Namur, étape capitale

L’affiche se coupe en quatre visages de femmes, pour autant d’émotions différentes, qui font référence à la musique, à l’histoire, au théâtre ou encore aux visites guidées originales.

Jean-Marie Antoine
Namur, étape capitale
©Reporters

L’affiche se coupe en quatre visages de femmes, pour autant d’émotions différentes, qui font référence à la musique, à l’histoire, au théâtre ou encore aux visites guidées originales.

Dit autrement, ce sont les quatre principaux volets de ce programme d’animations organisé cet été sur le site de la citadelle de Namur, le vaste et stratégique éperon rocheux qui domine le confluent namurois de la Meuse et la Sambre.

On a démarré en force le week-end dernier avec la huitième édition des Médiévales, un événement qui rassemble plus de 500 artistes, groupes et compagnies, qui se retrouvent sur le site de Terra Nova, transformé pour la circonstance en un immense bourg médiéval avec ses artisans, ses paysans et ses soldats, sa chapelle, sa taverne et ses maisons où se jouent des saynètes de la vie quotidienne au Moyen-Age.

Un grand spectacle mobilisant 300 acteurs et figurants, d’une durée d’environ une heure, sera aussi proposé deux fois par jour sur le site. Totalement inédit, il a été mis au point par la Confrérie de la Malemort qui s’est inspirée des Tours de Bois Maury, la saga imaginée par Hermann, maître belge de la BD.

Une manière originale de rebondir sur cette année thématique consacrée, à Bruxelles et en Wallonie, à la bande dessinée. L’animation estivale de la citadelle ne se limite bien sûr pas aux Médiévales.

Ainsi, la Tour au Four située près du Château des Comtes, sur la strate médiévale, accueille chaque week-end les Compagnons de Brogne, soit des artistes et artisans en démonstration et illustrant différents thèmes comme la musique, la draperie, la gastronomie, l’art de la guerre ou encore la couleur au Moyen-Age.

Histoire toujours, mais en effectuant un solide bond dans le temps avec cette parade du Bataillon des Canaris programmée les 18 et 19 juillet, toujours sur le site de la citadelle.

Un mot d’explication s’impose : cette unité namuroise de la Révolution belge était composée de volontaires que l’on habilla simplement d’une vieille étoffe de couleur jaunâtre. Le surnom de Canaris était né. Mais l’histoire raconte que cela n’empêcha pas les Namurois de s’illustrer de belle manière en 1789.

Depuis près de quarante ans, le nouveau Bataillon des Canaris, très pacifique celui-là, perpétue le souvenir des illustres aînés en s’inscrivant comme l’un des principaux acteurs du folklore namurois. L’uniforme est très respectueux du passé : tricorne de feutre noir orné d’un plumet, gilet et culotte jaune, sabre à lame courte et fusil de chasseur agrémenté d’une baïonnette.

La parade fait notamment revivre l’ambiance d’un bivouac d’époque, avec ses logements, ses séances d’entraînement et de drill, sans oublier ses cantinières. Cette année, on pourra aussi voir et surtout entendre la nouvelle acquisition du Bataillon : l’Amusette liégeoise. Un petit canon monté sur un affût de brouette, qui était en usage dans l’armée belge comme un armement de soutien aux régiments d’infanterie.

Un dernier coup d’œil encore au programme estival de la citadelle pour pointer la venue de la troupe des Baladins du miroir, qui plantera son chapiteau sur l’esplanade du 13 au 22 août, et celle de la Compagnie des Chemins de Terre qui installera le 25 août son petit village de théâtre de rue à l’arrière de la caserne de Terra Nova pour proposer son spectacle La Caravane à fous.

On ne quittera pas la citadelle sans apprécier les magnifiques points de vue sur la vallée de la Meuse et sur la Sambre, bordée ici par les toits des vieux quartiers de la ville. Ce vieux Namur, justement, incite volontiers à la promenade. L’endroit vit au rythme de la place du Marché aux légumes, bordée de terrasses avenantes et dominée par la vaillante église Saint-Jean, point de ralliement des vrais Namurois lors de l’incontournable lundi des fêtes de Wallonie.

C’est ici aussi que se trouve le plus vieux café de Namur, le fameux Ratintot. A deux pas, le Piano-bar est l’un des lieux de perdition nocturne préféré des Namurois qui ont envie de s’enivrer aussi de musique de jazz.

Dans un quadrilatère délimité par la Sambre, la rue de l’Ange, celle de Bruxelles et la place Saint-Aubain, on se perdra avec plaisir dans les petites rues piétonnières. La Maison de la poésie est à deux pas, de même que le musée Groesbeeck-de-Croix qui présente de riches collections d’une maison patricienne du XVIIIe siècle.

La façade baroque et l’intérieur de la superbe église Saint-Loup méritent aussi toute votre attention. C’est rue Fumal que se trouve le remarquable musée consacré à Félicien Rops. Car Namur, l’ancienne puritaine, a eu la bonne idée de réadopter définitivement cet enfant terrible, né dans ses murs en 1833, et très peu fréquentable à son époque. C’est que le peintre et dessinateur, parisien d’adoption, ami de Baudelaire et créateur de la Société internationale des aquafortistes, imposera vite un nouveau regard, ironique, amer et cruel.

Il inventera une imagerie fantasmagorique, subversive, perverse, voire même morbide. Il ouvrira sans retenue les portes de l’imaginaire, du symbolisme et surtout de l’érotisme sulfureux, célébrant les femmes aux mœurs libres, celles qui intriguent et fascinent, les sataniques et les diaboliques. Et deviendra, sans doute malgré lui, l’artiste namurois le plus célèbre.

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