Floreffe, là où le temps s'arrête

C'est déjà la campagne, à quelques encablures de Namur, en direction de Charleroi, aux confins de la Basse-Sambre et à l'orée de la mythique forêt de Marlagne.

Jean-Marie Antoine
Floreffe, là où le temps s'arrête
©D.R.

C'est déjà la campagne, à quelques encablures de Namur, en direction de Charleroi, aux confins de la Basse-Sambre et à l'orée de la mythique forêt de Marlagne.

De Floreffe, on dira vite que c'est une commune aussi paisible que les méandres de la Sambre qui s'y tortillent langoureusement. La carte postale est jolie, surtout quand on longe le cours d'eau du côté de Franière. Mais lorsqu'on arrive au niveau du village même de Floreffe, le regard se porte automatiquement vers le haut pour admirer les sévères et puissants bâtiments de l'abbaye, qui couronnent un promontoire rocheux dominant la vallée.

Fondée en 1121 par saint Norbert, l'abbaye de Floreffe, la troisième fondation et la première dans notre pays de l'ordre des Prémontrés, a longtemps bénéficié du soutien des comtes de Namur et a ainsi connu une importante renommée, étant considérée comme l'un des plus riches et plus influents monastères des anciens Pays-Bas et du Nord de la France. Pour retrouver les témoins les plus prestigieux des débuts de cette période illustre, il faudra notamment vous rendre au Louvre où se trouve un polyptyque de la deuxième moitié du XIIIe siècle en forme de pièce d'orfèvrerie destinée à abriter la relique de la Croix. Quant à la Bible de Floreffe, datée de la deuxième moitié du XIIe siècle et véritable monument de la miniature mosane, elle se trouve au British Museum de Londres.

Fermée et pillée lors de la Révolution française, l'abbaye de Floreffe a quand même échappé à la destruction et l'on peut donc encore découvrir le site tel que les derniers religieux du XVIIIe siècle nous l'ont légué. L'essentiel des constructions date des XVIIe et XVIIIe siècles, mais on peut aussi découvrir des traces et vestiges des époques romane, gothique et Renaissance.

autour d'une vaste cour d'honneur et est actuellement occupé par un collège d'enseignement secondaire, mais il se visite aussi. On y admirera notamment la Porte blanche qui donne accès à la rampe montant vers le site, le porche d'entrée datant de 1725, le quartier des cuisines, le quartier des hôtes et de la prélature, les écuries, le jardin suspendu et bien sûr l'Abbatiale dédiée à Notre-Dame et dont la tour est datée de 1563.

C'est ici que l'on peut admirer dans le chœur les 74 stalles en chêne, intactes et très bien conservées, qui font référence au niveau international. Le sculpteur namurois d'origine allemande Pierre Enderlin a mis seize ans, entre 1632 et 1648, pour réaliser ce chef-d'œuvre baroque du mobilier religieux. L'artiste y a individualisé chaque siège en y intégrant des personnages du Nouveau Testament, ainsi que des anges et des grotesques. Vous pouvez chercher longtemps : aucune sculpture n'est la copie conforme d'une autre. Un petit musée aménagé dans les annexes médiévales clôture la visite.

sans faire une halte, en contrebas, au moulin-brasserie. Déjà parce qu'il s'agit de contempler de près, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, cet exemple unique d'architecture civile du XIIIe siècle. Cette construction massive typique du Moyen-Âge a été construite par les religieux floreffois pour y moudre le grain destiné à la fabrication du pain et de la bière. Des recettes de bières sont d'ailleurs conservées dans des livres de comptes du XVe siècle. L'endroit a été aménagé en une taverne chaleureuse et en différentes salles de réception. On peut bien sûr y déguster et y acheter les produits de la maison.

voici le Floreffe Grand Ordinaire, à pâte mi-dure de type Saint-Paulin, qui perpétue la tradition des fromages élaborés depuis des siècles par les communautés monastiques. Et puis aussi le Floreffe bio (nature ou basilic) et le Floreffe Sélection, pâte dure type mimolette du Nord. Quant à la (bonne) bière de l'abbaye Floreffe, elle est brassée à Quenast, mais elle remplit les conditions nécessaires pour être certifiée "Bière Belge d'Abbaye Reconnue". La star locale est "La Meilleure", solide brune titrant 8,5°. La Triple est une blonde à 8,5° également, "La Double" une ambrée à 6,5°; la "Blanche" affiche 4,5° et la "Temps des Cerises" 3,5°.

Rassasié et rafraîchi, on s'en ira ensuite prendre le frais dans les caves du château néo-médiéval construit en 1860 par l'architecte et peintre Emile Henkinbrant. C'est lors de la construction de ce château que l'on a découvert ces fameuses grottes encore trop méconnues, mais qui figurent parmi les plus belles de Wallonie. La pierre calcaire a été creusée au fil des siècles pour se transformer en concrétions et colonnes, stalactites et stalagmites déclinant toutes les nuances de bleu, de rose, de noir et de blanc. Le site est maintenant la propriété d'une société qui développe ici et ailleurs en Wallonie des activités de loisir sportif destinées aux entreprises, mais la grotte est accessible pour les visites en famille et en petits groupes sur réservation (081/451231).

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