Coxyde valorise son patrimoine

Maudite Hoge Blekker : la plus haute dune du littoral belge a toujours eu une fâcheuse tendance à se déplacer. Depuis le XVIè siècle, elle a effectué un petit voyage vers l’Est d’un bon kilomètre. Elle est ainsi responsable, à ce moment de l’Histoire, de l’ensablement progressif et donc du déclin de l’ancienne et prestigieuse abbaye cistercienne des Dunes, fondée à Coxyde en 1138.

Jean-Marie Antoine
Coxyde valorise son patrimoine
©Olivier Pirard

Maudite Hoge Blekker : la plus haute dune du littoral belge a toujours eu une fâcheuse tendance à se déplacer. Depuis le XVIè siècle, elle a effectué un petit voyage vers l’Est d’un bon kilomètre. Elle est ainsi responsable, à ce moment de l’Histoire, de l’ensablement progressif et donc du déclin de l’ancienne et prestigieuse abbaye cistercienne des Dunes, fondée à Coxyde en 1138. On a bien sûr fini par essayer de la retrouver, cette abbaye. Exhumé du sable, le site archéologique, en cours de rénovation et de consolidation, dévoile un des exemples les plus anciens d’architecture en briques en Flandre. Bien sûr, ces fondations ne permettent pas d’imaginer la forme et l’architecture des bâtiments, mais leur étendue donne déjà une idée de l’importance de cette implantation. Le pimpant musée qui a pris place à l’entrée du site propose de se replonger dans le Moyen Âge et la vie des moines et des frères convers. Le nombre associé au nouveau musée, Ter Duinen 1138, est celui de l’année où l’abbaye locale fut rattachée à l’ordre de Cîteaux, en tant que fille adoptive de l’abbaye cistercienne de Clairvaux. Une exposition interactive en forme de circuit s’étendant sur 13 salles, y évoque donc la vie monastique et le quotidien des moines et des frères convers dans une abbaye médiévale. Voici expliqués les temps de prière, l’organisation des repas, les rites funéraires des religieux, mais aussi la vie des paysans et de leur famille. Le musée joue aussi la carte du ludique et de la pédagogie pour capter l’attention d’un jeune public. Le film "Ten Duinen", réalisé par le cinéaste flamand Stijn Coninx, raconte l’histoire d’une écolière qui atterrit en plein XIVè siècle. Au deuxième étage du bâtiment, on peut admirer une belle collection d’orfèvrerie religieuse, de la période gothique à nos jours. C’est une image classique de la mer du Nord : un robuste et lourd cheval de trait tire un chalut dans la mer, à quelques dizaines de mètres de la plage. Sur son dos a pris place un pêcheur vêtu d’un ciré jaune et coiffé du fameux suroît. Il est encadré par deux grands paniers en osier accrochés aux flancs du cheval. La scène illustre cette ancienne coutume de la pêche à la crevette à dos de cheval qui se perpétue encore et toujours sur la plage d’Oostduinkerke, l’une des trois entités balnéaires de la commune de Coxyde. Si ce type de pêche se pratique encore (et uniquement) ici, c’est déjà parce qu’un petit groupe de pêcheurs a décidé de perpétuer la tradition, encouragé par un nouvel élan plus touristique qu’économique, qui se marque par exemple par l’organisation de l’incontournable Fête de la crevette, dont la soixantième édition s’est déroulée fin du mois de juin. Et puis, Oostduinkerke dispose d’une plage en pente douce et sans brise-lames, ce qui permet aux chevaux de prendre un tonifiant bain d’eau salé sans craindre un quelconque danger. Bref, en été, les pêcheurs de crevettes à cheval font leur apparition sur la plage selon un horaire bien précis et surtout bien connu des touristes qui se transforment vite en photographes et en cameramen. Car en juillet et en août, les chevaux viennent ici avant tout pour le show, d’autant que les fameuses crevettes ont souvent pris alors leurs distances avec ce bord de mer devenu un peu trop chaud. C’est d’avril à juin et de septembre à novembre que se situe la meilleure saison pour la pêche. Le rythme des marées imprime bien sûr l’horaire de travail et il n’est pas rare de voir un cheval et son maître s’enfoncer dans les flots le jour à peine levé. Pas question pour autant d’espérer une pêche miraculeuse, la récolte quotidienne oscillant entre 10 et 20 kg. Dès le retour du pêcheur à la maison, les crevettes fraîches sont cuites et vendues à des particuliers. Inutile de préciser que les délicieuses gourmandises de la mer se vendent très facilement. Agrandi et entièrement rénové, il a rouvert ses portes l’an dernier à Oostduinkerke et mérite mieux que jamais son nom, un peu pompeux tout de même, de Musée National de la Pêche. On y raconte donc l’univers de la pêche d’hier et aujourd’hui. Les pêcheurs de crevettes à cheval y figurent bien sûr en bonne place, mais la véritable star de l’endroit c’est Martha, un bateau de pêche côtier datant de 1942. Restauré à Ostende, il est entré au musée par le toit, avec le soutien très actif d’une grue télescopique. Une trentaine de maquettes lui font maintenant la cour. A l’étage inférieur, deux aquariums de 30000 litres sont devenus le lieu de résidence de représentants des principales espèces de poisson de la mer du Nord. Les plus jeunes s’amuseront à repérer ce requin de petite taille qui louvoie entre les dorades, les soles et les cabillauds. A côté du bâtiment principal, une modeste maison traditionnelle de pêcheurs reconstruite à l’identique raconte le quotidien et les conditions de vie austères de ses habitants au début du XXè siècle. Ces derniers sont réprésentés par des mannequins de cire qui ont emprunté les traits de véritables habitants du village. Souci du détail Jean-Marie Antoine

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