Au carnaval des arômes

Tout commence, pourquoi pas, dans l'antre feutrée du bar. Un espace aux charmes `lounge´ qui porte, de même que le restaurant attenant à l'hôtel Manos Ier, le doux nom de Kolya. Teintes foncées, lumière tamisée, moquette insonorisante et salons moelleux: tout semble fait pour anesthésier les sens du visiteur avant qu'ils ne soient happés par de rocambolesques aventures gastronomiques.

Vincent Braun

Tout commence, pourquoi pas, dans l'antre feutrée du bar. Un espace aux charmes `lounge´ qui porte, de même que le restaurant attenant à l'hôtel Manos Ier, le doux nom de Kolya. Teintes foncées, lumière tamisée, moquette insonorisante et salons moelleux: tout semble fait pour anesthésier les sens du visiteur avant qu'ils ne soient happés par de rocambolesques aventures gastronomiques. L'esprit sagace peut le relever: la configuration, tout en longueur du lieu, donne la curieuse impression de patienter dans une antichambre aux allures de vestibule d'un mystérieux palais des délices - à moins que ce ne soient les délices du palais.

Un lieu que l'on gagne en longeant la terrasse, déjà bien obscurcie en cette fin d'été, où les abats jours rougeoyants des lampes de table s'appliquent à rasséréner les estomacs soucieux de manger aussi avec leurs yeux. En journée, l'imposante verrière de la salle inonde les assiettes d'une lumière abondante. Pour l'heure nous nous contenterons de lustres aux mille feux et de leurs ardents bulbes orangés, sorte de noix de coco incandescentes.

Autant y voir clair puisque les plats livrent un beau spectacle visuel en préambule à l'expérience gustative. La cuisine française de la maison relevée de saveurs du Sud, comme le veut le slogan des lieux, distille ses associations surprenantes et sa finesse de réalisation au gré d'une carte unique - un menu existe mais pour les groupes. Pour commencer, comme nous y invite le petit livret, notre choix se porte successivement, entre autres, sur les ravioles de homard canadien curry léger et coriandre, la terrine maison de foie gras d'oie piqué de coeurs d'artichauts, les gambas grillées et méli-mélo de papaye à la menthe, le carpaccio de boeuf et truffes fraîches.

Ce carnaval d'arômes suggérés à cette simple lecture reprend de plus belle au moment de poursuivre, tant `Du côté de la mer´ (tajine de barbue aux citrons et olives; steak d'espadon grillé huile d'olive vierge et ses ravioles au lentin de chêne; pavé de thon rouge en tapenade d'olivettes noires mariné de caviar d'aubergines et tomates siciliennes...) que `Du côté de la terre´ (jarret d'agneau `Casablanca´ confit au miel d'acacia avec ses pruneaux, ses amandes et son sésame, rôti de magret de canard aux cinq baies caramélisé et parfumé à la cannelle...). Sans oublier les salades.

Quant au personnel, pas guindé pour un sou, il fait rapidement oublier que l'on se trouve dans l'enceinte, tranquille mais un tantinet figée, de l'un des rares cinq étoiles de la capitale... À ce propos, l'endroit est loin d'être hors de prix mais à plus de 50 € le couvert (dessert et vin compris), il peut être recommandé de se faire inviter.

© La Libre Belgique 2002


106 chaussée de Charleroi, 1060 Bruxelles. tél. 02.533.18.30.