Villers et Nivelles, abbaye et collégiale

Le nom de Villers-la-Ville, paisible commune du Brabant wallon, est indissociablement lié aux ruines de cette fameuse abbaye qui a connu son apogée au XIII e siècle. C’était alors une des premières abbayes cisterciennes de Belgique, mais aussi une des plus importantes d’Europe occidentale.

Jean-Marie Antoine
Villers et Nivelles, abbaye et collégiale
©Jean-Luc Flémal

Le nom de Villers-la-Ville, paisible commune du Brabant wallon, est indissociablement lié aux ruines de cette fameuse abbaye qui a connu son apogée au XIII e siècle. C’était alors une des premières abbayes cisterciennes de Belgique, mais aussi une des plus importantes d’Europe occidentale.

Son histoire commence en 1146, lorsque, à l’invitation du seigneur de Marbais, un abbé, douze moines et cinq convers firent le voyage de Clairvaux à Villers pour y fonder une abbaye. Le lieu répond aux exigences de la règle de saint Benoît : situé au fond d’une vallée, il est suffisamment retiré du monde.

Il est aussi pourvu des ressources naturelles nécessaires pour y vivre en complète autarcie.

La Révolution française mettra fin à son histoire et les bâtiments seront vendus à des particuliers qui transformeront l’endroit en une vulgaire carrière. Mais les ruines majestueuses, intégrées dans un paysage boisé et sauvage, ont heureusement bénéficié dès la fin du XIXe siècle de mesures de protection et de restauration bienvenues. Ces ruines sont celles de bâtiments datant du XIIIe siècle, qui avaient succédé aux premières constructions du XIIe. L’endroit est maintenant un lieu de promenade très prisé, déjà pour le romantisme de ces élans de pierre dans un environnement boisé et sauvage.

On peut aussi mieux appréhender ce témoignage de 850 ans de vie quotidienne en s’aidant du plan-guide gratuit (disponible en 10 langues) ou de l’audio-guide (2 euros pour la location) qui raconte la vie quotidienne des moines, convers, compagnons et autres communautés qui ont œuvré à l’Abbaye. Plus amusant pour les enfants : le carnet du parcours-découverte en famille propose aux plus jeunes de réussir une série d’épreuves pour finalement résoudre une énigme qui est bien sûr aussi en rapport avec l’histoire du site. Le mur d’enceinte qui entoure l’abbaye délimite un territoire de quelque 15 hectares.

Voici le chauffoir, le réfectoire et la cuisine, le cloître et ses galeries, l’aile des moines et des convers, la double porterie qui servait de lieu d’échange et de contact entre le monde laïc et le monde sacré des moines.

Voici surtout l’église monumentale, mesurant 94 mètres de longueur avec les voûtes de la nef culminant à 23 mètres de haut. La construction de cette abbatiale débuta en 1197 en style roman, comme en témoigne encore le porche. On adopta ensuite progressivement le style gothique, plus élancé et plus lumineux, tout en gardant maintenant la rigueur et la sobriété de la décoration, une des caractéristiques de l’esthétique cistercienne.

Le site des ruines de l’abbaye de Villers-la-Ville est aussi chaque été le fabuleux cadre naturel d’un spectacle de théâtre en plein air. Cette année, c’est L’Avare, une des plus célèbres comédies de Molière et chef-d’œuvre du théâtre classique, qui est présentée jusqu’au 8 août, avec une mise en scène de Gildas Bourdet et Michel Poncelet dans le rôle-titre de Harpagon. Le comédien belge est d’ailleurs un habitué de ce rendez-vous estival puisqu’il y a déjà joué à cinq reprises, notamment pour le fameux rôle de Barabbas interprété en 1987 et 1996.

A deux pas de Villers-la-Ville, la bonne ville de Nivelles s’est développée à partir de l’an 648 autour d’une abbaye établie par Sainte Gertrude, fille de Pépin de Landen, ancêtre de Charlemagne. La sainte a donné son nom à une magnifique collégiale qui symbolise maintenant la cité, tout en s’affirmant comme l’un des plus anciens et des plus vastes sanctuaires romans en Europe. On la désigne encore comme un bel exemple de l’architecture mosane du XIe siècle, dite de style ottonien, dont le sanctuaire, par son plan bicéphale, est la parfaite représentation. Il comporte deux transepts et deux chœurs opposés.

Le chœur oriental à chevet plat est surélevé au-dessus d’une crypte à voûtes d’arêtes. Au fond du chœur, une armoire en laiton, portée par un édicule en pierre bleue, abrite la châsse de Sainte Gertrude. Il s’agit d’un reliquaire monumental, l’un des plus grands jamais réalisé, à l’aspect d’une église cruciforme reproduisant l’architecture gothique dans tous ses détails. Détruit par les bombardements de mai 1940, il a bénéficié du savoir-faire des historiens d’art, conservateurs et restaurateurs qui ont réussi à ressusciter ce chef-d’œuvre d’orfèvrerie.

L’intérieur de l’édifice, majestueux, impressionne déjà par ses lignes pures et simples. Longue d’une centaine de mètres, la nef a bénéficié d’une campagne de restauration qui lui a rendu une sobriété remarquable : plafond en bois, pierres apparentes, décoration limitée et vitraux modernes. Seules les pièces principales du mobilier de la collégiale accumulé au fil du temps ont trouvé place dans l’édifice restauré. Parmi celles-ci, on notera plusieurs chefs-d’œuvre du sculpteur Laurent Delvaux (1695-1778) et en particulier deux chaires de vérité, de magnifiques stalles renaissance, et encore le char qui depuis le XVe siècle est destiné à porter la fameuse châsse.

Le vaisseau central est barré à l’ouest par un avant-corps monumental terminé par une abside et surmonté par un clocher octogonal entouré de deux tourelles. Celle orientée au sud abrite le jacquemart Jean de Nivelles, datant du XV e siècle.

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