Randonnée sereine au coeur du Sinaï, loin du grand bruit du monde

Cinq jours de marche dans le désert de Moïse, avant la découverte du monastère Sainte-Catherine et la belle ascension du mont Sinaï.

ANNICK HOVINE

Les silhouettes de Khéops, Khéphren et Mykérinos, balayées par un vent frais, s'effacent brusquement au détour d'un virage. Première émotion de voyage avant une plongée au coeur du Sinaï. On laisse donc le Caire, Guizeh et ses pyramides pour se diriger vers le canal de Suez. Petite déception: on n'en voit rien depuis le tunnel emprunté par le 4X 4. Avant de partir, Hadi, le guide, a chargé oranges, tomates, fromage, pain... De quoi `tenir´ 5 jours de bivouac dans le désert. Silence dans le véhicule. La route court toute droite, monotone, coupant en deux l'aride étendue de sable. En soirée, on atteint Nuweiba, sur le golfe d'Aqaba, d'où on oblique pendant 40 km vers l'ouest.

A destination, la nuit affiche 5 degrés; le vent de février accentue l'impression de fraîcheur. Au campement bédouin, on se réchauffe près du feu, les doigts serrés autour d'un thé à la menthe. Accroupis sur les nattes, on savoure le premier repas pris au milieu du désert: yaourt et concombres, salade, galettes, okras et carottes qui ont macéré dans la saumure... La tente bédouine abrite du vent. Il faut bien ça pour s'acclimater aux rigueurs du Sinaï: les nuits suivantes se dérouleront à la belle étoile...

Après un copieux petit déjeûner, la petite troupe démarre le trek proprement dit. Premier objectif: traverser le superbe Canyon blanc, sur le rebord sud- est du Gunna, plateau de grès surmonté d'une carapace calcaire. Suleimane nous rejoindra avec Chaban - alias Marcel -, le chameau, pour la pause de midi via un autre itinéraire: l'animal ne parviendrait pas à se faufiler entre les failles des rochers.

L'endroit est fabuleux: on se glisse dans le labyrinthe de parois claires et lisses comme du marbre, sur fond de sable blanc. Ça et là, quelques buissons de vermouth - `c'est très bon contre les maux de ventre´, assure Hadi. Ombre et soleil, fraîcheur et douceur alternent.

La balade est parfois plus physique, obligeant à escalader des passages sans prise apparente ou à dégringoler d'étroits boyaux. Mais quelle sensation de bien- être quand on se pose, histoire de croquer une barre énergétique et de vider sa gourde d'eau de puits (additionnée d'Hydroclonazone!).

Déjeuner dans l'oasis d'Ein Hudra et sa source réparatrice. Autant en profiter: c'est la seule qu'on croisera de tout le périple! La journée s'achève par une randonnée plus tranquille vers un canyon plus doux, où on organise le bivouac. Discrètement, Hadi a posé son chèche sur le sable: musulman pratiquant, il observe scrupuleusement les 5 prières.

Pendant deux jours, on traverse une enfilade de petits cirques trouant des plateaux avec, au bout de l'horizon, les monts Moïse et Sainte-Catherine, objectifs de la randonnée. Falaises, torsades de grès et sables d'or s'allument au coucher du soleil. Palette de couleurs ocre, rose, rouge... On parvient à une brèche géante, qui entaille le paysage: la vue se perd à des dizaines de kilomètres. Bivouac au creux du wadi. Oubliés les klaxons, les sonneries de GSM, le grand bruit du monde... Ici, on (ré) apprend à vivre simplement. Marcher (5 à 6 heures par jour), manger (trois fois par jour), dormir (tout son soûl) et recommencer: le charme du rythme bédouin. Qu'il faut bien rompre pour retourner vers l'emportement du quotidien. Mais avant cela, dernière découverte: la belle ascension du Mont Moïse au soleil couchant.

© La Libre Belgique 2002


CARNET DE VOYAGE Quand?Dans le Sinaï, en hiver (de novembre à mars), la température est de 20 à 35°C, mais les nuits sont fraîches, voire froides (jusqu'à -5°C). En été (de mai à septembre), il peut faire très chaud, ce qui oblige à s'abriter entre 11 et 15 heures. C'est finalement en octobre et en avril que le climat est le plus agréable. A emporter. Dans le sac de voyage (pas de valise!), ne pas oublier: un sac de couchage chaud; une polaire et un coupe-vent; une gourde et des comprimés de Micropur ou d'Hydroclonazone; des vêtements à manches longues; un Tupperware (comme bassin de toilette); des lunettes de soleil et un couvre-chef; du collyre (le sable dans les yeux, ça pique!); un briquet (pour brûler le papier de toilette). Plusieurs tour-opérateurs proposent des treks de 8-9 jours dans le Sinaï. Nomade aventure travaille avec une équipe locale particulièrement attentionnée. Nomade aventure, 40 et 49, rue Montagne Sainte-Geneviève, 75 005 Paris. Tél.: 00.33.1.46.33.71.71. © La Libre Belgique 2002