Thuin, de haut et de bas

Entre Erquelinnes et Charleroi en passant par Thuin, le long de la haute Sambre, l’ancien chemin de halage est devenu sur une petite quarantaine de kilomètres un beau circuit de balades à pied ou à vélo, qui se prolonge côté français par une vingtaine de kilomètres de piste cyclable.

Jean-Marie Antoine
Thuin, de haut et de bas
©TTLAGENCY

Commençons par le haut, et ce magnifique beffroi, sorte de phare incontournable, qui symbolise aussi la ville de Thuin. L’impressionnant bâtiment, construit de lourdes pierres, a bénéficié il y a quelques années d’une remarquable restauration qui en fait maintenant une attraction touristique incontournable. Bref, la visite s’impose, après un petit passage à l’office du tourisme voisin. Optez franchement pour l’audioguide, complément indispensable du petit film racontant les étapes de la restauration et des panneaux didactiques détaillant l’histoire de ce monument érigé au XVII e siècle à des fins à la fois religieuses et civiles.

En route pour la grimpette. Le niveau 3 abrite l’horloge qui réglait les mécanismes des heures et des demies. Niveau 4 : deux cloches de belle taille y ont trouvé refuge, rescapées de la Révolution française, puis des réquisitions allemandes. L’ascension prend des allures d’escalade pour admirer ensuite le carillon et enfin, tout au-dessus, à soixante mètres de haut, les différents points de vue sur la cité et la campagne environnante. Voici la vallée de la Biesmelle, au sud, et celle de la Sambre, côté nord.

Ville haute toujours, versant sud. La promenade à la découverte des jardins suspendus est, elle aussi, incontournable. Un circuit didactique permet de mieux apprécier ce patrimoine paysager unique en son genre. Répartis sur différents niveaux, les espaces de verdure sont entourés de moellons de grès et sont liés très étroitement à l’histoire des fortifications de la ville. À l’origine, ils servaient de potager, tout en protégeant les pentes escarpées de l’érosion. Ces jardins sont toujours séparés par des venelles pavées accessibles côté enceinte par des postys, à savoir ces anciennes portes de la ville qui se refermaient à double tour en cas de danger.

L’ensoleillement exceptionnel et la chaleur emmagasinée par les murs de moellons créent une sorte de microclimat qui autorise la culture d’espèces plutôt rares dans nos régions comme les figuiers, kiwis et autre ginkgos. Dans cet endroit qui est depuis plus de trente ans un site classé par la Communauté française, on a aussi planté en 2001 un petit vignoble d’une dizaine d’ares, baptisé Le Clos des Zouaves. Il produit un vin rouge fort correct qui bénéficie de la très sérieuse AOC (appellation d’origine contrôlée) Côtes de Sambre et Meuse.

En route vers la ville basse . C’est ici que se déploient les commerces, mais aussi l’univers de la batellerie que l’on met maintenant en avant, côté tourisme. Il s’agit en quelque sorte d’un juste retour des choses puisque le monde de la batellerie est étroitement associé à la cité thudinienne. Savez-vous qu’au début du XX e siècle, on dénombrait ici plus de 1100 chefs bateliers, pour une population totale qui se chiffrait alors à 5 000 habitants ? Ajoutez encore cinq chantiers navals et des compagnies de remorquage et d’assurance et vous comprendrez que la batellerie occupait à cette é poque une bonne partie de la population active.

Pour replonger dans l’ambiance de ce passé proche, on visitera l’écomusée installé dans la péniche Thudo, un bateau transformé en gardien de la mémoire de cette importante page d’histoire locale. Les pièces, documents et objets exposés ont été rassemblés par des anciens bateliers. Une fois la visite terminée, n’hésitez pas à prendre l’ambiance dans le quartier voisin du Rivage (ou du Foussin), où les bateliers sont ici chez eux. L’endroit, très pittoresque, doit son charme aux rangées de petites maisons s’alignant le long de rues étroites. Malheureusement, le très pittoresque café du Rivage a fermé ses portes il y a une bonne année et la mairie de la petite république des mariniers est maintenant très officiellement installée au café Saint Roch, au pied des remparts nord.

Une petite soif ? Côté bière régionale, on optera logiquement pour une des bières de l’Abbaye d’Aulne (dites ADA) qui disposent depuis 2005 du label Bière d’Abbaye Reconnue. Voici donc la brune et la blonde titrant 6 ou 8 degrés, la Blanche de Charleroi ou encore la Chérie qui joue, elle, la carte des cerises. A partir d’octobre et jusque fin janvier, on commercialise aussi la fameuse Ada super Noël affichant 9 degrés et se déclinant en bouteille de 75 cl

Deux autres points de chute encore, à quelques kilomètres de Thuin. Cap tout d’abord vers le sud pour admirer le château du Fosteau, lourd vaisseau solidement ancré dans la campagne de Thudinie. Il est fait d’un premier niveau en moellons, puis d’un second en briques roses. Il dresse toujours ses quatre imposantes tours qui témoignent de sa vocation défensive originelle. Les différentes constructions, qui s’échelonnent du XIVe au XIXe siècles, s’articulent autour d’une cour polygonale fortifiée. L’intérieur est surtout remarquable par la salle gothique des Chevaliers, l’une des plus belles de Belgique. Plus surprenant : le corps de logis abrite le Petit Musée vivant de la pharmacie, constitué principalement par les meubles et objets d’une officine datant de la fin du XIXe siècle.

Retour vers la Sambre ensuite et ce méandre où se love un écrin de verdure abritant les impressionnants et somptueux vestiges de l’abbaye d’Aulne, qui aurait été fondée ici au VII e siècle. La visite s’effectue à l’aide d’un audioguide et on se promène aussi dans un jardin paysager didactique.

La Sambre à vélo

Entre Erquelinnes et Charleroi en passant par Thuin, le long de la haute Sambre, l’ancien chemin de halage est devenu sur une petite quarantaine de kilomètres un beau circuit de balades à pied ou à vélo, qui se prolonge côté français par une vingtaine de kilomètres de piste cyclable. Le parcours belge côtoie une vaste mosaïque de milieux humides formant la réserve naturelle de la Haute Sambre.

Plans d’eaux ceinturés de roselières, prairies humides à reine-des-prés, jonchaies, lambeaux de forêts marécageuses

Le paysage est surprenant et les amoureux d’ornithologie peuvent observer ici de nombreuses espèces dont le Râle d’eau, la bécassine des marais ou encore le magnifique Gorge bleue à miroir blanc. La promenade est aussi rythmée par une série d’écluses pittoresques, calibrées sur la taille des péniches qui étaient construites autrefois dans divers chantiers navals de la région.

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