Podlasie, poumons verts de l'Europe

A l'ombre de l'Union européenne - à laquelle le pays devrait adhérer l'an prochain -, la Pologne aux grands espaces rêve de rivaliser en beauté, en diversité et en exotisme avec les innombrables régions touristiques et terres de vacance des quinze Etats membres.

Podlasie, poumons verts de l'Europe
©PEJZAZ SUWALSKI
RÉGINE KERZMANN

REPORTAGE

A l'ombre de l'Union européenne - à laquelle le pays devrait adhérer l'an prochain -, la Pologne aux grands espaces rêve de rivaliser en beauté, en diversité et en exotisme avec les innombrables régions touristiques et terres de vacance des quinze Etats membres. En bordure de la frontière lituanienne et biélorusse, au nord-est de Varsovie, la voïvodie (région en polonais) de Podlasie, consacrée poumon vert de la Pologne par l'Unesco, aspire au tourisme flâneur en quête de réel repos, de balades, de faune et de flore épurées de toutes frasques citadines. Plaines majestueuses, parcs nationaux, réserves naturelles luxuriantes et protégées, la Podlasie apparaît à chaque tournant, paisible et délicate, un repère, hélas, méconnu pour les amoureux de nature, de grand air, de véritable tranquillité. Située à moins de 2000 km de chez nous, il serait dommage de ne pas goûter une fois au moins aux bienfaits des mille couleurs de cette région et au sourire timide de ses habitants.

DU VERT À PERTE DE VUE

En avion, deux heures de vol suffiront avant d'atteindre la capitale polonaise, Varsovie. En train ou en bus, trois heures sépareront encore le touriste du coeur de la Podlasie ou Podlaskie, comme on dit ici. En parcourant les routes et chemins parfois cahoteux menant à la région la plus verdoyante du pays, le visiteur ne manquera pas de se souvenir avec indulgence que la Pologne fut un demi-siècle durant prisonnière du communisme et que le tourisme en tant que tel n'a que dix ans d'âge. Et, il n'est en Podlasie, qu'à ses balbutiements même si les Polonais mettent leur meilleure volonté au service des touristes de l'Ouest. `La plus belle saison pour nous rendre visite est le printemps, nos paysages sont magnifiques´, confie simplement Marta Rosner, du bureau de l'Office du tourisme polonais. `Mais l'automne n'est pas mal non plus, chasseurs et pêcheurs y trouvent leur compte, c'est le paradis pour eux! ´, poursuit-elle. Et on ne peut que lui donner raison.

TERRE MULTICULTURELLE

A quelques kilomètres au nord de la capitale régionale Bialystok, agréable petite ville de province où les nuits sont parfois aussi longues que les jours - les Polonais sont friands de sorties en discothèque -, la rivière Biebrza dans la vallée du même nom est réputée par les pêcheurs du coin ou ceux originaires de Lituanie, d'Allemagne, d'Ukraine ou de Biélorussie. Propre et naturelle, elle accueille également l'été les descentes pittoresques en canoë-kayak. Quant aux forêts, elles abondent en sangliers, cerfs, élans, chevreuils et faisans. Les chasseurs éprouvent un plaisir tout particulier à perpétrer leur art - pour autant que l'on considère la chasse comme un art - dans la Forêt Vierge de Bialowieza (ou Bialowieski), le long de la frontière biélorusse. C'est sur ces mêmes terres que chassaient autrefois les éminents rois de Pologne et autre grands tsars voisins.

Les confins de Pologne, et la Podlasie particulièrement, représentent une plaque tournante des cultures et des religions différentes. Il n'est pas rare, qu'au détour d'un chemin en direction du Parc national de Bialowieza (ou Bialowieski), ou du village de Tykocin, de croiser une mosquée musulmane, une synagogue à deux pas d'une église. A Tykocin, l'église et la synagogue sont presque voisines. Aujourd'hui, seule l'église demeure active, la synagogue est devenue un surprenant musée rendant hommage aux disparus de la Seconde Guerre mondiale. Sur la route de Bialystok, une charmante musulmane est employée afin de rendre vie au lieu sacré en posant pour les photographes de passage devant la plus petite mosquée de la région.

La visite de la capitale régionale semble obligatoire. Créée au XVIe siècle, cette ville - la plus importante du nord-est polonais - connut un essor important au XIXe siècle en tant que centre de l'industrie de textile. En 1920, durant la guerre russo-polonaise, les Bolcheviques occupèrent le Palais Branicki, ancien fief des seigneurs locaux. De style baroque, aussi connu sous le nom de `Versailles de Podlasie´, cet édifice est aujourd'hui le siège de la réputée Académie de médecine. Bialystok symbolise à elle seule le métissage religieux de la région où l'on parle autant le russe que le polonais. Ainsi, le classicisme de la cathédrale grecque orthodoxe St-Nicolas du XVIe siècle contraste avec l'église catholique St-Roch élevée en 1930 et dont le clocher atteint les 81 mètres.

Pour celui qui ne s'est jamais rendu en Pologne, les parfums de Podlasie sont parmi les plus authentiques que l'on puisse respirer. En plein développement touristique, la Podlasie tente de faire valoir ses richesses en conservant ses maisons de bois, au charme innocent, ses façades fleuries, ses terres sauvages où ruminent ci et là encore de petits troupeaux de bovidés harnachés de leur ornement traditionnel comme s'ils étaient à la fête. En dehors du semblant d'agitation de la capitale régionale, le calme et les plaines verdoyantes comblent tous les espaces. Les randonnées équestres ou à vélo sont de plus en plus souvent proposées au départ des hôtels élevés récemment, en autres, aux abords de la Forêt Vierge de Bielowieza. De nombreux itinéraires favorisent la découverte des chemins, mais soyez attentifs. Les panneaux de signalisation ne sont pas encore chose courante et n'indiquent en plus les directions qu'en polonais!

Rassasié dans l'un des restaurants ou maison d'hôtes de charcuteries goûteuses et de thé froid ou de vin - seulement en restaurant, le breuvage sacré coûte encore cher aux Polonais -, le touriste pourra se rendre le dimanche à une brocante ou marché mis sur pied et animé de musiques traditionnelles biélorusses. On y brade l'attirail communiste: des affiches de Lénine aux uniformes de l'armée. `Chez Volodia´, un café de Hajnowka, dans la banlieue de Bialowieza, sud-est de la Podlasie, le patron a dédié son établissement à la gloire perdue de Lénine et des Bolcheviques. On y boit, on y rit, on s'y moque gentiment de l'ex-URSS. L'Histoire est surprenante. La Podlasie aussi.

© La Libre Belgique 2003


Carnet de voyage Y aller. Des départs sont possibles chaque jour de Bruxelles à Varsovie. Comptez au minimum 180 euros pour l'avion. Sur place, le train ou le bus sont les deux possibilités pour se rendre à Bialystok. Se renseigner au bureau d'accueil de l'aéroport. Info. Office polonais du tourisme, boulevard Louis Schmidt, 119, 1040 Bruxelles. Tél.: 02.740.06.20, e-mail: info@polska-be.com pour tous renseignements et documentation concernant les hôtels et les itinérairesà découvrir sur place. Bureau de Maréchal de la Voïvodie Podlasie, 15-281, Bialystok, ul. Legionowa 28. Tél.: 00.48.85.748.51.62, contacter l'agent francophone Ewa Konopka. Elle vous conseillera et vous aidera à découvrir la Podlasie. Argent. Ce n'est, hélas, pas l'euro que l'on utilise en Pologne; perpétuant l'avant-goût du voyage, les Polonais usent du szloti. Les euros peuvent être échangés dès l'arrivée à l'aéroport. Astuce. En dehors du russe, les Polonais pratiquent peu les langues étrangères. Cependant, les guides parlent anglais. Il serait utile de manier un peu la langue de Shakespeare, ou alors mettez-vous au polonais, pourquoi pas?