Voyage épique, des Andes au Pacifique

An.H.

Après une dernière balade sur les flancs du volcan Imbabura, cap sur l'ouest et les plages du Pacifique. Il faut impérativement prendre le bus local - sous peine de manquer une part essentielle du voyage - au départ d'Ibarra. L'aventure commence au marché, qui envahit la gare désaffectée du `ferrocaril´ - train de légende qui reliait jadis les sommets des Andes - pour acheter pique-nique, fruits et eau. Autant prendre les devants: la route jusqu'à San Lorenzo, sur la côte, ne fait que 200 kilomètres, mais il faut réserver une journée pour en venir à bout.

Sous les sièges, la viande achetée à Ibarra commence à suinter. Des poules, emprisonnées dans des sacs de jute, caquettent à fendre l'âme. Sur le toit, quelques chiens et les chèvres qui n'ont pas trouvé place à l'intérieur du bus. Et des bébés, entassés sur les genoux des touristes un peu inquiets de la résistance des Pampers locaux. Les arrêts sont fréquents: le chauffeur doit boire, puis manger, puis se reposer... Des policiers montent à bord et vérifient les identités. Une demi-heure plus tard, le véhicule chaloupe plus fort que la normale. Crevaison. Tout le monde descend. La réparation prend trois-quarts d'heure. Le voyage continue. La route est aussi pittoresque que l'équipage. Au sommet d'une côte, le bus n'en peut plus. Panne. Nouvel arrêt. On repart. Pas pour longtemps: nouvelle crevaison. On atteindra finalement San Lorenzo au soleil couchant.

GALAPAGOS DES PAUVRES

À l'extrême nord-ouest de l'Équateur, tout proche de la frontière colombienne, San Lorenzo, encerclée de vastes marécages où se déploie la mangrove, est sans doute l'endroit le plus humide de la côte. C'est là qu'arrivèrent les esclaves noirs déportés d'Afrique occidentale aux XVIIe et XVIIIe siècles. Malgré les brassages multiples de populations, l'héritage africain est resté vivace.

On n'ose pas appeler ville cet ensemble de rues délabrées, aux baraques de tôle sur pilotis, dégageant une tenace odeur de moisissure. Le seul hôtel soi-disant acceptable renseigné par les guides - le résidencial Carondelet - se révèle être une horreur: chambres étroites, bruyantes et suffoquantes; propreté douteuse; moustiquaires crevées (et donc piqûres de bestioles à profusion)...

Le lendemain, après une nuit d'enfer, on se lève à l'aube pour quitter les lieux (s'enfuir...) en pirogue à moteur. Suivront quatre heures de bus jusqu'à Esmeraldas (sans intérêt), puis une heure supplémentaire pour atteindre, enfin, Atacames, l'océan, les plateaux débordant de fruits de mer, les `ceviches´ à se damner, les cocktails `Coco loco´ (`Folle noix de coco´)... Après les cahots du voyage, on profite agréablement de la douceur de la plage. Même si les discos gueulantes qui se succèdent le long de l'eau brisent la quiétude rêvée.

Dernière folie du voyage: Puerto Lopez (il faut prendre un avion depuis Quito), d'où l'on part en bateau vers Isla de la Plata, excellent compromis pour ceux qui n'ont pas les moyens de se rendre aux Galapagos. Située à une quarantaine de kilomètres des côtes, l'île présente une faune assez semblable et le même genre de végétation que dans l'archipel réservé aux voyageurs plus fortunés. On y croise des reptiles, des singes, des rapaces, des frégates, des piqueros masqués, de ravissants `pattas azules´ (aux pattes bleues)...

Sur le chemin du retour, le bateau s'immobilise. Le capitaine a repéré un panache d'eau... Voilà une baleine qui sort son corps puissant de l'océan et replonge, presque au ralenti, laissant sa large queue blanche ondoyer derrière elle. Superbe!

© La Libre Belgique 2002

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