Riviera tunisienne

Le plus européen des pays du Maghreb revoit la vie touristique en rose après le coup d'arrêt dû aux attentats du 11 septembre. Avant les affluences d'été, douceur et tranquillité bercent les golfes de Tunis et d'Hammamet. Le bonheur, lui, se niche dans les médinas.

PIERRE-FRANÇOIS LOVENS
Riviera tunisienne
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Comme pour ses proches voisins marocain et égyptien, le tourisme tunisien a subi de plein fouet les attentats du 11 septembre dernier. Brutal, le coup d'arrêt semble aujourd'hui révolu. Le ballet aérien avec Tunis, Monastir, Djerba... a repris de plus belle. Les tour-opérateurs sont à nouveau en position d'`inonder´ l'un des pays les plus prisés, car proche et donc financièrement attrayant, du Maghreb. Ce qui n'est pas forcément une bonne nouvelle pour les âmes en quête de douceur et de dépaysement bon marché...

Cette douceur, le voyageur la ressentira avec délectation en dehors des périodes de grosse affluence. Ainsi, le printemps - le temps des oranges - révèle une Tunisie où il fait encore bon se perdre dans les venelles des médinas ou se balader le long de plages encore préservées des flots humains. C'est le temps où les hôtels, plus grands les uns que les autres, ne sont pas encore transformés en ruches surchauffées. C'est le temps où, tout simplement, la Tunisie se laisse approcher sans risque de déplaire - si ce n'est, faut-il le rappeler, l'image négative que le pays de Ben Ali traîne derrière lui en matière de libertés d'expression.

Cette Tunisie printanière, nous l'avons parcourue de Tunis à Mahdia, adorable petite cité blottie sur le cap d'Afrique quelque 200 kilomètres plus au sud de la capitale. À défaut de se sentir pleinement en Afrique du nord (la `riviera´ tunisienne a des allures parfois très azuréennes, à l'image de ces routes en corniche surplombant le golfe de Tunis), cette région côtière permet la découverte de quelques lieux évoquant l'extraordinaire foisonnement des civilisations ayant foulé le territoire tunisien. Un pays `carrefour´ qui fait immanquablement songer à la Syrie.

TUNIS-CARTHAGE-SIDI BOU

Comme pour beaucoup d'autres villes du pays, la capitale Tunis - près d'1,8 million d'habitants! - vous séduira avant tout par sa `médina´ (vieille ville). Certes, on est assez loin des labyrinthes étincelants d'Alep (encore la Syrie!) ou de Fès. Le charme de la médina tunisoise, sans être inoubliable, est toutefois réel. Les jeux de lumière, les senteurs (le jasmin...), les métiers, les mosquées, les hammams, etc., forment un ensemble chatoyant dans lequel il faut errer (de préférence au petit matin, lorsque les souks s'éveillent). Entrez-y par la place du Gouvernement pour descendre, tranquillement, en direction de la porte de France. Un vrai régal. Prenez aussi le temps de déambuler sur l'avenue Habib Bourguiba, longue artère parsemée de quelques perles architecturales datant du protectorat français.

Carthage, l'autre capitale... L'ex-rivale de la Rome antique n'a plus énormément de choses à dévoiler en ce début de XXIe siècle. Le site des thermes d'Antonin, situé en bord de mer, passe presque inaperçu à côté du très surveillé palais présidentiel (pas question de le photographier!) et des résidences de la bourgeoisie tunisoise.

Avant de mettre le cap sur le sud, il est impératif de se donner une heure ou deux pour découvrir Sidi-bou-Saïd (`Sidi bou´), petit village voisin de Carthage qui fit les délices de Paul Klee. Passé l'obstacle du souk attrape-touristes, la promenade au coeur de la bourgade s'avère délicieuse. Omniprésence du bleu sur les portes richement décorées; grilles renflées placées devant les fenêtres (kharrajs ); logias de bois ( moucharabiehs ); figuiers et bougainvillées... Luxe, calme et volupté.

KAIROUAN-MAHDIA

Sur la route de Mahdia, le voyageur traversera deux `musts´ de l'industrie touristique tunisienne: Hammamet et Monastir. Chacun appréciera selon ses attentes... De la première, on retiendra surtout le plaisir du thé à la menthe pris au sommet de la casbah; de la seconde, on préférera le superbe ribat (fortin) au mausolée de Bourguiba.

Pour les véritables coups de coeur, il faut se rendre plus à l'Est (Kairouan) et au Sud (Mahdia). Première ville sainte du Maghreb, Kairouan surgit de nulle part avec ses longs remparts et sa kyrielle de mosquées. La plus grande d'entre elles (jamâ Sidi Oqba) cache derrière des contreforts austères une immense cour intérieure qui a la spécificité de présenter une légère déclivité permettant de recueillir les (rares...) eaux de pluie utilisées pour les ablutions des pèlerins.

La dernière image restera celle de la presqu'île rocheuse de Mahdia et de ces centaines de petites tombes blanches disséminées aux abords d'un ancien port phénicien. De toute beauté.

© La Libre Belgique 2002