Psycho et bien-être Quand elle s’exprime de temps à autre, nous pouvons y faire face, la gérer. Par contre, lorsqu’elle s’invite au quotidien, dans le comportement de nos enfants, elle met en danger notre lien d’attachement. La chronique de Nathalie Vancrayenest, coach parentale et scolaire.


La colère fait partie des émotions, et à ce titre-là, elle s’exprime en toute légitimité. Elle participe à la construction de notre identité, car en nous opposant, en manifestant nos frustrations, nos manques, nos besoins non satisfaits, nos désirs contrariés, elle affirme notre différence et notre volonté.

Si la colère est légitime, son expression « socialement acceptable » nécessite quand même un apprentissage.

La colère apparaît avec la motricité. Votre bambin constate qu’il a une volonté propre, il trépigne pour découvrir le monde. Sa volonté va donc s’opposer à la vôtre notamment durant la période du « non » (1). Jusque vers 4 ans, l’enfant tente de garder sa « toute-puissance » et de faire face au pouvoir des adultes. Avec l’acquisition du langage, il s’exprime, il intègre le « non », il apprend la patience et ses colères se calment et se raisonnent plus facilement. L’entrée à l’école primaire va mettre ses émotions et son « estime de soi » à rude épreuve : la peur de l’échec, les frustrations dues aux apprentissages seront à nouveau une source de colère.


Reconnaître les causes de la colère chez l’enfant, l’adolescent, pour limiter les crises

Connaître les principaux motifs de colère chez les enfants et les adolescents permet d’identifier les besoins, les désirs (2) cachés derrière la crise et de ne pas nous arrêter aux comportements.

Petit rappel : les besoins doivent d’être satisfaits pour notre bien-être physique et psychique. Les désirs, les envies gagnent à être reconnus, entendus, même si nous ne cédons pas.

La fatigue, la faim, la soif peuvent déclencher la colère au même titre que la non-reconnaissance, l’incompréhension. Les enfants et les adolescents soumis à une autorité trop forte marqueront leur besoin d’autonomie par la colère, par exemple. Aussi, les frustrations liées aux apprentissages s’exprimeront aussi sous forme de colère au moment des devoirs.

Un grand nombre de parents séparés m’interpellent, car ils ne comprennent pas la colère de leurs enfants lors du retour. Ces colères résultent, bien souvent, de l’ambivalence des émotions ressenties, joie de retrouver l’un, tristesse de quitter l’autre. Elles sont liées aux sentiments d’insécurité de la transition. Autre possibilité, le parent peut manipuler les émotions de son enfant par son attitude de victime. Et lui interdire la joie et le bonheur de vivre avec son autre parent !


Comment agir et réagir aux colères ?

© Jason Rosewell / Unsplash

L’usage de la force pour contraindre l’enfant vous soulagera peut-être, mais rapidement vous culpabiliserez. Pour l’enfant, l’adolescent, l’usage de la force reste néfaste, car vous légitimez la violence. De plus, la contrainte physique ne détient aucun effet dissuasif, l’enfant agissant sous le coup de la pulsion.

Évidemment, la violence appelle la violence, mais c’est vous l’adulte. C’est vous qui donnez l’exemple et maîtrisez l’expression de vos émotions. Abstenez-vous de punir sous l’effet de la colère et sans discuter des raisons de celle-ci.

La violence sous toutes ses formes est un aveu de faiblesse, celle d’un adulte incapable de se contrôler. Une colère ainsi réprimée dans la violence risque bien d’entretenir la rancœur, la rébellion.

N’interprétez pas sa colère comme un caprice, ne la minimisez pas. Ne culpabilisez pas l’enfant en le tenant pour responsable de votre état émotionnel.

Ne généralisez pas son comportement, il pourrait bien vous prendre au mot (3).

Ne cédez pas à sa colère en accédant à toutes ses demandes.

Gardez votre calme, rappelez la règle, les limites, la raison de votre refus, à chaque fois.

Assurez-vous de sa sécurité, reconnaissez son émotion, reformulez. Lorsque la tempête se sera calmée, vous pourrez mettre des mots sur ses ressentis, ses besoins, ses envies, vous pourrez en discuter.


Comment éviter les colères ?

Toutes les colères ne disparaîtront pas, mais elles se raréfieront si vous pouvez vous rendre disponible et vous mettre à l’écoute de votre enfant tous les jours quelques minutes (4).

Enrichissez le vocabulaire émotionnel de vos enfants et exprimez vos émotions cela leur permet de mieux comprendre vos réactions et les leurs.

Si leurs besoins de sécurité physique, émotionnelle et mentale sont satisfaits ; si leurs sentiments d’identité, d’appartenance, de compétence et de responsabilité sont régulièrement nourris et reconnus ; alors enfants et adolescents n’ont plus de raison de recourir à la colère pour être entendus.


>> Grandir en confiance ce sont des conférences, des ateliers et des consultations individuelles pour des parents et des enfants bien dans leurs baskets et leur tête !

>> Pour aller plus loin

Tristesse, peur, colère. Agir sur ses émotions, Stéphanie Hahusseau, Odile Jacob, 2011.

Parents au bord de la crise de nerfs. Gérer les conflits du quotidien avec ses enfants, Larousse, 2015.

Petit cahier d’exercices de communication non violente avec les enfants, Ann van Stappen, Catherine Blondiau, Jouvence, 2017.

>> Notes

(1) La période du « non » est une période normale dans le développement de l’enfant entre 18 mois et 2 ans. Votre petit s’affirme !

(2) Le besoin sera satisfait dans des délais plus ou moins brefs, il est général. Besoin de manger, boire, dormir, être câliner…. L’envie, le désir sont particuliers ils seront entendus, leur satisfaction peut être postposer (le camion pompier est un cadeau pour l’anniversaire), abandonner (l’envie de découper le poisson rouge)

(3) L’effet Golem (sur Wikipedia) est le contraire de l’effet Pygmalion

(4) Les professionnels de l’enfance et de l’éducation bienveillante conseillent un minimum de 30 minutes de temps exclusif par semaine.