Dinant, fille de Haute-Meuse

C’est un lieu incontournable, déjà parce que la citadelle de Dinant, solidement ancrée sur un piton rocheux, offre une vue imprenable sur la ville, là-bas, tout en bas. Et bien sûr aussi sur la Meuse, que l’on voit enjambée par le pont Charles De Gaulle, ce qui n’empêche pas le fleuve d’étaler majestueusement ses ambitions naturelles.

Jean-Marie Antoine
Dinant, fille de Haute-Meuse
©D.R.

C’est un lieu incontournable, déjà parce que la citadelle de Dinant, solidement ancrée sur un piton rocheux, offre une vue imprenable sur la ville, là-bas, tout en bas. Et bien sûr aussi sur la Meuse, que l’on voit enjambée par le pont Charles De Gaulle, ce qui n’empêche pas le fleuve d’étaler majestueusement ses ambitions naturelles. A gauche, fièrement pointé vers le ciel, voici le célèbre rocher Bayard, qui doit son nom à la légende ardennaise des quatre fils Aymon. A droite, sur l’autre rive, voilà l’ancienne petite ville de Bouvignes et sa Maison espagnole, devenue maintenant Maison du patrimoine médiéval mosan.

On peut vaincre la citadelle de Dinant à l’ancienne, en gravissant, à droite de la collégiale et de son clocher en forme de poire, l’escalier de 408 marches édifié par les Français en 1577. Ou alors, solutions nettement moins physiques et beaucoup plus raisonnables, en empruntant le téléphérique ou, en voiture, la route qui serpente gentiment jusqu’au sommet. Assiégée dix-sept fois dans son histoire, la citadelle de Dinant a été le témoin et le cadre de terribles batailles, du sac de la ville par Charles le Téméraire en 1466 jusqu’aux bombardements allemands de la Seconde Guerre mondiale, en passant par le pillage des troupes du Duc de Nevers en 1554 et aussi les terribles corps à corps d’août 1914. En parcourant la grande galerie et ses poudrières, la cour centrale et ses canons, les anciennes prisons, la salle de torture, la salle d’armes, ou encore cette reconstitution des tranchées de l’Yser, on peut mesurer aisément toute l’intensité tragique de ces différents épisodes de l’histoire.

Si le célèbre architecte Vauban a remodelé le site entre 1675 et 1698, la configuration actuelle des bâtiments de la citadelle date de l’époque hollandaise. Quelques années avant l’indépendance de la Belgique, on installa ici une garnison qui avait pour mission principale de défendre le pont sur la Meuse. A voir aussi le carrosse (authentique) utilisé par madame de Maintenon, l’épouse du roi Louis XIV, lors de sa visite de Dinant en 1692. Le site évoque également une activité artisanale qui a fait autrefois la renommée de la ville : la dinanderie est ce terme utilisé pour désigner à la fois le travail du métal (cuivre, laiton, argent, étain ) et l’ensemble des ustensiles et œuvres d’art fabriqués par les dinandiers.

Dinant, "La plus belle fille de Meuse", comme l’avait écrit un jour Victor Hugo, vit bien sûr aussi au rythme de son fleuve. L’été, les terrasses s’épanouissent le long des quais et des bateaux proposent diverses excursions, notamment vers la cité française de Givet, en passant par Anseremme, Freÿr, Waulsort et Hastière. À deux pas du centre de Dinant, sur la rive gauche de la Meuse, la grotte "la Merveilleuse" mérite aussi la visite, même si elle souffre sans doute de la rude concurrence des prestigieuses voisines de Han-sur-Lesse. La profonde cavité creusée par les eaux du fleuve est pourtant considérée depuis sa découverte comme une des plus belles d’Europe. Demeurée telle que la nature l’a patiemment formée, elle se visite en un peu moins d’une heure et se découvre en trois niveaux de galeries et de salles où l’on peut admirer de très belles concrétions calcaires aux formes et aux couleurs diverses. La grande salle fascine par ses stalactites tombant en oblique et ses cascades pétrifiées d’une blancheur parfaite et d’une finesse étonnante.

Des jardins extraordinaires, soigneusement agencés et qui s’étagent avec grâce en bordure de la Meuse dinantaise. Ils font tout le charme et la renommée de ce château de Freyr, magnifique demeure Renaissance érigée face à de vertigineuses falaises qui forment un majestueux rempart naturel. Créés au XVIIIe siècle, ce sont d’exemplaires jardins à la française, où la volonté de symétrie, la rigueur des tracés et l’équilibre des parterres renvoient à l’ordonnance universelle du monde. À l’ouest, ce monde végétal parfait se clôture par un pavillon néoclassique décoré de gracieux stucs des frères italiens Moretti. Au sud, des orangeries aux voûtes de briques abritent des arbres qui défient le temps, comme ceux achetés il y a trois siècles à la Cour de Pologne.

A Celles, le Château de Vêves, classé monument exceptionnel de Wallonie, est un des témoins les plus remarquables de l’architecture militaire du XVè siècle. Le plan du château forme un triangle irrégulier flanqué de quatre grosses tours et de deux plus petites. La visite permet notamment de découvrir une remarquable galerie à colombage du XVIe siècle, ainsi que des appartements entièrement meublés qui dégagent une atmosphère raffinée. On ne quittera pas Dinant sans goûter, ou en tout cas emporter, la spécialité locale : la couque de Dinant est un biscuit fait de miel et de farine, parfumé d’un mélange de cannelle, de clou de girofle, d’anis et de gingembre. C’est la cuisson à haute température qui caramélise le miel et durcit la couque qui, en fonction du moule utilisé, se présente sous des motifs très variés. Si vous craignez pour vos dents, sachez que les artisans locaux ont mis au point une variante molle (par ajout de sucre), plus facile à ingurgiter. C’est la couque de Rins, du nom de l’ouvrier-pâtissier qui a mis au point cette recette bis.

Sur le même sujet