On ira tous, tous, tous...

Le tourisme deviendra-t-il bientôt le plus petit dénominateur commun de la population mondiale ? A 15 jours du début de la grande transhumance estivale, quelques chiffres donnent à le penser. Notre dossier .doc de la semaine est consacré aux vacances qui arrivent bientôt : pratique, historique, statistique, et bien d'autres aspects y sont abordés.

On ira tous, tous, tous...
©EPA
A.Ma.

Le tourisme deviendra-t-il bientôt le plus petit dénominateur commun de la population mondiale? A 15 jours du début de la grande transhumance estivale, quelques chiffres donnent à le penser.

D'après les estimations de l'Organisation mondiale du tourisme (OMT), 689 millions de touristes ont en effet été recensés dans le monde en 2001. Mais ce chiffre devrait être multiplié par 2 ou même 3 d'ici 2020! On parle d'1,6 milliard...

Première destination touristique mondiale, l'Europe connaît essentiellement un tourisme intra-européen (89 pc des visiteurs). Le secteur représente 7 pc du Produit Intérieur Brut européen et emploie 20 millions de personnes. Avec un rythme de création de 100000 emplois par an...

Premier point de chute mondial, la France domine toujours le secteur de la tête et des épaules, devant l'Espagne qui a coiffé sur le fil les Etats-Unis en 2001, effet 11 septembre oblige. L'Hexagone a attiré l'an dernier 76,5 millions de personnes, 10 millions de plus qu'en 1997 (66,8 millions).

Pourquoi ce succès? Les professionnels mettent en avant la plus grande variété d'offre touristique française qui propose non seulement la plage (comme l'Espagne), le tourisme urbain (comme la Grande-Bretagne et l'Italie), les séjours d'affaires (15 pc des visiteurs pour environ un tiers des recettes). Sans oublier cet art de vivre qui lui colle à la peau et attire son lot d'inconditionnels aussi bien culturels que gastronomiques. Enfin, sa position géographique se révèle idéale entre pays `producteurs de touristes´ du nord et pays `récepteurs´ du sud, ce qui en fait aussi un pays de transit. Bref, la France reste aujourd'hui `la´ destination touristique par excellence,... malgré deux petits bémols: un, la présence des... Français que certains, les Anglo-Saxons en tête, trouvent trop arrogants; deux, le pays conserve aux yeux de certains une image un peu chère.

Les Belges, en tout cas, sont encore et toujours `accros´ de cette destination. `Sur l'ensemble des Belges qui ont voyagé plus de trois nuitées en 2000, 21,7 pc ont choisi la France´, constate-t-on à la Maison de la France.

Reste à définir quelles sont les destinations d'avenir. Le gagnant de demain pourrait être la Chine. Sixième pays d'accueil en 1997 (23,8 millions de touristes), cinquième en 2000 (31,2 millions) et 2001 (33,2 millions), la Chine est pointée par l'OMT comme la future destination numéro 1 et le quatrième marché émetteur du monde. A son actif, 5000 ans d'histoire et un produit prioritairement culturel.

Ce qui est sûr en tout cas c'est qu'en un siècle, le tourisme s'est transformé du tout au tout. Des quelques jours de villégiature à Tervuren, des pudiques séances de bains de mer à la `reine des plages´ au début du XXe iècle, aux expéditions exotiques voire au tourisme spatial, devenu réalité au début du XXIe, plusieurs facteurs expliquent cette évolution et cette explosion du tourisme.

Les moyens de communication. La généralisation de la route et de son réseau, la montée en force du chemin de fer jusqu'à l'arrivée du TGV qui recueille tous les suffrages, le relatif effacement du bateau - même si le marché de la croisière a son lot d'inconditionnels - et l'explosion du secteur aérien ont transformé en profondeur le `touriste´. Les distances ont fini d'être un obstacle et le bout du monde est à portée d'aile. Ou de télévision ou d'Internet.

L'augmentation du temps libre. Congés payés et réduction du temps de travail ont eu un corollaire direct: la part dévolue aux loisirs a bondi. Et la tendance à la diminution du temps de travail n'est pas près de s'éteindre.

La démocratisation des voyages. Si les déplacements étaient jadis réservés à ceux qui non seulement avaient la possibilité de prendre des congés mais aussi certains moyens, on a depuis enregistré une amélioration générale du niveau de vie des Belges qui se mettent à rêver d'ailleurs. L'évolution des moyens de transport a permis un exode de masse qui a ouvert la voie aux prix bas. A l'heure actuelle, les professionnels du secteur se battent pour attirer le chaland à coup de prix écrasés et de billets `last minute´. Selon les chiffres fournis par le cabinet du ministre de l'Economie, `le ménage belge moyen a consacré à ses vacances en 2000 un budget d'environ 1000 € dont 82,5 pc pour des vacances à l'étranger et le solde pour des séjours en Belgique. Les dépenses à l'étranger se partagent en 59,5 pc de voyages `tout compris´, 15,7 pc de frais d'hôtel (hors `package´), 6,6 pc de location d'habitation, 5,5 pc de transport par avion et 2,9 pc pour les autres transports, essentiellement la voiture. Pour les séjours en Belgique, 20,8 pc des dépenses sont consacrées à l'hôtel, 19,8 pc à la location d'habitation, 17 pc aux voyages `tout compris´, 15,2 pc aux excursions d'un jour et 5,8 pc au camping´.

L'amélioration des infrastructures locales. La montée du tourisme a évidemment entraîné la multiplication des infrastructures d'accueil (hébergement, restauration, animations) et des personnes sur place qui vivent de cette providentielle manne. A fortiori dans des pays qui y voient un débouché essentiel.

© La Libre Belgique 2002