L'Équateur, à en perdre le souffle

Soudain, le bus s'arrête dans la neige, sans raison apparente. Ane buté, il refuse obstinément de redémarrer. Tant mieux, on fera à pied les derniers kilomètres qui nous séparent du Chimborazo, le plus haut volcan d'Equateur. Cela faisait déjà une heure et demie que le véhicule grimpait dans un paysage minéral, entre vigognes sauvages et lamas (élevés en fermes). Au-delà de 3000 mètres, les plantes et les arbres se font rares.

L'Équateur, à en perdre le souffle
©Annick Hovine
Annick Hovine,

Soudain, le bus s'arrête dans la neige, sans raison apparente. Ane buté, il refuse obstinément de redémarrer. Tant mieux, on fera à pied les derniers kilomètres qui nous séparent du Chimborazo, le plus haut volcan d'Equateur. Cela faisait déjà une heure et demie que le véhicule grimpait dans un paysage minéral, entre vigognes sauvages et lamas (élevés en fermes). Au-delà de 3000 mètres, les plantes et les arbres se font rares.

La montée à pied jusqu'au refuge, à 4800 mètres, prendra finalement deux heures. Les plus courageux poursuivront jusqu'au point de vue situé à 5000 mètres, les pieds dans la neige tombée au cours de la nuit. Le soleil aveuglant fait scintiller le volcan, dominant l'immensité. Le sang bat dans les tempes: l'altitude, ça cogne. Il ne faut pourtant pas d'aptitudes ou d'équipement particuliers pour tutoyer le Chimborazo et ses cousins équatoriens: une bonne condition physique, une certaine habitude de la marche et des chaussures de moyenne montagne suffisent pour tenter là une certaine idée de la sérénité.

La descente se fait vite, en courant presque, grisés par un sentiment de plénitude. Le bus est toujours là, mais autour, la neige a fondu. De manière tout aussi inexplicable que sa brusque panne, le moteur se remet en marche. Comme s'il avait simplement attendu que la neige fonde. Retour à Riobamba (2750 mètres), petite ville tranquille à 200 kilomètres de la capitale Quito, dont l'intérêt principal réside précisément dans son environnement extraordinaire. Les montagnes enneigées qui l'encerclent semblent lui faire un rempart de leurs flancs.

Riobamba s'anime le samedi, jour de marché. Comme partout en Amérique latine, les rues et places sont alors envahies. Sinon, la ville est plutôt somnolente. Aujourd'hui, c'est un mercredi de septembre: devant les banques, les files sont longues et chatoyantes - des familles d'Indiens venus chercher leurs allocations mensuelles. Ils sont nombreux, venus des environs, à descendre de leur montagne pour chercher un hypothétique travail en ville.

Alentour, c'est un vrai bonheur pour les randonneurs. On peut marcher des heures à travers champs ou en suivant une ancienne voie ferrée. On tombe par hasard sur une ancienne gare transformée en refuge où on prépare le thé au maté de coca (décoction de feuilles de coca), breuvage qui aide les `gringos´ à s'adapter à l'altitude. Le ciel s'assombrit, change de couleur: dix minutes plus tard, c'est le déluge. Tant pis pour le pique-nique. On s'abrite sous des arbres en avalant quelques fruits. La fin de la balade se fera sous une pluie battante. Seules les célèbres capes de plastique, vendues partout dans le pays, se montrent une protection efficace.

L'Equateur recèle aussi des volcans enfouis. Ainsi, le lac Cuicocha (`du cochon d'Inde´) recouvre un très vieux cratère. Le tour du Cuicocha, devenu un lieu de balade très prisé - aussi par les Equatoriens - prend environ cinq heures. Après une dernière grimpette, on est ravi de goûter à l'apéro (surprenant) du restaurant `Mirador´.

De là à Otavalo, sans doute le marché le plus célèbre de toute l'Amérique latine, il y a une bonne heure de route. Rendez-vous incontournable des touristes, la `place des ponchos´ d'Otavalo est finalement décevante. Le béton a remplacé les échoppes de fortune. Les cafés internet pullulent.

Heureusement, en contrebas, le marché des animaux, des fruits et des légumes, conserve une certaine authenticité. Il faut y venir très tôt, vers 5 heures 30, pour profiter des premiers rayons de soleil qui éclairent les étals. Les Indiens marchandent une chèvre, un kilo de bananes, un cochon d'Inde... Moments de grâce, avant que la place ne (re) devienne un bazar à toutous, un souk à souvenirs.

en Équateur

© La Libre Belgique 2002