Verviers, de laine et d’eau

C’est l’industrie lainière qui fut à l’origine de l’incroyable essor commercial et de la renommée mondiale de la bourgade établie en bordure de la Vesdre. La qualité des eaux de la rivière, combinée au savoir-faire des artisans verviétois, donnaient à la laine un toucher incomparable.

Jean-Marie Antoine
Verviers, de laine et d’eau
©Devoghel

C’est l’industrie lainière qui fut à l’origine de l’incroyable essor commercial et de la renommée mondiale de la bourgade établie en bordure de la Vesdre. La qualité des eaux de la rivière, combinée au savoir-faire des artisans verviétois, donnaient à la laine un toucher incomparable. L’industrie lainière bénéficiera d’une mécanisation précoce avec l’apparition des premières machines à vapeur dès 1816, puis des premières machines à filer du continent installées ici par l’industriel William Cockerill. Après la deuxième guerre mondiale, l’exploitation de l’or doux connaîtra progressivement un inexorable déclin. Aujourd’hui, le glorieux passé industriel verviétois se décline encore en grandes et belles demeures de maître, et se dévoile aussi à travers divers bâtiments publics témoignant de ce XIXè siècle florissant. Le Palais de Justice, le Grand Théâtre, la Société royale d’Harmonie et l’église Saint-Remacle ont été construits à l’époque en style néoclassique, alors que la Poste affiche un style néogothique.

Et parce qu’il s’agit maintenant de conserver et transmettre la mémoire de cette époque importante de l’histoire de la ville, on a transformé il y a dix ans une ancienne manufacture, la maison Dethier, en pimpant Centre touristique de la Laine et de la Mode, en abrégé CTLM. On peut notamment y découvrir un centre de documentation sur la laine et surtout un parcours-spectacle, "Du Fil à la Mode" conçu pour intéresser un large public.

L’occasion de se faire expliquer la fabrication du drap de laine, de découvrir des machines et des objets mis en valeur dans des espaces scénographiés, mais aussi de mesurer la misère sociale et humaine engendrée, à Verviers comme ailleurs, par cette fameuse Révolution industrielle. La seconde partie du parcours est rythmée par des costumes et des bandes dessinées qui racontent l’histoire des habits de l’homme, et donc aussi celle de la mode. Du kalasaris égyptien au jean du rock’n roll, en passant par le pourpoint des nobles de la Renaissance.

La promenade "Je file en ville" permet d’admirer d’authentiques machines textiles en bord de Vesdre. Soit une machine à vapeur, une laveuse de laines, une laveuse de tissus, une fouleuse à maillets qui était commandée par une roue hydraulique, une fouleuse de tissus, une essoreuse pour laine, une machine à vapeur, une décatisseuse pour fil ou encore une statue représentant le personnage populaire du passé lainier, le fameux "Martchand d’Ploquètes". Silhouette joviale, chapeau melon et manteau à l’anglaise, il s’agit d’un représentant de commerce qui allait visiter les lainiers pour leur proposer sa marchandise présentée sous la forme d’échantillons venus d’Argentine, du Chili, d’Afrique du Sud et bien sûr d’Australie.

Verviers revendique aussi haut et fort son titre de capitale wallonne de l’eau. Un statut qui lui permet d’accueillir le siège des deux grandes institutions publiques qui gèrent l’or bleu en Wallonie.

Mais la véritable vitrine pour le grand public, c’est cette Maison de l’eau située dans l’ancienne manufacture de draps de Bonvoisin. L’interactivité et la scénographie sont bien sûr ici aussi très présentes pour découvrir l’or bleu sous toutes ses facettes, du Barrage de la Gileppe à la Vesdre, de l’eau de pluie à l’eau de bouteille

Au départ de la Maison de l’eau, le Parcours des fontaines est une promenade qui permet de découvrir une quinzaine de fontaines présentées aussi dans un petit dépliant. La plus curieuse est sans doute la Fontaine secrète, sur la place Verte, dans le centre la ville : elle est alimentée par sept pompes qui produisent différents jets s’activant à intervalles irréguliers.

On ne quittera pas Verviers sans visiter deux musées de belle tenue. D’une part le Musée des Beaux-Arts et de la Céramique, qui présente notamment une des plus belles collections belges de céramique par le nombre, la qualité et la diversité de ses pièces. D’autre part, le Musée d’Archéologie et de Folklore, avec notamment des ensembles mobiliers des XIIè, XVIIIè et XIXè siècles et des collections de dentelles.

On s’en voudrait aussi de ne pas saluer comme il se doit le fameux barrage de la Gileppe. L’ouvrage d’art est symbolisé par ce lion de pierre qui est une sorte de petit cousin de celui dominant la butte de Waterloo. Haut de 13,5 mètres, sculpté dans du grès tendre, lourd de 130 tonnes, le fier animal qui domine le célèbre ouvrage d’art a le regard fixé vers l’Est. Car sa vocation première était de surveiller symboliquement cette vieille Prusse qui, à l’époque, manifestait encore des volontés expansionnistes.

C’était en 1878, et l’imposante construction, première du genre en Belgique, avait pour mission de réguler le débit de la Vesdre afin de répondre aux besoins en eau de la florissante industrie lainière verviétoise. Le barrage-masse, épais de plus de 235 mètres à la base, a été rehaussé dans les années 1960 pour porter sa capacité à 26 millions de mètres cube d’eau. On a donc découpé minutieusement le vieux lion pour le reconstruire vingt mètres plus haut. Le regard toujours tourné vers l’Est, on ne se refait pas

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