du comte et de la comtesse de Barcelone, petite-fille du roi Alphonse XIII, née en exil à Cannes puis ayant grandi à Rome et à Estoril au Portugal.

Fille du prétendant légitime à la Couronne d’Espagne alors aux mains du général Franco, l’infante Pilar est considérée dans les années 50 comme un excellent parti du Gotha mais c’est sans compter sur son caractère très affirmé, sa langue bien pendue, son franc-parler hors normes et son sens aigu du devoir.

Lors de l’exposition universelle de 1958 à Bruxelles, l’infante fait le déplacement pour assister à un grand bal donné à la Cour. Les échotiers royaux voient alors se profiler une union prestigieuse entre le jeune roi Baudouin et l’infante, surtout que leurs parents entretiennent d’excellentes relations. Léopold III et la princesse Lilian étant des proches du comte et de la comtesse de Barcelone dont ils partagent des loisirs comme les croisières et le golf.

Il se raconte que pour cette halte bruxelloise, l’infante Pilar, à la demande de sa grand-mère paternelle la reine Victoria Eugénie d’Espagne, elle-même petite-fille de la reine Victoria, fut chaperonnée par une proche une certaine dona Fabiola de Mora y Aragon, filleule de la reine Victoria Eugenie.

On sait cependant que ce n’est pas à ce moment-là que le roi Baudouin fit plus amplement connaissance de celle qui deviendra en 1960 son épouse.

En 1967, Pilar renonce à ses hypothétiques droits au trône pour épouser l’élu de son cœur, l’avocat Luis Gomez-Acebo, vicomte de la Torre. Un mariage que son père le comte de Barcelone ne voyait pas d’un bon œil car pas à la hauteur de ses espérances.

Le mariage fut célébré à Lisbonne où le comte de Barcelone vivait en exil et donna lieu à de grandes réjouissances monarchistes.

La plus Bourbon des Bourbon

De cette heureuse union sont nés cinq enfants et plus tard dix petits-enfants. Luis Gomez-Acebo qui est décédé en 1991 fut l’habile négociateur et intermédiaire culturel pour que la collection privée du baron Heinrich von Thyssen s’établisse à Madrid au sein du musée Thyssen, l’un des plus visités de la capitale espagnole.

Toujours indéfectible soutien pour son frère le roi Juan Carlos qui raffolait des déjeuners que l’infante organisait en famille dans sa résidence madrilène, Pilar inquiétée par les Panama Papers, était aussi extrêmement appréciée de l’opinion publique qui reconnaissait en elle une fille, sœur et tante de rois, consciente de ses devoirs moraux vis-à-vis de la Couronne mais d’une grande simplicité.

Pilar d’Espagne fut aussi la cheville ouvrière depuis un demi-siècle d’un grand événement caritatif El Rastrillo où les dames de la noblesse et de la haute société tiennent des stands lors d’un grand bazar de Noël. Malgré la maladie, elle y avait encore assisté cet hiver.

Conformément à ses dernières volontés, l’infante a été incinérée et non pas enterrée dans l’aile réservée aux infants au sein du monastère de l’Escurial. Ses cendres rejoindront le caveau où repose son époux.

Ce décès est une épreuve très douloureuse pour le roi Juan Carlos que l’on a aperçu fort bouleversé au sortir de la morgue de l’hôpital où il s’était immédiatement précipité avec la reine Sophie pour un ultime adieu à celle que les Espagnols considéraient comme la plus Bourbon des Bourbons.