Le rire le plus contagieux et le plus célèbre du cinéma français, c'est assurément celui d'Omar Sy. Qu'il utilise pour éluder les questions, au détour d'une pirouette, mais aussi comme un moyen d'entrer en contact avec les autres. "Vous connaissez l'expression briser la glace ?, lâche-t-il à un journaliste du Guardian. Quand on vient de banlieue, comme moi, quand on a ma taille, ma couleur de peau, cette glace ne se brise pas facilement. En fait, cela m'a poussé sur le chemin que j'emprunte aujourd'hui. Je me souviens qu'adolescent, je voulais voir des sourires sur le visage des gens, pas des regards suspicieux. L'humour était un moyen d'y arriver."

Fait rare, Omar Sy évoque ses parents dans cette interview. Notamment quand il leur a annoncé son choix de devenir humoriste. "Je pouvais voir qu'ils étaient inquiets. Non, effrayés. Ils étaient certains que cela ne marcherait pas, mais ils sont cool et intelligents, mes parents, et ils savaient qu'ils devaient laisser leurs enfants vivre leur vie." Et malgré les triomphes au box-office, "mes parents n'avaient aucune idée de ce que je faisais. Les chiffres, tout ça… C'était trop loin d'eux. Cela a été une bénédiction pour moi. Si j'ai pu rester le même, les pieds sur terre, c'est parce que mes parents n'ont toujours aucune idée de ce que je fais. Pour eux, tout ce qui compte, c'est : Peux-tu en vivre ? Ensuite, c'est le succès. Il n'y a pas d'autre étape."

Il est aussi resté fidèle à ses convictions. Quitte à ce qu'elles ne soient pas toujours bien comprises. Comme lorsqu'il s'est impliqué dans le débat pour George Floyd et Adama Traoré. "Je suis grand. Je suis noir. Je suis comme eux. Est-ce que la même chose peut m'arriver demain ? Est-ce que cela risque d'arriver à mes enfants ? La plupart de ceux qui ont lu ma lettre l'ont comprise. Certains pas. Certaines personnes ont dit qu'elles n'iraient plus voir mes films en France. Je savais en écrivant que cela affecterait mon travail. Mais je devais le faire. Dans ma position, en France, je devais dire quelque chose aux jeunes qui me ressemblent."

C'est d'ailleurs pour ses cinq enfants qu'après Intouchables, il est parti vivre aux États-Unis avec sa femme, Hélène. L'évidence lui a sauté en allant chercher un de ses fils, Tidiane, dans la cour de l'école. "Avant, j'étais toujours considéré comme le père de Tidiane. Et un jour, je suis allé le chercher et j'ai réalisé : Oh, maintenant Tidiane est considéré comme le fils d'Omar Sy. J'ai eu peur de ça. J'ai dit à ma femme: Je ne sais pas comment élever un enfant de cette manière, avec la renommée de quelqu'un d'autre qui plane au-dessus de sa tête."

A Los Angeles, il pouvait retrouver un certain anonymat. Et ses enfants une vie plus normale. "Je pense que cela renforce votre relation avec vos parents lorsque vous devez expliquer aux gens qui ils sont et ce qu'ils font dans la vie. Je me souviens avoir dû expliquer ce que ma mère faisait quand j'avais l'âge de Tidiane. Quand j'ai dit aux gens qu'elle était femme de ménage… eh bien, cela m'a fait passer par différentes étapes. Pendant longtemps, j'ai eu honte. Puis, en grandissant, en l'expliquant encore et encore, quelque chose a changé. Parler de ma mère et de sa vie m'a fait me sentir plus connecté à elle. Exprimer des choses m'a aidé à réaliser des choses. Et j'étais si fier d'elle."