À la conquête du plus grand glacier d'Europe

Inscrits au patrimoine mondial de l'Unesco, le glacier et la forêt d'Aletsch impressionnent de beauté. Voyage majestueux, entre aroles tortueux et glaçons millénaires.

À la conquête du plus grand glacier d'Europe
©www.myswitzerland.com
PHILIPPE LALOUX

À ALETSCH

De loin, on dirait un gigantesque `chamallow´ crevassé... de 24 kilomètres de long, deux de large et un d'épaisseur. En forme de trompe, ce désert surgelé avance ou recule, selon les humeurs du climat, d'une dizaine de mètres par an. Avec, pour seuls témoins, ces tonnes de débris de granit torturés, fracassés, fracturés. Et miraculeusement accumulés, au fil des millénaires, sur deux moraines rubanées. Comme souvent, en montagne, l'on se dit alors qu'aucun spectacle au monde n'est aussi majestueux et somptueux. Légèrement saoulé par ce faux silence, où s'entrelacent bruits de cascade et torsion de glaçons, le regard se perd, au loin, sur le Mont Blanc (4 810 m), le Cervin (4 447 m) et l'élégante Jungfrau (4 158 m).

`Bienvenue sur le glacier d'Aletsch, le plus grand d'Europe´, sourit fièrement le guide, comme si l'on venait de débarquer sur la Lune. C'est vrai que le contraste est saisissant. Même à Eggishorn, point de départ de la randonnée à près de 3 000 mètres, le soleil d'août autorise un simple T-shirt. Il adoucit aussi la longue descente vers un des flancs du glacier, au prix de quelques acrobaties dignes d'une `via ferrata´. Neuf cents mètres plus bas: changement de ton. L'air surgèle, les jambes flagellent, le coeur s'emballe. `Vérifiez bien vos points de cordée´, prévient le guide, tout sautant au-dessus des premières crevasses, larges d'un petit mètre qui paraît pourtant abyssal. La cordée, elle, s'accroche comme elle peut à son piolet, captant les moindres bizarreries naturelles de la langue glacière.

VOLUPTÉ VALAISANE

Classé depuis peu dans le patrimoine mondial de l'Unesco, le glacier d'Aletsch constitue à coup sûr le pôle majeur (et sportif) d'un des plus beaux sites naturels de l'arc alpin, s'étalant de l'Oberland bernois au Haut-Valais (dans sa partie alémanique). C'est au sud de ce massif que s'étend la vallée des Conches, tout en volupté, entre la ligne de crêtes surplombant le glacier et le Rhône, encore fougueux et trouble. Rousseau, dit-on, aimait s'y reposer, pour goûter, aussi, aux quelques produits des vignes valaisanes.

Plus tard, c'est Winston Churchill qui appréciera le charme de la Villa Cassel, à Riederfurka (voir notre infographie). Ce fabuleux manoir à colombages abrite aujourd'hui le centre Pro Natura, point de départ de nombreuses randonnées au coeur de la forêt d'Aletsch, jusqu'à Moosfluh ou Eggishorn. Une journée suffira au marcheur alerte pour parcourir ces sentiers rocailleux, traversant tantôt de tendres alpages - colonisés par la marmotte, le mouflon, le chamois ou, avec un peu de chance, le farouche tétras-lyre -, tantôt de vastes forêts de mélèzes et d'aroles, aux arômes particuliers. Et toujours, selon que l'on soit d'un côté ou de l'autre de la crête, d'étourdissants points de vue vers le glacier ou le Rhône, s'immisçant, minuscule, tout en bas de la vallée.

Miracle de la Suisse, passée maître dans l'art du déplacement en terrain hostile, il ne faudra que quelques minutes pour le rejoindre. Il suffit, de fait, d'embarquer à bord d'un des nombreux téléphériques ou télésièges qui, été comme hiver, desservent les hameaux de la vallée. Il s'agit même du seul et unique moyen de transport pour atteindre deux petites stations, qui sont autant de lieux privilégiés de villégiature (hôtels, flats, appartements, chalets). Fait rare et inappréciable: exceptés les `micro-bus´ électriques qui les relient, il n'y a donc pas de voiture à Riederalp, et Bettmeralp.

Agrippés à 2 000 mètres, comme au milieu de nulle part, ces deux villages à l'architecture traditionnelle respirent la sérénité placide d'un séjour pétant de santé telle que seule l'imagerie suisse est capable de nous en livrer. Très axés `familles´ (avec des programmes taillés à leur mesure), ils ne décevront pas les plus actifs (trekking, rafting, VTT, parapente,...), les naturalistes, les hédonistes ou les oisifs. À moins de vouloir profiter des thermes d'eau salée (Mörel) ou de fouler le golf le plus élevé d'Europe (Riederalp)... Reste que, à lui seul, le pique-nique `saucisson-Fendant´ face au glacier vaut tous les détours du monde.

© La Libre Belgique 2002


CARNET DE VOYAGE Y aller. En voiture, soit un petit millier de km, via Bâle/Berne ou via Genève, ensuite Brig, Mörel ou Betten. En train: TGV Bruxelles-Genève, Genève-Brig et le sympathique `Aletsch Express´, jusqu'à Mörel ou Betten. Y loger. Riederalp et Bettmeralp comptent un total de 4 500 lits, 13 hôtels. Location de chalets, appartements et gîtes. Les `+´: situation exceptionnelle, ensoleillement privilégié, offre riche en logements, large gamme d'activités estivales, idéal pour les familles. Les `-´ : piètre gastronomie, coût de la vie élevé, déplacements en téléphériques (obligatoires pour rejoindre Riederalp et Bettmeralp) quasiment hors de prix (compter une moyenne de 20 euros par personne pour un aller-retour), faibles connaissances en français des Valaisans alémaniques. Infos Riederalp Tourismus, CH-3987 Riederalp. Tél.: +41 (0)27.928.60.50, Valais Tourisme, rue Pré-Fleuri 6, CH-1951 Sion. info@valaistourism.ch. Tél.: +41 (0)27 327 35 70. © La Libre Belgique 2002