Au pays des mouflons et du grenache

Mon père est né à une journée de marche au Sud du Caroux, et ma mère à une journée de marche au Nord´. Claude Bras, 54 ans, a la rando dans la peau. Enfant, chez ses grands-parents, il montait paître les vaches à 1000 m d'altitude. `Je me payais tous les matins mes 300 m de dénivelé´ - cela dit avec un charmant accent du Sud. C'est là qu'est née sa passion pour la montagne.

Au pays des mouflons et du grenache
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SOPHIE LEBRUN

REPORTAGE

Mon père est né à une journée de marche au Sud du Caroux, et ma mère à une journée de marche au Nord´. Claude Bras, 54 ans, a la rando dans la peau. Enfant, chez ses grands-parents, il montait paître les vaches à 1000 m d'altitude. `Je me payais tous les matins mes 300 m de dénivelé´ - cela dit avec un charmant accent du Sud. C'est là qu'est née sa passion pour la montagne.

Depuis 27 ans, il emmène des groupes de randonneurs à la découverte de sa terre, au coeur du Languedoc - et plus récemment, en Amérique centrale. Partir en rando avec `Les Marcheurs du Caroux´, son association, c'est partir le coeur (et le sac) léger: repas, logement, transfert des bagages, tout est pris en charge. Il ne reste qu'à mettre un pied devant l'autre, regarder, sentir, goûter, écouter. Soit avec un guide, formule proposée dans le Caroux (1 semaine); soit sans, mais avec topoguide et carte, sur la route de Saint-Jacques de Compostelle (une semaine d'Arles à Bédarieux; une autre du Haut-Languedoc à Castres) : c'est la `rando liberté´.

C'est parti pour deux jours et demi, avec Claude, son épouse Elizabeth et son jeune collègue Philippe Bertrand (lire ci-dessous).

`JACQUET´ SUR LA `FENESTRETTE´

Direction Saint-Jacques de Compostelle par la voie du Sud, la moins fréquentée, la plus difficile.

`Pour la rendre plus accessible, on fait des étapes plus courtes que celles des pélerins´, précise Claude.

Saint-Guilhem-le-Désert. L'église romane, l'arbre bicentenaire, les rosiers grimpants, la fontaine: la place de cette charmante ville couleur de sable, au pied du massif du Larzac, invite le marcheur à marquer une pause avant l'ascension. La tête pleine des légendes sur l'abbaye de Gellone, on quitte le dédale de ruelles pour s'engouffrer en pleine nature.

Objectif: le Cirque du Bout du monde. Une heure plus tard, le panorama apparaît à 600 m d'altitude: formidable amphithéâtre naturel modelé dans le massif de calcaire. La marche reprend sur les `fenestrettes´, sentiers aménagés à flanc de colline pour les `jacquets´ indique Philippe. `Chênes kermesses´, buis, pins, arbousiers, thym s'entrelacent au bord du chemin, pour le plaisir des yeux et du nez.

Le soleil est au zénith. Les marcheurs, au sommet. C'est l'heure du casse-croûte (dites `saquette´). On en redemande: salades mixtes préparées par le cuisinier, viande froide et fromages, fruits et... le rouge du pays. Tout aussi indispensable: la sieste.

SERPOLET POUR LA TISANE DU SOIR

On redémarre sur du plat puis en descente, vers Arboras. Devant nous, la plaine de l'Hérault et de l'Aine. A nos pieds, du serpolet. `Goûtez-moi cette plante à consommer sans modération. J'en ferai une tisane ce soir´, sourit Claude.

`Et dire que certains trouvent le paysage monotone, dit-il. Les gens n'ont pas appris à regarder. Il faut couper la rando par l'observation de choses précises, et pas marcher pour marcher à 6 km/h! Il faut être prêt à sentir l'instant. Parfois c'est pas grand chose: un troupeau de vaches camarguaises...´

Arrêt culturel, au Musée de la cloche et de la sonnaille, à Hérépian (lire ci-dessous).

Dans la salle à manger du gîte retapé par Claude, à Madale, hameau de douze habitants (et davantage de chèvres) et point de départ pour la rando du Caroux, un feu crépite. Sur la terrasse, dans la lumière du couchant, les randonneurs, qui sentent bon le savon chaud, sirotent leur grenache, vin doux du pays, et se passent les jumelles. `Tu vois le mouflon?´. Festin royal. `Les randonneurs sont chez eux tous les soirs. S'ils ont envie de chanter, ils chantent´.

PAYSAGES CONTRASTÉS

Massif des Cévennes du Sud, le Caroux-Espinouse est la plus haute cathédrale de gneiss d'Europe, dominant la Méditerranée. Il est visible depuis Béziers où on le surnomme `La femme couchée´. Moins de 1.000 habitants - humains, s'entend - y vivent sur 25.000 hectares.

`Vous avez votre gourde?´. C'est reparti. La montagne est tapissée de vert: châtaigniers, sapins, hêtres, frênes. On emprunte un sentier entre les buissons de genêts et de bruyère. Puis on rejoint le GR 7.

Sur le plateau, rencontre insolite: un couple de Savoyards parti en randonnée de 5 jours avec leur fils de 4 ans... assis sur leur âne. `C'est un bon moyen d'apprendre à marcher à Thibault, dit le papa. Il ne se rend pas compte des distances´. `On a une nouvelle maison tous les soirs´, sourit l'intéressé.

Ici, la nature change sans arrêt de visage. De dix minutes en dix minutes, on traverse tourbière, lande, bois de feuillus, forêt de pins, jusqu'à la table d'orientation, à 1059 m. Vue panoramique. La vallée du Jaur et de l'Orb est bien bas sous nos pieds, au loin on aperçoit les Pyrénées, et vaguement la mer dans le fond.

Pic-nic sous les arbres. On applique la règle d'or du randonneur version Claude Bras: `Les trois tiers: marche-pause-marche´.

`Chuuut´. `Stooop´. Deux mouflons, là, à quelques mètres.

Après la descente, la première chose qu'on savoure dans le plus haut village de l'Hérault, Douch, c'est son eau (ben oui), glacée et revigorante, jaillissant dans un ancien lavoir. La seconde, c'est la beauté de ses maisons en gneiss et loses. Certaines abritent des gîtes. `Pas mal de randonneurs passent par ici; comme c'est un tourisme de qualité, on ne s'en plaint pas. C'est merveilleux ici´ sourit René Magnaldi. Issu de Marseille, il est venu un jour à Douch `en baladin´ et y est resté. Il est adjoint au maire, apiculteur, aubergiste et secours montagne - dans ce hameau où vivent actuellement neuf habitants, le cumul est inévitable...

Descente dans la forêt jusqu'à Héric. La daube de sanglier aux cèpes nous attend. Demain, on longera les gorges de l'Héric: bassins, cascades, galets pharaoniques. L'endroit tout trouvé pour le `deuxième tiers´ de la journée.

© La Libre Belgique 2002


Cloches, sonnailles, clarines, grelots, clavelas... Il y en a pour toutes les oreilles. Et ouvrez-les bien, car au Musée de la cloche et de la sonnaille à Hérépian (35 km de Béziers), `on entend, on écoute, et pas seulement le guide!´, dit le dépliant. Neuf ans de recherches se cachent derrière ce musée interactif reconnu par le ministère de la Culture. Il est couplé à la Fonderie de cloches et d'art d'Hérépian, dont l'origine se trouve dans l'atelier de la famille Granier en 1600: des cloutiers devenus fabricants de sonnailles. Le musée allie les éléments historiques, techniques et même des légendes (à écouter). Il est complètement accessible aux aveugles en totale autonomie. Tél.: 0033.4.67.95.39.95. Fermé en janvier et le mardi d'octobre à mars. © La Libre Belgique 2002