Le GR 20: au coeur d'un mythe accessible

Le GR 20 ? Un mythe, même pour le plus averti des randonneurs... G, comme grande. R, comme randonnée. 20, parce qu'il faut bien la différencier des autres... À ce niveau, les avis des plus érudits sont quasi unanimes, ce qui distingue le sentier corse des autres, c'est sa difficulté. Le plus exigeant d'Europe? Certainement le plus célèbre et probablement l'un de plus beaux.

Le GR 20: au coeur d'un mythe accessible
©PHILIPPE LALOUX
NICOLAS ROELENS

REPORTAGE

Le GR 20 ? Un mythe, même pour le plus averti des randonneurs... G, comme grande. R, comme randonnée. 20, parce qu'il faut bien la différencier des autres... À ce niveau, les avis des plus érudits sont quasi unanimes, ce qui distingue le sentier corse des autres, c'est sa difficulté. Le plus exigeant d'Europe? Certainement le plus célèbre et probablement l'un de plus beaux. Créé en 1970 par un groupe de pionniers souhaitant proposer une traversée de la Corse par la ligne de partage des eaux, il n'a depuis lors cessé de faire rêver les marcheurs en mal d'effort et de plaisir, de montagne et de grands espaces, de tranquillité et de vertige.

Le GR 20 est un mythe, mais un mythe accessible. Pour ce faire, une condition physique de base est cependant plus que nécessaire: les chiffres, sans pitié, rappellent que plus de la moitié des marcheurs qui souhaite relever le défi ne vient à bout du tracé corse. La raison en est simple: outre l'important dénivelé qui les caractérise, les 200 km de chemin montagneux qui séparent Calenzana de Conca ne proposent que de rares ravitaillements. Seuls les refuges le permettent, mais ils sont chacun éloignés de plusieurs heures de longue marche. Le sentier ne croise que trois hameaux: Haut-Asco, Vizzavona et Bavella. Pour le reste, les villages que l'on aperçoit tout au long du parcours, loin dans la vallée, sont des objectifs que peu se résolvent à atteindre: chaque détour de la sorte coûtera au moins une demi-journée d'effort supplémentaire.

La conséquence en est toute simple: dès le départ, rien ne sera oublié dans les sacs à dos. Cette autonomie a un prix: le poids ! Chaque aliment lyophilisé, chaque vêtement et chaque affaire de camping seront autant d'éléments pesants à monter au sommet des crêtes. Les plus organisés arrivent à limiter leur baluchon à 12 ou 13 kilos. Las, il s'agira plus souvent de 17 ou 18...

Mais qu'importe la souffrance, le bonheur est à la hauteur pour tout qui passe au-dessus de ces difficultés. La Corse n'est pas île de beauté pour rien: du nord au sud, le sentier regorge de merveilles. Chacune d'elle sera à mériter. Mais le plaisir est là, dans ce véritable voyage initiatique au coeur d'un monde à la beauté sauvage. Un environnement naturel préservé grâce à l'existence du parc naturel régional de Corse que le GR traverse de part en part. Le parc recouvre plus d'un tiers de l'île et participe plus que jamais à la protection de toutes les espèces animales et végétales présentes sur son territoire.

VUES À 360°

La plupart des marcheurs choisiront de découvrir ces merveilles en débutant du Nord, à Calenzana, petit bourg de Balagne connu principalement pour être le lieu de départ de la mythique randonnée. Le bon sens plaiderait pourtant en faveur du trajet sud-nord, permettant une meilleure adaptation de l'organisme à l'effort. Le tronçon sud, débutant à Conca est en effet plus progressif. À l'inverse, la première étape de la partie Nord correspond plus qu'à une mise en jambes. Elle confronte d'emblée les randonneurs aux rudes conditions du GR: une longue ascension conduit à franchir une succession de lignes de crête, pratiquement sans aucune descente en guise de répit. Le ton est donné.

Quelques centaines de balises rouges et blanches plus loin, après environ sept heures de marche apparaît enfin le refuge d'Ortu di u Piobbu. Il en sera de même presque tous les jours... Au gré des étapes, le paysage se fait de plus en plus montagneux, laissant découvrir des panoramas à 360 degrés, des lacs glaciaires splendides, coincé entre les cimes, et dont le bleu dénote avec les couleurs de la roche, parfois encore recouverte de névés. Sans oublier les pozzines, ces petites zones humides se présentant comme des prairies dont la couleur verte contraste avec l'univers minéral sombre qui l'entoure.

La nature est reine, le relief est roi, imposant de temps à autre des traversées vertigineuses via des ponts suspendus, imposant aussi des ascensions délicates comme celle laissant derrière soi le cirque de la Solitude, une impressionnante vallée qu'il faudra descendre et puis surtout remonter. Le varappeur prend alors le pas sur le marcheur puisque c'est à l'aide de chaînes fixées le long de la paroi rocheuse que le sommet sera atteint. Instant de court répit, les vasques de Golo, bassins aux eaux limpides dont profitent les randonneurs pour se baigner avant de reprendre la route vers d'autres pentes escarpées. Aux monts et aux roches succèdent ensuite les forêts de pins et les cascades d'eau; chaque paysage mérite un cliché, il est des moments où la beauté en devient presque banale. On n'oubliera pas d'être attentif à la faune du parc national: les rencontres fortuites avec les mouflons, cochons sauvages ou autres sangliers pimentent elles aussi la traversée du pays.

ENIVRANT

Vizzavona coupe le GR en deux, petit village disposant d'une gare ferroviaire et d'un hôtel, il est l'occasion pour les plus éreintés d'abandonner le parcours vers un farniente mérité ou éventuellement de s'arrêter un jour pour panser les plaies et faire passer les courbatures bien légitimes des neuf premiers jours d'effort. La partie Sud est un peu différente. La roche granitique a fait place aux alpages, la végétation y est souvent plus luxuriante et la chaleur omniprésente, les étapes y sont plus longues mais moins pentues. Les points d'eau sont rares, ce qui oblige parfois le randonneur à porter de l'eau en quantité suffisante pour s'hydrater une journée entière. D'autant plus que les difficultés ne manquent pas: la montée de l'Incudine (2134m), point culminant de la partie Sud et la variante alpine menant aux aiguilles de Bavella rappellent que s'ils proposent des points de vue incroyables, ils sont aussi des monts aux dénivelés impressionnants. De certaines crêtes, il est même possible d'apercevoir la mer des deux côtés de l'île. Enivrant.

Chaque soir, l'arrivée au bivouac ressemble à une délivrance. L'accueil y est le plus souvent à la hauteur des efforts fournis durant la journée. Quand l'occasion se présente, on n'hésitera pas à goûter la tambouille locale, préparée par le gardien du refuge. Celui-ci aura auparavant monté chacun de ses aliments à dos d'âne...

S'il est possible de doubler les étapes, la majorité des randonneurs qui arrivent à Conca, terminus du GR 20, le font en une quinzaine de jours. Loin, très loin du record du sentier, parcouru en... 37 heures par un sportif local! Qu'importe, aucun marcheur arrivé au bout du périple ne résistera à partager sa fierté d'être entré dans la légende du GR 20...

© La Libre Belgique 2003


Carnet de voyage Y ALLER. En avion depuis Bruxelles, avec arrivée à Ajaccio ou Bastia. Les billets descendent rarement sous les 300 euros. Luxair semble être le moins cher. Il existe aussi des vols charters en été pour environ 210 euros. En bateau à partir de Nice, Marseille ou Montpellier, ou à partir de Gênes où les tarifs sont souvent beaucoup plus bas. Ceux-ci varient fort en fonction de la saison et du modèle du véhicule. SUR PLACE. A moins de venir en voiture, il n'est pas facile de se déplacer en Corse. Le réseau d'autobus et de trains n'est pas optimal. Il est fortement conseillé de louer une voiture sur place. De nombreuses sociétés de location vous attendent aux aéroports. QUAND? La Corse est surpeuplée en juillet et août. Juin et septembre sont des périodes idéales. La remarque est la même pour le GR 20 : avant juin, certains passages du sentier sont encore enneigés et donc souvent impraticables. Il est à noter que les refuges n'ouvrent que de début juin à fin septembre. ACCUEIL. N'hésitez pas à signaler que vous êtes Belge (et Flamand de surcroît!), vous serez d'autant mieux et plus rapidement servis dans de nombreux endroits. MANGER. Ne résistez pas à la tentation de goûter le brocciu, fromage frais que l'on retrouve dans la plupart des plats corses, sucrés ou salés. Le saucisson corse (coppa) vaut également le détour. A tester : la Pietra, bière ambrée locale à base de châtaigne. GUIDES. Si la randonnée est l'objectif de votre séjour, achetez le Topo-guide du GR 20. Le Lonely Planet est également assez complet dans les randonnées proposées. Pour un regard plus culturel, préférez le Routard.