Essaouira, perle rare

Perle de l'Atlantique´, fredonnent les guides touristiques. Perle rare assurément. Essaouira - Swira pour les intimes - est un petit miracle de paix et de blancheur, campé sur la côte marocaine entre Casablanca et Agadir.

Essaouira, perle rare
©D.R.
Pierre Loppe

P erle de l'Atlantique´, fredonnent les guides touristiques. Perle rare assurément. Essaouira - Swira pour les intimes - est un petit miracle de paix et de blancheur, campé sur la côte marocaine entre Casablanca et Agadir. Loin de l'atmosphère enfiévrée des Villes impériales, à l'écart des principaux circuits touristiques, elle échappe (pour l'instant) à la déferlante saisonnière qui dénature tant de lieux d'exception.

Essaouira en est un, cela ne fait aucun doute. Aux portes du désert et du Grand Sud, l'ancienne Mogador des marins portugais est unique en son genre. Port stratégique, découvert par les Carthaginois, occupé par les Romains, reconstruit et fortifié à la Vauban au XVIIe siècle, Essaouira - littéralement ` la bien dessinée ´ - a traversé les siècles, souveraine et élégante. Ses murailles, ses tours et ses canons rappellent la ville française de La Rochelle, sa soeur `jumelle´, qui s'ouvre sur la gracieuse île de Ré. Son archipel formé des îles Purpuraires et d'îlots multiples offre un écosystème incomparable. C'est le paradis des oiseaux (mouettes, goélands) qui tournoient à hauteur d'homme quand les bateaux de pêche rentrent débordants au port.

Ses minarets altiers, sa médina grouillante, son souk coloré, ses parfums subtils, sa cuisine régionale savoureuse, son melting-pot culturel en font une destination de tout premier choix. Caractéristique par son architecture, Swira l'est aussi par son climat. Balayée par les vents alizés qui soufflent une bonne partie de l'année, elle connaît en saison une température idéale, proche de 20 à 25 degrés. Il paraît qu'il y fait toujours beau. N'y tombe-t-il pas moins de 300 millimètres de pluie par an? Au propre comme au figuré, Essaouira est une ville cosmopolite `dans le vent´. Battue par les vagues lors des grandes marées, pour le bonheur des surfeurs et des plongeurs qui s'y donnent rendez-vous, elle a été le point de ralliement des hippies à l'époque où Jimi Hendrix, influencé par les Gnaouas qui y tiennent festival, y a séjourné, comme les tout aussi mythiques Rolling Stones et Crosby, Still, Nash and Young. Orson Welles est venu y tourner `Othello´. La tradition artistique de la ville, qui abrite plusieurs écoles de peinture et galeries, est légendaire.

Inscrite au patrimoine de l'humanité par les instances de l'Unesco, Essaouira entretient jalousement sa spécificité, empreinte de magie et de mystère. Pas question d'y construire impunément ni de défigurer le lieu. Les autorités de la ville imposent des règles urbanistiques strictes et pourchassent les contrevenants du béton. A Essaouira règne l'harmonie, en dépit de la frénésie spéculative qui a fait flamber, ici comme ailleurs, le prix des ryads. En contraste, les habitants les moins aisés, qui ne sont ni pêcheurs ni commerçants, exercent mille et un petits métiers. Le sourire des enfants, vendeurs de pâtisseries, cireurs ou matelots d'occasion, ne réussit pas toujours à dissimuler leur état de besoin. Les moins chanceux dorment dans les filets ou à même les pavés de la place Moulay-el-Hassan.

Décrite par ses adeptes comme un modèle de convivialité, de tolérance, de coexistence entre communautés, Essaouira est une cité hospitalière. Outre un quartier juif et une synagogue, on y trouve aussi... une église catholique où officie un prêtre pittoresque, originaire du nord de la France. L'atmosphère générale est bon enfant, l'accueil est d'une sérénité touchante, les pressions mercantiles restent contenues. A Swira, il est encore possible de manger des sardines grillées à la table des habitants, de siroter un thé à la menthe pour 1 dirham (10 cents) et de dénicher une poterie, une lanterne, de l'huile d'arganier ou un coffret en thuya chez l'artisan.Pas la moindre trace de `faux guides´ dans la cité piétonne: un vrai miracle!Essaouira doit une grande partie de son charme au développement limité de ses infrastructures touristiques. Négligée par bon nombre de tour-opérateurs, mal desservie côté transports, elle savoure son bonheur et préserve son identité à la grande joie d'une poignée de touristes privilégiés qui jouissent de points de chute de qualité. Les hôtels, ici, ne poussent pas comme des champignons. Ils s'intègrent le long du littoral. Le tourisme de masse n'accoste pas. Cela durera-t-il? On ose l'espérer. Pour les Souiris d'abord. Car cette merveilleuse cité doit tout à ses habitants qui ont eu l'intelligence de la protéger depuis des siècles...

© La Libre Belgique 2002


Carnet de voyage Y aller. L'aéroport d'Essaouira n'accueille (pour l'instant) que les vols intérieurs. Le vol direct en provenance de Paris a été supprimé après six mois pour cause de non-rentabilité. Solutions: la route en provenance d'Agadir (175 km le long du littoral) ou le transit aérien via Casablanca et Marrakech. Variante: la route à travers le désert en voiture de location ou en bus (pittoresque mais ardue...). Le climat. Doux et tempéré. 25 degrés en juillet-août. Vents alizés quasi constants. Bonnes adresses. Restos sympas, maisons d'hôte et hôtels étoilés, sans luxe tapageur. Les incontournables. Le port, les îles et la réserve (sur autorisation), la casbah, la médina, le souk, les remparts, le bar Orson Welles à l'hôtel des îles, la plage, le festival de musique Gnaoua (en juin), le thé à la menthe, le Guerrouane gris, etc. Infos. Office du tourisme marocain à Bruxelles, avenue Louise 402, 1050 Bruxelles, tél. 02.646.63.20 et une myriade de sites dont l'`officiel´ de la ville www.mogador-essaouira.com, baptisé `Essaouira la belle ensorceleuse´...

Sur le même sujet