Psycho et bien-être Loin des "pour" et des "contre", je voudrais faire un point sur un usage raisonnable des écrans dans la vie de nos enfants et adolescents. La chronique de la coach parentale et scolaire Nathalie Vancrayenest.


Ne comptez pas sur moi pour diaboliser les écrans et les tenir pour responsable de tous les maux de la jeunesse. Ni pour en prôner l’usage dès le plus jeune âge.


Un écran à quel âge, pour quel usage ?

Avant 3 ans, les enfants n’apprennent rien des écrans (1). Les bébés découvrent le monde par leurs cinq sens, le mouvement et la manipulation des objets. Ils ont besoin d’interaction avec des adultes bienveillants. Cette phase du développement de l’enfant conditionnera les apprentissages ultérieurs, notamment scolaires.

Après 3 ans, lorsque l’enfant joue en présence d’écrans, les mouvements qu’il perçoit dérangent sa concentration (2). Ces interruptions ne lui permettent pas de développer sa capacité à jouer, à imaginer. De plus, l’enfant entre 3 et 6 ans se retrouve, fréquemment, devant des programmes non adaptés à son âge et à ses capacités de traitement de la violence. Je les retrouve, régulièrement, en consultation. Ils développent des peurs invalidantes. Les enfants de cet âge ne doivent en aucun cas se retrouver seuls devant un écran. Leur cerveau non mature ne peut pas gérer la violence.

Par contre, jouer avec des pairs et des adultes sur une console placée dans le salon sera l’occasion de joutes et d’interactions joyeuses.

Entre 3 et 6 ans l’enfant développe ses fonctions motrices, il a besoin de grimper, courir, sauter, manipuler, découvrir… Bouger, c’est impératif pour son bon développement !

De 6 à 9 ans , les jeux adaptés leur permettront de gagner en concentration. Ils aiguiseront leur esprit de décision. Ils renforceront leurs aptitudes à résoudre des problèmes collectivement.

Par contre, les traumatismes liés aux images violentes restent un danger important (3). L’adulte accompagnera l’enfant dans ses recherches sur le net et expliquera la notion de point de vue personnel pour le différencier de la notion de vérité. Les adultes entraîneront l’esprit critique des enfants. Ils insisteront aussi sur la distinction entre espace privé et public.

9 à 12 ans . Les parents redoutent souvent le moment du premier téléphone mobile ! Je leur propose, toujours, de ritualiser l’arrivée de celui-ci. Il marque la transition entre le cycle des primaires et l’enseignement secondaire. Son apparition dans la vie du préadolescent doit être assortie de règles d’utilisation que vous déciderez et de conséquences en cas de transgression. Le nouvel utilisateur devra avoir en mémoire trois principes : Internet c’est public, c’est pour l’éternité, un  "like" ne représente que l’opinion d’un individu. Il diffère d’une amitié réelle. La recherche de validation externe par des préadolescents et adolescents à l’estime de soi fragile peut vite virer au cauchemar.

Douze ans , l’âge de l’autonomie. En éducation positive, l’autonomie s’accompagne toujours de bienveillance et de discussions ! En tant que parent, vous fixez et faites respecter les limites d’utilisation. Celles-ci peuvent faire l’objet de négociations. Petit rappel, ne négociez pas au moment de la transgression, appliquez la sanction prévue ! Votre adolescent pourra ainsi se défouler dans son monde virtuel, augmenter ses compétences cognitives de spatialisation 3D et son intelligence déductive. Par contre, la capacité de "multi-tasking" n’est quant à elle pas encore démontrée.

L’important tient dans la variété des activités que vous proposez à votre enfant : sportives, scolaires, culturelles, intellectuelles…


Un tour d’horizon pour une utilisation judicieuse des écrans

Aucun enfant n’achète un smartphone, un ordinateur, une console seul ! Donc, réfléchissez à l’usage que votre enfant en aura. L’adulte ne perd pas son autorité parentale sous prétexte que l’enfant, l’adolescent fait partie de la génération numérique.

Commencez par un inventaire des écrans : téléviseurs, tablettes, écrans d’ordinateur, téléphones mobiles, consoles portables ou fixes… combien en avez-vous ? (4) Leur emplacement est-il en adéquation avec l’âge des enfants ? Avant l’adolescence, pas d’écran dans la chambre à coucher. La nuit, les smartphones, aussi, ont le droit de recharger leurs batteries, mais pas sous l’oreiller, pas dans la chambre à coucher.

Donnez l’exemple ! Si votre enfant vous voit devant une série, un match avec votre téléphone en mains, si vous répondez aux appels durant le repas pourquoi lui ne pourrait-il pas continuer à « chatter » avec ses copains ? Si vous êtes un gros consommateur d’écran, votre enfant reproduira votre exemple !

Fixez des limites claires, réalistes (éventuellement, négociez-les avec l’enfant), prévoyez des conséquences en cas de transgression, faites-les respecter ! (Retirez un cordon d’alimentation d’une prise, retirez une souris ou une manette ne demande aucune compétence informatique.)

Faites évoluer les règles, les durées d’utilisation en fonction de l’âge de votre enfant. Vous pouvez, aussi, prendre en compte d’autres critères qui vous semblent importants : résultats scolaires, jour de la semaine, vacances scolaires.

Préparer le terrain en expliquant les nouvelles dispositions, choisissez un moment de transition pour faire appliquer les règles d’utilisation. Les 10 minutes de jeu, d’écran… peuvent faire partie de la routine de l’enfant.

Les usages problématiques des écrans, des jeux vidéo, des jeux en ligne, du "chat", des réseaux sociaux… révèlent des difficultés sous-jacentes et préexistantes chez l’enfant, chez l’adolescent, dans la famille. Ce n’est pas l’absence ou la présence des écrans qui rend nos enfants intelligents c’est la diversité des supports d’apprentissage et la qualité des interactions humaines qui façonnent des adultes équilibrés !


Grandir en confiance  

Ce sont des conférences, des ateliers et des consultations individuelles pour des parents et des enfants bien dans leurs baskets et leur tête !


Pour aller plus loin

Grandir avec les écrans, Serge Tisseron, yakapa.be

Comment utiliser les écrans en famille, petit guide à l’usage des parents 3.0, Elena Pasquinelli, Odile Jacob, 2018

Et si les écrans nous soignaient ? Psychanalyse des jeux vidéo et autres plaisirs numériques, Michael Stora, éditions érès, 2018. Débranchez vos enfants ? Anne Paymirat, First éditions, 2017


Notes

(1) N’en déplaisent aux industriels du jouet et de la puériculture qui essaient de nous faire croire le contraire. Nos enfants ont tout le temps de découvrir l’aire du multimédia.

(2) Cette fonction de notre cerveau n’a pas été déconnectée avec les temps modernes. Le mouvement capte toujours notre attention. Comme il captait celle nos ancêtres chasseurs cueilleurs pour les aider à survivre

(3) Zombies, morts vivants, fantômes, vampires mais aussi enlèvement d’enfant, meurtre, accidents et même le journal parlé sont à l’origine des peurs tenaces et invalidantes….

(4) 6,4 c’est le nombre d’écrans moyens dans une famille française en 2016 (CSA , équipement audiovisuel des foyers-2016