Au Centre, de la mine au canal

Un charbonnage. Avec la vie quotidienne de ses travailleurs, qu’ils soient mineurs de fond ou directeur. Une cité ouvrière bien organisée, construite au milieu du XIXe siècle, soit 166 maisons avec jardin inscrites dans un vaste trapèze, lui-même divisé en quatre quadrilatères séparés par deux axes en croix dont les noms évoquent les quatre points cardinaux.

Jean-Marie Antoine
Au Centre, de la mine au canal
©Reporters

Un charbonnage. Avec la vie quotidienne de ses travailleurs, qu’ils soient mineurs de fond ou directeur. Une cité ouvrière bien organisée, construite au milieu du XIXe siècle, soit 166 maisons avec jardin inscrites dans un vaste trapèze, lui-même divisé en quatre quadrilatères séparés par deux axes en croix dont les noms évoquent les quatre points cardinaux.

Ces habitations ont été construites en fonction du travail du chef de famille, en face de cette fosse où les mineurs descendaient à plus de 558 mètres sous terre. Le site totalise deux hectares. On y trouve aussi deux terrils, un réseau de voies ferroviaires, des ateliers, un hospice, une église, un hôpital, des écoles, le château du directeur et les villas des ingénieurs, mais aussi un café et la salle des fêtes attenante. Et aussi un ruisseau traversant le parc où siègent aussi un kiosque et des bureaux. Bref, un véritable microcosme, fusion du travail et de la vie privée, assurant une parfaite autonomie ou un isolement inquiétant à cette petite communauté ouvrière.

A Houdeng-Aimeries, à quelques kilomètres de La Louvière, l’ancien site minier du Bois-du-Luc est l’un des témoignages industriels les mieux préservés d’Europe. L’exploitation a démarré en 1685 et elle s’arrêtera en 1959. Le site fermera définitivement ses grilles en 1973. L’arrêt de la Société des Charbonnages de Bois-du-Luc correspond à la fin de l’aventure charbonnière dans le bassin dit du Centre, le nom de cette région socio-économique née de la Révolution industrielle et qui se trouve au milieu du sillon charbonnier s’étendant du Borinage au pays de Charleroi. Grâce à l’acharnement de quelques passionnés, le site échappera aux bulldozers et à l’oubli en devenant la propriété de la Région wallonne, qui le restaurera entre 1974 et 1983. Il est aujourd’hui classé Patrimoine Exceptionnel de Wallonie. L’endroit est maintenant occupé et géré par l’Ecomusée du Bois-du-Luc, chargé plus largement de la sauvegarde, la valorisation et la transmission de la mémoire industrielle de la région.

C’est ainsi, qu’outre la gestion et l’animation du site à des fins touristiques, l’Ecomusée a recueilli plus de 1 500 mètres d’archives de tous les secteurs industriels : charbonnages, entreprises de construction ferro- viaire, entreprises métallurgiques, verreries etc.

En route pour la visite, en forme de parcours-spectacle. On franchit donc les portes guillotines qui assuraient une fermeture rapide et hermétique des espaces de travail en cas de troubles sociaux. Voici l’austère bureau du Directeur, centre de décision, où l’on découvre un dispositif en forme d’ancêtre lointain des systèmes de télésurveillance.

Voilà la maison d’un mineur, réduite à l’espace minimum. En traversant la rue, la fosse Saint-Emmanuel, où tous les équipements ont été conservés, permet de comprendre toutes les étapes de la journée d’un mineur, depuis son arrivée à la lampisterie jusqu’à la remontée du fond. Au loin, deux petites montagnes sombres et boisées : les terrils Saint-Patrice et Saint-Emmanuel sont aussi des appels à l’escapade, pour bénéficier d’un point de vue imprenable sur un paysage post-industriel. Le canal du Centre historique a été tracé à la fin du XIXe siècle avec la mission de relier les bassins de l’Escaut et de la Meuse. Il fut associé à un système de quatre ascenseurs à bateau permettant de compenser un total de 70 mètres de dénivellation, et supprimer ainsi 16 écluses.

Classés au Patrimoine mondial de l’Unesco, ces ascenseurs hydrauliques sont les seuls au monde encore en activité et témoignent maintenant de l’étonnante vitalité de l’ingénierie hydraulique de cette époque. Car c’est l’eau, servant de contrepoids, qui fait fonctionner les ouvrages d’art selon le principe de la balance à plateaux. On peut visiter une salle des machines, ainsi que l’exposition permanente "La fabuleuse machine de l’ingénieur Clark" qui vous permettra de mieux comprendre l’histoire et le fonctionnement des ascenseurs hydrauliques de façon ludique (067.34.73.76). Situé à deux pas de l’ascenseur n°1, La Cantine des Italiens, ancien centre d’accueil aménagé en 1945, est maintenant un émouvant petit musée témoignant de l’immigration italienne.

La mise en réseau des voies navigables belges, au gabarit de 1 350 tonnes, a nécessité la mise en place d’un nouveau tronçon pour le canal du Centre et la construction d’un ascenseur pour bateau : l’ascenseur funiculaire de Strepy-Thieu est un ouvrage exceptionnel qui permet de racheter une dénivellation de 73,15 mètres et remplace ainsi, à lui seul, les quatre ascenseurs hydrauliques et les deux écluses du célèbre Canal du Centre historique. La visite permet de contempler une impressionnante salle des machines et un superbe panorama, ainsi que de regarder un film sur la construction et le fonctionnement de l’ascenseur. Un parcours-spectacle interactif, intitulé "Pays de Génies", retrace les moments forts de la création belge dans des domaines aussi variés que la B.D., la littérature, l’art, la musique, l’économie, les sciences Verhaeren, Spirou, Magritte, Roland de Lassus, le Baron Empain ou encore l’abbé Lemaître font ici (bonne) cause commune.

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