ANALYSE


Le magazine people Closer fait état d'une relation entre le président François Hollande et l'actrice Julie Gayet dans un dossier de sept pages accompagné de photos.

Cette édition spéciale a d'ailleurs été imprimée 24h à l'avance en partie en Belgique afin d’échapper à toute procédure judiciaire possiblement intentée en référé. La direction du magazine affirme ne pas avoir prévenu l'Elysée à l'avance. Ce numéro de Closer a été tiré à 600.000 exemplaires, soit une hausse de 50% par rapport au tirage habituel. Le fait d'imprimer le magazine en Belgique "leur permettait d'éviter la saisie des magazines, en kiosques et dans les imprimeries, par la police française." explique Jean-Jacques Jespers, spécialiste des médias (ULB), même si cette impression en Belgique "ne protège le magazine de pas grand-chose."

François Hollande a d'ailleurs "déploré profondément" , vendredi auprès de l'AFP , "les atteintes au respect de la vie privée", et annoncé "examiner les suites, y compris judiciaires" à apporter à la parution du numéro. C'est aussi un énorme coup marketing pour ce magazine - leader dans la presse people - dont les ventes se sont érodées ces dernières années.

Des suites judiciaires, mais lesquelles? "Maintenant que le magazine a été diffusé, en tant que président, il ne peut rien faire. Et en tant que personne privée, les voies judiciaires de réparation sont minces." D'autant plus qu'il est "bien plus difficile en tant que personne publique de démontrer une atteinte à la vie privée, de par sa fonction". Pour Jean-Jacques Jespers, le président français ne devrait probablement pas mener d'action judiciaire.




Rien ne prouve que c'est sa maîtresse...

Quid de la réaction d'Hollande? En déplorant "profondément les atteintes au respect de la vie privée", le président français commet une "forme d'aveu" pour Jean-Jacques Jespers. En effet, dans sa déclaration, François Hollande ne fait aucunement mention de diffamation.

"C'est une façon étrange de se défendre" estime Jean-Jacques Jespers. En effet, sur les photos fournies par le magazine, on voit uniquement le président français portant un casque de moto ou enfourchant son véhicule deux roues. "Rien ne prouve que c'est sa maîtresse" assure Jespers.

Pour certains observateurs, la déclaration du président serait une volonté de confirmer l'information... qui circule dans les rédactions depuis plusieurs mois déjà.

Politiquement, que va coûter "l'amour secret du président" à l'homme politique ? Jean-Jacques Jespers ne s'inquiète pas trop pour le chef de l'État français: "C'est une tempête dans un verre d'eau, c'est du ressort de sa vie privée, et de surcroît il n'est pas marié à Valérie Trierweiler, il n'y a donc pas d'adultère." Le spécialiste des médias reconnaît toutefois que cette "paparazzade" pourrait éventuellement "avoir une influence sur son mandat" , ou entacher sa popularité et son autorité morale.


La rumeur circulait dans les rédactions

Si la rumeur d'une relation entre le président François Hollande et l'actrice Julie Gayet bruissait depuis plusieurs mois; avec son numéro de vendredi titrant en Une "L'amour secret du président", le magazine people Closer est allé plus loin. Delphine Meillet, avocate spécialisée dans le droit de la presse, est formelle : "Closer a franchi un pas de plus, ça crée un réel précédent", estime-t-elle, voyant là le premier président piégé par la presse.

"Il y a quelques années, ils ne se seraient jamais autorisés à le faire. On s'éloigne de la tradition française du respect de la vie privée, et on va vers le système anglo-saxon", analyse-t-elle, constatant que la vie privée, pourtant très protégée par la loi française, "se réduit comme peau de chagrin". En une vingtaine d'années, les révélations d'une presse française sur la vie privée des dirigeants sont allées crescendo. En proie à des difficultés financières et prête à faire des "coups" pour augmenter ses ventes, elle se rapproche des tabloïds britanniques, beaucoup moins respectueux, au risque de dérives, comme l'a montré le cas News of the World.


Closer fait marche arrière

Le magazine va retirer "probablement ce (vendredi) soir" de son site internet l'information sur la relation prêtée au président français avec Julie Gayet à la demande de l'avocat de l'actrice, a annoncé à l'AFP Laurence Pieau, directrice de la rédaction du magazine people. Cependant, rien n'a été demandé pour la version papier du magazine.