Voyages On sait que la Grèce est une destination prisée. La carte postale de vacances a tendance à montrer des maisons blanchies à la chaux, posées sur des îles aux rivages bleutés. Mais saviez-vous que point besoin de se faire îlien pour profiter de la Grèce ? Le morceau de continent qui regardeles Cyclades au septentrion du pays, ne bénéficie pas moins de soleil.
Virée en terres continentales. Entre transat et visite guidée. Par Aurore Vaucelle En Chalcidique

Thessalonique, à 500 kilomètres au nord-est d’Athènes, est la deuxième grande ville de Grèce avec son 1 million d’habitants d’un pays qui en compte 11. Et ce qui frappe à l’arrivée, c’est le mélange entre ville et campagne, entre densité et tranquillité, le tout en un coup d’œil panoramique. En Grèce, la campagne ne semble jamais très loin de la ville, comme la mer, d’ailleurs, n’est jamais loin des terriens. La ville-port où on a atterri se cogne déjà aux premières montagnes.

Géographie du touriste

La ville de Thessalonique a parié sur sa jeunesse créative (les bars et les restaurants branchés se lancent) tandis que ses incontournables patrimoniaux s’offrent une seconde jeunesse. La Rotonde, église paléochrétienne du IVe siècle, bâtiment au passé complexe à fonction politique puis religieuse, a été récemment liftée - la vie animée du soir s’y agglutine.

Ce qui n’a pas empêché les promoteurs et autres faiseurs de vacances pour le grand public d’avoir imaginé ex-nihilo de grands espaces dédiés aux vacances. Posés sur la presqu’île de Kassandra, à quelques kilomètres de l’aéroport Macedonia-Thessaloniki.

Alors que la presqu’île d’Agion Oros, à l’est de la Chalcidique, brille par sa sérénité, voire le silence que lui confère son hôte suprême, le Mont Athos (un état dans l’état que ce monastère interdit aux femmes et par ailleurs pas très avenant même pour les pratiquants), Sithonia et Kassandra, les deux presqu’îles les plus à à l’ouest accueillent le mouvement de la villégiature grecque et étrangère.

C’est ainsi que beaucoup de Grecs sillonnent l’unique route qui court le long du bras de terre, entre Thessalonique et les villages traditionnels, depuis lors entourés de resorts organisés et d’insolites palaces à colonnades démesurées pour Grecs en goguette.

Le long du bras de mer

En descendant toujours vers Sani, le long des voies marquées par les petites maisons de saints patrons qui jalonnent la géographie religieuse des Grecs, les amateurs d’ornithologie pourront traverser encore quelques zones naturelles préservées, bien que, dans les parages, le plaisir soit d’abord lié à celui de la mer. La regarder, s’y baigner, la maîtriser.

On pourra sans peine faire sa sirène du côté de Chroussou, ou à l’extrémité de la presqu’île - les plus belles plages se feront désirer, cachées à l’œil du touriste, aux alentours de Pefkochori, d’après nos renseignements locaux.

Aux moins téméraires ou à ceux qui ne savent pas nager, le pédalo semble prescrit : de fait, la mer Egée est d’huile, d’avril à la fin de l’été. Gare aux orages soudains qui, à leur passage, font briller les marbres des palaces, courir les filles en bikini surprises par l’ondée, et replier les parasols autour de la piscine…

Avez-vous déjà testé un resort ?

Vingt-deux restaurants, des bars, une boîte de nuit… Et un cinéma - mais ça, c’est pour quand il pleut. Mais pour ce qui nous concerne, nous n’eûmes pas besoin de nous enfermer face au 7e art durant ce séjour chalcidique.

Sur l’une des sept plages que compte le resort ultra moderne - et de ce point de vue, on n’a pas encore décidé où le sable était le plus doux -, des palmiers rythment le décor ambiant, au même titre que des transats, qui, les pieds dans le sable, sont tout juste faits pour accueillir le petit corps stressé des vacanciers. Un corps de vacancier qui rosira gentiment au soleil, à peine dérangé par le clapotis des vaguelettes qui agitent (ou n’agitent pas justement) le golfe de Thessalonique.

Et ce, tandis que son esprit sera absorbé par la nécessité de qualifier le plus justement possible ce camaïeu de bleu qui fait le sel, si l’on peut dire, de la mer Egée.

Tout un village de gens détendus en tongs, c’est donc l’esprit du Sani resort posé au centre de la presqu’île de Kassandra. Des kilomètres de champs cultivés et d’oliviers lourds de fruits entourent le resort conçu comme une petite ville sur un bout de rocher regardant la mer Egée.

Un tourisme familial ou farniente…

On pourrait regretter que tout soit si organisé et maîtrisé, mais il est évident que ce genre de vacances permet la complète libération des aliénations habituelles du quotidien. Ici tout est pensé pour le confort du touriste, et tout employé des lieux a pour mission d’être facilitateur de vie (rien à penser, les activités sont prescrites, les déplacements gérés). On comprend pourquoi les familles s’y pressent : les activités pour enfants sont pléthore et les restaurants ne pestent pas après les chaises bébés.

Un décor qui s’ouvre au tourisme étranger mélangé, parmi lesquels des Russes bijoutés et en fourrure (!) et des Anglais discrets en mode couple BCBG.

Avis aux amateurs de bonne chère

A noter en ces lieux, quelques très bonnes surprises gustatives parmi la liste des restaurants qu’on croyait tous se ressembler. Le "Katsu", une table "fusion" gréco-japonais (il fallait y penser), nous a médusé. Un goût complètement fou, le mot exotique tout à coup n’est pas galvaudé. Mention spéciale au millefeuille matcha : on a gratté notre assiette et puis on est rentré en longeant la marina, en se disant qu’on testerait le lendemain, le restaurant du chef français aux deux étoiles Michelin, Jacques Chibois.

Au son des mâts des bateaux, sur la terrasse au-dessus des eaux du resto "Water", on aura définitivement adopté les petits chats grecs qui essaient de s’offrir une bouchée 2 étoiles de canard au kumquat, auprès des touristes désormais tout à fait éloignés de leur univers journalier. Débranchage de cerveau garanti.

Et puis, en deux temps et trois mouvements, on peut louer une voiture et s’évader en terres hellénistiques… On vous montre ci-contre.

Sani Resort, sur la presqu’île de Kassandra, Halkidiki. A 40 minutes de l’aéroport de Thessalonique, navettes régulières. Infos : http://www.sani-resort.com

© reporters

Thessalonique par 3

On y va ? Contrairement au dieu Hermès, on n’a pas d’ailes aux pieds, alors on monte dans un avion de la compagnie Aegean, par exemple. Les liaisons avec Bruxelles-Thessalonique via Athènes sont facilitées. Comptez 3h jusqu’à Athènes, et puis 35 minutes de la capitale à Thessalonique. Arrivés sur place, avancez votre montre d’une heure, le soleil se couchera plus tôt en Grèce.

On lit quoi sur place ? On relit "L’Odyssée" d’Ulysse, qui n’a pas manqué, lui non plus, de faire un arrêt en Chalcidique au cours de son grand périple épique.

On en ramène quoi ? Les produits de soin Korres. La marque grecque de cosmétique bio (sans colorant, ni paraben) qui prend mil précautions dans le choix des composants de ces produits (elle travaille avec des "chasseurs de plantes") n’est pas très connue dans nos contrées. On en a ramené à toutes les filles de notre entourage.

© reporters

Quand on veut faire rimer son séjour hellénique avec archéologique

A la frontière avec la région de Dion où trône le divin Mont Olympe, et, depuis Sani et sa Kassandra, passant à travers les collines au crâne rasé par le soleil, on a poussé un peu plus loin notre découverte de la région. Direction Vergina, petit village reconstruit un peu par hasard à la fin du XIXe sur un site au sous-sol peu commun. Un sol chryséléphantin (*).

Le trésor sous la montagne

Depuis des millénaires, les locaux n’avaient pu manquer d’observer cette colline qui se hissait dans leur environnement quotidien, mais les âges avaient perdu la mémoire de ce que recelaient les lieux. Ce n’est que dans la seconde moitié du XIXe siècle qu’un archéologue français Léon Heuzey, s’intéresse à l’insolite montagne toujours verdoyante - qu’il identifie déjà comme un tumulus, soit une montagne artificielle recouvrant un site funéraire.

La découverte n’est pas menue : il est mis en évidence la présence de tombes impériales aux richesses inexplorées. Les mémoires historiques ravivées parviennent à identifier le site comme étant Aigai : la capitale macédonienne de l’empire de Philippe II, père d’Alexandre le Grand, qui avait été pillée par les descendants de Darius.

Visite chez le père d’Alexandre le Grand

Ici, nous sommes dans l’ancienne cité impériale qui a unifié l’Europe avant l’Empire romain. Un palais gigantesque; un théâtre antique aussi déjà; et puis, chose unique, les tombeaux de Philippe II, de son épouse et d’un fils d’Alexandre le Grand.

Les fouilles menées en 1977 par l’archéologue grec Manólis Andrónikos mènent à l’ouverture de la porte du tombeau impérial de Philippe II de Macédoine, inviolé depuis le IVe siècle avant notre ère. Parmi les bijoux et les armes du prince, on découvrit une couronne de chêne en or, la couronne de l’élu, du chef suprême.

Le lieu, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, a bénéficié d’une muséographie à la hauteur de son importance historique. Le village de Vergina, quant à lui, a repris des couleurs, et si une partie des locaux continue à trotter sur de petits tracteurs orangés à travers les troncs d’olivier, d’autres ont appris à parler des temps macédoniens aux fans des vieilles pierres venus jusqu’ici du monde entier. Dépaysement garanti.


(*) Chris signifie "or" et elephántinos : "ivoire". Se dit d’une sculpture bi-matière grecque apparue aux alentours du VIe siècle av. J.C.

le site d’Aigai (alias Vergina), à 70 kms à l’ouest de Thessalonique. Petites cantines locales délicieuses. Infos visite du site : www.aigai.gr