Un musée bouddhique en plein désert

G.Dt

Le déclin de Dunhuang a coïncidé avec la fin de la route de la soie. Quand les oasis du désert se sont asséchées, lorsque la Chine n'a plus pu contrôler ses marges de l'ouest cédant sous les coups de boutoir turcophones. Ce haut lieu du bouddhisme s'endormit au XIIIe siècle. Il subit quelques déprédations par les troupes musulmanes et surtout à cause de 900 Russes blancs échappés de la révolution bolchevique et qui avaient élu domicile dans ces grottes. Heureusement, elles échappèrent largement aux ravages de la révolution culturelle car elles étaient trop éloignées de tout lieu habité par les gardes rouges. Depuis 1979, ces grottes sont ouvertes.

Il y a un siècle, de grands explorateurs, à moins qu'ils ne soient des voleurs des trésors de la Chine, ont exploré au péril de leur vie le désert de Taklamakan et les oasis de la route de la soie. Ils parviennent à l'oasis de Dunhuang et rencontrent un petit moine, l'abbé Wang, qui gardait le site. L'Anglais Aurel Stein en 1907, et le Français Paul Pelliot, en 1908, parviennent à embarquer sur le dos de leurs chameaux des dizaines de caisses de fresques et de statues. Et ils convainquent le moine de leur vendre, pour un vil prix, des milliers de manuscrits précieux, issus de la grotte 17. Celle-ci avait été scellée au XIe iècle lors d'attaques turques. On y avait entassé 50 000 manuscrits uniques au monde, écrits entre 406 et 1004 après Jésus-Christ. Un extraordinaire trésor. Des textes bouddhistes ou administratifs écrits dans des dizaines de langues différentes, souvent oubliées (en kothanais, en tangut, en koutchéen, etc.). Les `achats´ de Stein et Pelliot (des `vols´ pour les Chinois) font aujourd'hui la fierté du musée Guimet et du British museum.

FRESQUES ET STATUES

En février, le site de Mogao est vide, balayé par le seul vent glacé, réchauffé à midi par un soleil blafard. Les grottes sont alignées sur cinq étages au flanc de la falaise surmontée de dunes. Sur 1 600 m, elles se succèdent, parfois précédées de vieux portiques en bois de l'époque Tang; elles sont toutes fermées à clé et gardées par des militaires. On ne peut malheureusement visiter que quelques-unes de ces grottes. Dix, parfois trente, selon votre chance et votre force de persuasion. Insistez pour en voir le plus grand nombre possible, malgré la lourde bureaucratie chinoise.

Les plus belles sont les plus anciennes de l'époque des empereurs Wei du nord et celles de l'apogée de la Chine avec les empereurs Tang (618 à 907). On peut y admirer de magnifiques statues d'argile polychrome, avec une expression très véridique dans les visages pour les statues Wei, des visages parfois grecs. A cette époque, le style gréco-indou du Gandhara faisait tâche d'huile jusqu'à Dunhuang, créant un art `sérindien´ (chinois-indien). Admirez les bouddhas sereins, les bodhisattvas féminins, les mendiants et les guerriers. Il y aussi les fresques, comme le formidable `paysage de Wutashan´ sur tout un mur: la carte imaginaire d'une colline sacrée où on retrouve toute la vie quotidienne des Chinois il y a près de 1 500 ans, avec ses paysans, ses musiciens et ses danseurs. D'autres grottes montrent des dieux ailés et d'élégantes apsaras. Pour jouir de ce musée, il faut bénéficier d'un bon guide d'art et d'une forte lampe torche pour pouvoir admirer tous les détails de ces peintures.

Comment ne pas être ému par ce témoignage religieux si ancien, dans un site si aride? Des centaines de milliers de voyageurs s'y sont arrêtés il y a des siècles et des siècles, pour prendre un peu de la sérénité du Shakyamuni.

© La Libre Belgique 2002