Psycho et bien-être

En consultations, en conférence et en ateliers, je me rends trop souvent compte que les femmes (et même parfois les hommes), n’ont pas un curseur capable d’identifier la violence.


Cette semaine, j’ai été interpellée par un chiffre annoncé par nos voisins français : en 2017, 109 femmes sont mortes suite à des violences conjugales. Sur les sites qui publient ces chiffres, un parallèle est fait : la violence conjugale a tué plus en 2017 que le terrorisme. L’ONU, a également dévoilé une étude en novembre dernier qui disait que le domicile était devenu l’endroit le plus dangereux pour une femme. De quoi avoir froid dans le dos…

Bien sûr, il est essentiel de dénoncer et de communiquer ces chiffres effarants. Mais il me semble tout aussi essentiel de communiquer sur les mécanismes pervers de la violence et de rappeler quand elle commence. En consultations, en conférence et en ateliers, je me rends trop souvent compte que les femmes (et même parfois les hommes), n’ont pas un curseur capable d’identifier la violence. Voyons donc cela d’un peu plus près…


Le cycle de la violence

La Fédération Wallonie-Bruxelles a publié en 2013 un dossier s’intitulant « un enfant exposé aux violences conjugales est un enfant maltraité ». Avant d’entrer dans le vif de son sujet, quelques principes et définitions sont rappelés. La violence commence avec les mots, les dénigrements, les insultes. Les agressions physiques ne sont pas l’exclusivité de la violence conjugale. La violence psychologique est déjà de la violence.

C’est comme un cycle, une boucle sans fin qui emprisonne les victimes dans un cercle vicieux qui les empêche de voir clair et de mettre leurs limites. Voici les 4 étapes identifiées :

  1. L’escalade de la tension : l’auteur des violences installe, par ses paroles et attitudes, un climat de tension et critique chaque faits et gestes de sa victime. Tout est bon pour créer un conflit. La victime tente alors de tout faire pour contenter l’auteur des violences en espérant qu’il change.

  2. L’explosion de la violence : l’auteur pose un acte de violence (insultes, cris, accusations, disqualifications, menaces, coups,…) parce que sa partenaire n’a pas répondu à ses attentes. La victime peut alors craindre pour sa vie et elle se sent humiliée, perdue, désespérée, vidée,…

  3. La justification/culpabilisation : l’auteur utilise des mécanismes afin de se déresponsabiliser de ses actes. Il minimise, se justifie, s’excuse en prétendant que la victime l’a provoqué et qu’il n’a pas pu se maîtriser. Les victimes se sentent alors responsables, pensent qu’en changeant leur comportement la violence ne se reproduira plus et se remet en question en pensant qu’en effet, c’est au moins en partie de sa faute. Un processus de minimisation s’enclenche et plonge la victime dans une culpabilité dont il est difficile de s’extirper.

  4. La lune de miel/rémission et réconciliation : l’auteur des violences exprime des regrets et promet de ne plus recommencer. La victime est alors heureuse et croit sincèrement que cet écart était un accident.

La violence conjugale est un processus cyclique qu’il est important de bien percevoir pour mieux comprendre les victimes qui ont du mal à partir. Ce n’est pas parce qu’elles aiment ça ! C’est parce qu’une relation d’emprise s’installe petit à petit.


À partir de quand parle-t-on de violence ?

Je vous le disais un peu plus haut dans cette chronique. La violence commence très tôt. Bien sûr, nous avons tous, un jour, prononcé une parole que l’on a regrettée. Mais dans le cycle de la violence conjugale, c’est la répétition de ces violences qui font entrer dans le cycle. Les violences conjugales se présentent sous diverses formes : physiques, sexuelles, verbales, psychologiques, économiques, financières, administratives,… Elles engendrent un climat de vie quotidienne marqué par l’insécurité, l’instabilité, les tensions, la peur, les conflits.

Même sans passage à l’acte physique, vivre dans un climat de tension permanent, maintenu par de « simples » menaces, est déjà de la violence également. Ce climat à lui seul menace le bien-être, la santé et la sécurité des personnes qui y sont exposées.


Impacts sur les enfants

Cette chronique vise à couper la tête à une idée reçue et implantée chez beaucoup d’entre nous : si les enfants n’assistent pas personnellement aux scènes de violence conjugale, ils sont préservés. Aujourd’hui, nous savons que c’est faux et beaucoup d’études démontrent qu’une exposition à la violence suffit pour impacter gravement les enfants. La violence de la relation conjugale dans laquelle ils grandissent met les enfants en danger et compromet leur développement.

Une mère enfermée dans le cycle de la violence est une mère qui aura plus de difficultés à être sécurisante pour ses enfants. Ces impacts peuvent s’identifier par les symptômes suivants : anxiété, agressivité, repli sur soi, timidité excessive, peurs, troubles de l’attachement insécurité, cauchemars, comportements agressifs, difficulté de concentration, troubles du sommeil,… Vous le constatez, les troubles sont multiples et ont tendance à effrayer. On note une différence entre les sexes : les filles ont tendance à intérioriser les conséquences et les garçons à extérioriser.

La violence conjugale a un impact sur les enfants et un père qui fait subir un tel climat est aussi un père violent. Trop de gens croient qu’un mari violent ne sera pas forcément un père violent, mais vous comprenez maintenant que l’un ne va pas sans l’autre.


Que faire ?

Laisser la honte et la culpabilité à l’auteur des violences et libérer sa parole ! Il est important d’en parler, de porter plainte (même si les victimes ne sont pas toujours bien reçues et entendues), de ne pas couvrir la violence en l’acceptant. Il existe des associations, des lignes d’écoute téléphonique, des centres médicaux, des services d’aide aux victimes,… Je sais ! Le système n’est pas parfait. Beaucoup de femmes sont exposées à la maltraitance institutionnelle en plus de la violence conjugale. Mais il faut en parler pour que les choses bougent. Dénoncer les violences est utile individuellement et collectivement.


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