Le berceau des conquistadores

Aride. Et méconnue. Deux caractéristiques de la province espagnole d'Extremadure. Mais ce ne sont pas les seules. Et si le voyageur de passage doit n'en retenir qu'une, il pointerait à coup sûr la richesse du patrimoine historique. Une fois passée l'ivresse du voyage, les images qui persistent sont celles de ces châteaux, de ces palais, de ces citadelles de pierre, qui de loin en loin se dressent, peuplées de soeurs Anne qui ne voient rien venir, la faute au soleil aveuglant et à ces routes qui poudroient

PASCAL DE GENDT

Aride. Et méconnue. Deux caractéristiques de la province espagnole d'Extremadure. Mais ce ne sont pas les seules. Et si le voyageur de passage doit n'en retenir qu'une, il pointerait à coup sûr la richesse du patrimoine historique. Une fois passée l'ivresse du voyage, les images qui persistent sont celles de ces châteaux, de ces palais, de ces citadelles de pierre, qui de loin en loin se dressent, peuplées de soeurs Anne qui ne voient rien venir, la faute au soleil aveuglant et à ces routes qui poudroient.

C'est que les chemins de transhumance ont changé au cours des siècles. L'homme moderne préfère les routes qui conduisent aux `playas´, loin de cette province rurale où les moutons sont rois et le Tage, un sauveur. Mais ce n'a pas toujours été le cas. Les Romains d'abord, les Maures ensuite se sont établis durablement dans le coin, lien entre l'Andalousie et les provinces intérieures de la fière Espagne.

Dans chaque ville se cachent des trésors patrimoniaux transformant leur visite en leçon d'histoire ainsi qu'en plaisir des yeux. Inlassablement défilent ruelles étroites, vestiges romains, vieilles mosquées, constructions wisigothes, palais et châteaux où Charles-Quint venait se reposer, voire s'établir quelque temps à la fin de sa vie.

Point de départ: Caceres, la ville aux cigognes. Capitale de la province, deuxième ville la plus peuplée d'Extremadure, elle est classée comme Patrimoine mondial de l'humanité depuis 1986. Dans le dédale de la vieille ville, chaque maison, chaque église mérite le coup d'oeil.

Au XIIIe siècle, une fois la ville reprise définitivement aux musulmans, les aristocrates du Nord du pays y descendent construire leurs palais et maisons résidentielles qui auront à souffrir des punitions infligées par les armées d'Isabelle de Castille qui rencontrera là un foyer de résistance sur la voie de son couronnement royal.

C'est au XVIe siècle que la ville atteint son plein développement artistique et culturel. La plupart des bâtiments historiques datent donc de cette époque, mélangeant art de la Renaissance et habitudes guerrières, telles les tours de guet. Et les places qui accompagnent les églises, telles celle de la Preciosa Sangre, offrent parfois un peu d'ombre où s'humidifier le palais et observer les nombreuses cigognes dont l'incessant ballet aérien égaye l'azur. En dessous de la vieille ville, le quartier juif et ses blanches maisons est un autre endroit propice à la flânerie.

PIZARRO ET COMPAGNIE

Merida et son patrimoine romain ou Guadalupe et son monastère classé Patrimoine de l'humanité sont d'autres lieux à visiter mais le point incontournable est sans doute la ville de Trujillo. En plein axe Madrid-Lisbonne, à quelques kilomètres des villes de Caceres et Merida, l'emplacement est stratégique. Les Romains et les Maures ne s'y tromperont pas. Mais Trujillo, et sa belle muraille, est surtout connue pour être la patrie de Francisco Pizzaro, qui découvrira le Pérou pour la couronne espagnole, et d'autres nobles, qui du Chili à la Californie, partiront à la conquête du Nouveau Continent, ouvrant une des pages les plus sanglantes de l'histoire espagnole. Un point de vue quelque peu occulté lors de la visite du musée consacrée à la `conquista´. À propos de célébrités locales: à l'office du tourisme, demandez à vous faire accompagner par Suzy, alias Josiane Polart, une Belge installée sur place qui maîtrise l'art de la visite guidée à la perfection.Une fois rassasié d'histoires et de conquêtes, l'Extremadure réserve d'autres surprises. Tel le musée Vostell (Museo Vostell Malpartida). Du nom de l'artiste his

pano-allemand, figure de l'art contemporain, initiateur du mouvement Fluxus, installé dans cette province depuis 1974.

C'est à la vue de `Los Barruecos´, une barrière de granit bordée d'un étang qu'il décida de s'établir dans cet endroit `travail de l'art de la nature´. Avec son espèce de minaret, dont le corps est constitué du fuselage d'un avion de chasse Mig-21 entrecoupé d'autos, dépassant de l'horizon, le musée est un rendez-vous où l'étrange croise le bizarre. Une petite partie y est même consacrée à l'histoire de l'élevage des moutons, activité fort répandue dans la région.

Et après s'être ébahi devant ces murs de motos crachant l'air d'un opéra de Wagner (une idée de Dali dans les années '20), ces voitures transformées en lave-vaisselle, ces écrans télé colorés, tout est prévu: la visite se termine par une pause devant le réservoir d'eau où tout n'est que calme, volupté et chants d'oiseaux.

© La Libre Belgique 2002

© La Libre Belgique 2002


Trajet. Le plus simple reste de prendre un vol pour Madrid et d'ensuite louer un véhicule. L'autoroute Madrid-Lisbonne passe à proximité de Trujillo - d'où une grande route mène à Caceres - et de Merida. Climat. Le climat est fort chaud et sec sauf dans la région septentrionale de la Vera, où la neige est visible sur les hauteurs jusqu'à la fin du printemps. En hiver, les températures restent clémentes. Avec l'automne et le début du printemps, ce sont donc les meilleures périodes pour les allergiques aux grosses chaleurs. Gastronomie. Terre rurale, l'Extremadure est un plaisir pour le palais. Outre les incontournables tapas, n'hésitez pas à goûter aux calderetas, plats de mouton rôti ou en ragoût, aux cardincha d'épaule d'agneau, aux oeufs brouillés aux asperges sauvages, aux migas, à base de mie de pain trempée dans le lait et frite, des landrillas de veau. Fromages de brebis, jambons ibériques, gaspacho, pâtisseries... sont également au menu. © La Libre Belgique 2002