Le duc d’Edimbourg s’est éteint aujourd’hui au château de Windsor. Agé de 99 ans, le prince Philip aura été marié pendant 73 ans à Elisabeth II, la reine du Royaume-Uni et des autres royaumes du Commonwealth. Jamais avant lui personne n’avait été marié si longtemps à un souverain britannique. Avec sa disparition, peu surprenante au regard de son âge avancé et des nombreuses hospitalisations subies au cours des six dernières années, dont une opération de la hanche au mois d’avril, les regards se tournent désormais vers son épouse, elle-même âgée de 94 ans.

Philip et Elisabeth se sont rencontrés en 1934. La fillette de 8 ans n’est alors pas sensée monter un jour sur le trône : son père n’est alors que le second fils du roi George V. L’abdication de son oncle Edouard VIII le 11 décembre 1936 au profit de son père bouleverse pourtant la destinée de cette branche cadette des Windsor. Cinq ans plus tard, le prince Philip, issu des familles royales grecque et danoise, rencontre de nouveau Elisabeth. L’adolescente de 13 ans s’éprend du jeune militaire en devenir. En 1946, après cinq années d’échanges épistolaires réguliers, celui-ci demande sa main à son père le roi George VI, qui accède à sa demande. Avant leur mariage l’année suivante, Philip abandonne ses titres de prince grec et danois, change de nom pour adopter celui de sa mère - la famille princière Mountbatten - et est naturalisé britannique.

Pourtant, lorsqu’Elisabeth devient reine le 6 février 1952, la famille royale garde le nom de maison de Windsor. Philip, devenu entre temps duc d’Edimbourg, explose alors de colère : « Je ne suis qu’une amibe, je suis le seul homme du pays à ne pas avoir le droit de donner son nom à ses propres enfants ! » Cette vexation ne sera pas la dernière de cet ancien militaire de carrière, obligé de quitter la marine en 1951 pour demeurer aux côtés de son épouse. Il n’a ensuite jamais possédé de rôle officiel actif dans la royauté, son seul sort étant d’accompagner la reine.

Malgré leurs quatre enfants, les rumeurs sur la mésentente du couple royal se multiplient lors des années suivantes. Elles finissent même par être imprimées dans la presse. Pour tenter de les éteindre, Elisabeth II accorde à son mari le titre de prince puis change son nom et celui de ses descendants de lignée mâle en Windsor-Mountbatten. Rien n’y fait : même si la reine a déclaré lors de son jubilé de diamant en 2012 que son mari avait été « son constant guide et sa constante force », les rumeurs sur leurs difficultés maritales n’ont jamais cessé.

Pour s’occuper, le prince Philip a soutenu près de 800 organisations humanitaires, principalement dans l’environnement et dans le sport. Il est particulièrement adepte d’aviation, d’équitation et de voile. Ces loisirs et ces occupations ne parviennent visiblement pas à remplir suffisamment son quotidien. A moitié ironiquement, il déclare ainsi en 1992 à propos de sa vie, encadrée et surveillée : « J’aurais franchement mieux fait de rester dans la marine ! »

Cette déclaration ne surprend guère de la part d’un prince consort doté d’une réputation d’homme particulièrement indépendant d’esprit. Ou de « vieil acariâtre », comme il l’a admis. Au fil des ans, il a en effet aligné les paroles politiquement incorrectes, principalement vis-à-vis des handicapés, des minorités ethniques et des pauvres. Des sorties considérées comme drôles et mordante dans les milieux conservateurs, beaucoup moins dans les milieux libéraux, pour qui elles mettent en évidence une perception caricaturale et rétrograde de la vie et de la société.

Le problème vient sans doute du fait que l’intouchable époux de la reine n’adapte pas son « esprit » à ses interlocuteurs. Il est probable que le président américain Barack Obama, qui venait de déjeuner avec les dirigeants russes, chinois et britanniques, a pris avec humour sa question : « Vous arrivez à les différencier ? » En revanche, qu’aurait pu répondre le professeur de cours de conduite écossais à qui il a lancé : « Comment maintenez-vous les locaux assez longtemps éloignés de l’alcool pour qu’ils réussissent le test ? » Ou le dirigeant aborigène à qui il a demandé : « Jetez-vous toujours des lances ? »