Un chemin, ça se prépare et s'entretient

SOPHIE LEBRUN

ENTRETIEN

L a nature, je suis tombé dedans quand j'étais petit. Mais je n'avais prévu de travailler dans la rando´, explique Philippe Bertrand, 25 ans, diplômé en langues étrangères et en commerce international. Un jour, pourtant, il découvre l'annonce des Marcheurs du Caroux: on cherche quelqu'un pour encadrer des groupes en montagne. C'est le déclic.

C'est Philippe qui a `monté´ la rando liberté sur la voie Sud de chemin de Saint-Jacques. Et ce n'est pas parce qu'elle se situe en grande partie sur un sentier de GR (grande randonnée) que tout est prémâché. Un an de travail a été nécessaire. Explication.

`La première chose à faire consiste à définir les étapes par rapport au niveau que l'on veut donner à la rando´, indique Philippe Bertrand. Il prend ensuite contact avec les hôteliers et propriétaires de gîtes. `Il faut trouver le bon hébergement, celui qui va maintenir l'ambiance de la rando, qui sera convivial, chaleureux´. `La Voie du Sud n'étant pas très développée, il faut chercher dans les villages avoisinants, tout en évitant de trop raccourcir ou rallonger l'étape.´

Troisième tâche: organiser le passage dans une ville. `Le risque est que ça casse l'ambiance. Il faut donc les mettre en valeur sur le plan pédestre. Des villes comme Arles ou Montpellier s'y prêtent merveilleusement et sont très riches sur le plan historique´, souligne le guide, qui s'est plongé dans le passé de la région pour en retirer faits marquants et légendes.

On arrive alors dans le vif du sujet: le chemin. `Il doit être praticable et bien balisé. Deux problèmes se posent. D'une part, ces voies sont peu visitées, la végétation se développe: le balisage peut s'effacer. D'autre part, à certains endroits, les habitants ne sont pas trop pour le passage de marcheurs: des traces disparaissent. Il faut donc les vérifier régulièrement.´ Étape importante: la création du topoguide, outil indispensable de la rando liberté puisqu'elle se fait sans accompagnateur. `Il est basé sur les repères de temps et de difficulté. Il faut être attentif aux points ambigus, aux bifurcations, bien décrire ces endroits...´.

Reste, `last but not least´, la logistique, notamment le transport des bagages vers le gîte du soir.

`C'est un boulot très riche, souligne Philippe Bertrand. Et ça fait plaisir de voir les gens qui apprécient cette terre, ces odeurs, ce climat auxquels je suis attaché.´

© La Libre Belgique 2002