Les grottes du Bouddha

A l'extrême ouest de la Chine, entre les déserts de Gobi et du Taklamakan, se trouve l'oasis de Dunhuang. Pendant mille ans, ce fut un haut lieu du bouddhisme. On y visite quelques-unes des 500 grottes creusées dans la falaise, décorées de 2 000 statues et de 45 000 m2 de peintures

PAR GUY DUPLAT
Les grottes du Bouddha
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REPORTAGE

A DUNHUANG (CHINE)

En février, l'hiver est encore rude et la température à l'ouest de la Chine peut descendre à moins trente degrés. Les avions ne volent pas jusqu'à Dunhuang, ils n'apportent pas les vagues de touristes chinois qui visitent ce haut lieu du bouddhisme pendant les chaleurs de l'été. En février, il faut d'abord rejoindre Lanzhou, la capitale du Gansu, ce long couloir coincé entre les montagnes et longeant le désert de Gobi. A Lanzhou, dans une gare grande comme un palais du peuple, on prend le train pour le Far-West. Destination Urumqui, la capitale de la région ouïgoure du Xinjiang, avec une halte à Dunhuang après seize heures de voyage.

Les journées et les nuits de route se traînent dans un paysage obstinément aride: pas un arbre, pas un point de verdure. Tout a la couleur du sable et la sécheresse du désert. Impossible, dans tout le train, de trouver la moindre personne parlant anglais. Ce long voyage permet de bien se rendre compte de l'immensité de la Chine, de cet Ouest stratégique, de ces marges de l'empire. Pendant des siècles, les empereurs avaient toutes les peines du monde à contrôler ces régions ouvertes aux envahisseurs mongols. La grande muraille se prolonge d'ailleurs dans le Gansu jusqu'à l'impressionnante forteresse de Jiayuguan, érigée en 1540 et qu'on peut visiter: un énorme quadrilatère couleur terre flanqué de tours. On imagine en se baladant sur les douves complètement restaurées en 1949, les soldats chinois scrutant l'horizon brumeux, écrasés en été par le soleil et en hiver par le gel intense. Le désert des Tartares de Buzzati devait être ici.

Dunhuang est une grande ville au milieu du désert. Elle est typique de ces villes chinoises neuves avec ses bâtiments recouverts de céramiques de salle de bain, ses larges avenues et ses ronds-points ornés de monstrueuses statues dorées.

Il faut encore rouler 20 kilomètres pour arriver enfin aux grottes de Mogao. La route, toute droite, traverse des cordons de hautes dunes, quand apparaît la longue falaise qui longe la rivière Dachuan. C'est ici que se cachent les grottes aux mille bouddhas, c'est dans ce lieu qu'il y a mille cinq cents ans, tous les voyageurs de la route de la soie passaient pour conjurer le sort avant de traverser le terrible désert de Taklamakan, celui qui tue, où les montagnes de sable peuvent brusquement se déplacer et ensevelir les caravanes imprudentes. Des moines s'y étaient installés dès le quatrième siècle. Les premières grottes furent creusées en 366 après Jésus-Christ.

Riche des offrandes des voyageurs, la communauté monastique proliféra. On creusa des centaines de grottes, parfois énormes pour abriter des bouddhas monumentaux de 30 m de haut. Il reste aujourd'hui 492 `chapelles´, décorées de 2 000 statues et recouvertes, au total, de 45 000 m2 de peintures. Un exemple unique au monde d'art bouddhiste. Une des merveilles culturelles de l'humanité protégées par l'Unesco.

© La Libre Belgique 2002